Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

Égypte (suite)

Dans les campagnes et surtout en Thébaïde, à l’exemple de quelques pionniers (Paul de Thèbes, Antoine, Macaire, Pacôme), nombreux furent ceux qui, poussés par l’ardeur mystique et le goût de l’ascétisme, auxquels se mêlèrent la crainte des persécutions ou la peur du fisc, allèrent s’établir dans le désert, soit seuls comme ermites ou anachorètes, soit en groupes (cénobites). Paysans égyptiens, auxquels l’Église n’a pas encore accordé de statut, ils vont être bientôt les artisans d’une renaissance indigène originale, rompant avec les traditions païennes, mais plus encore opposée à l’hellénisme, et qui se concrétise dans l’Église, l’art, la civilisation coptes. L’écriture copte, mélange de grec et de démotique, naît dès le iiie s. L’Église copte prend sa forme et son originalité au ve s. grâce au monophysisme qu’elle a adopté et qui l’a mise en conflit avec les orthodoxes d’Alexandrie. Les controverses théologiques sont au premier plan depuis le début du ive s., et elles trouvent un terrain favorable chez les intellectuels alexandrins. Après des querelles qui prirent plus d’une fois une tournure sanglante (massacres d’anachorètes par le patriarche Théophile [385-412], assassinat du patriarche Proterios, en 457, sous l’empereur Léon), il n’y eut plus, à l’époque byzantine, que des melkites orthodoxes, qui se trouvaient être des Grecs — citadins, fonctionnaires ou militaires — et des coptes monophysites. Ces derniers devaient survivre à l’instauration de l’islām.

R. H.

 J. G. Milne, A History of Egypt under Roman Rule (Londres, 1898 ; 3e éd., 1924). / P. Jouguet, la Vie municipale dans l’Égypte romaine (Fontemoin, 1911). / G. Hanotaux, Histoire de la nation égyptienne, t. III (Plon, 1932). / A. C. Johnson, Roman Egypt, t. II de An Economic Survey of Ancient Rome, sous la dir. de T. Frank (Baltimore, 1936). / A. E. Breccia, Egitto greco-romano (Pise, 1957). / J. Lindsay, Daily Life in Roman Egypt (Londres, 1963). / J. Lallemand, l’Administration civile de l’Égypte, de l’avènement de Dioclétien à la création du diocèse (Palais des académies, Bruxelles, 1964).


La littérature de l’Égypte ancienne

Depuis que, grâce à Champollion*, nous pouvons lire la langue égyptienne, l’image de l’Égypte ancienne, bâtie par les Grecs, s’estompe et disparaît. Fausse, cette tradition périmée qui faisait des Égyptiens un peuple morne, prisonnier de rites immuables. Gens alertes, gais, optimistes, bienveillants et charitables, épris de vie et de bien-vivre, ils développèrent, plus de 3 000 ans av. J.-C., dans cette oasis qu’est la vallée du Nil, la plus antique civilisation connue, dans un esprit humaniste d’une grande élévation de pensée. Cela, depuis un peu plus d’un siècle seulement, la plus vieille littérature du monde nous le révèle. La langue dans laquelle elle est écrite relève d’un système sans pareil : si la syntaxe qui modèle les phrases est sémitique (se rattachant à la famille linguistique qui comprendra l’arabe et l’hébreu, notamment), l’expression écrite est un graphisme fort élaboré, l’harmonie verbale relevant dès lors non seulement de la « sonnaille des mots » mais aussi d’un agencement équilibré et heureux des signes.

Un autre de ses caractères, et des plus importants, lie la littérature aux nécessités métaphysiques les plus profondes. Tout l’Orient sémitique révérait le pouvoir créateur du verbe ; prononcer un mot, c’était (suivant en cela l’exemple du démiurge au petit matin de la création) donner réalité, corps et vie à ce qu’il exprimait. Cette virtualité magique, cette potentialité créatrice de la parole expliquent l’abondance des textes religieux, qui pourvoient, par les formules, aux nécessités de la survie.

C’est aussi pourquoi, en Égypte ancienne, toute construction, tout objet sont porteurs de textes. De cette littérature d’une importance matérielle et spirituelle infinie, les supports sont plus divers que dans nulle autre civilisation : textes sculptés au ciseau sur les parois de pierre des temples ou des tombeaux, sur les stèles, textes dessinés à l’encre, avec le calame de roseau, sur papyrus, essentiellement, mais aussi sur cuir, sur lin, sur tout objet de poterie.

Grande magie verbale, que la pierre a conservée plus aisément que le papyrus, mince et fragile support ; toutefois, certains de ces textes servant dans les écoles comme thèmes d’exercice pour les apprentis scribes, de nombreux fragments retrouvés (qui parfois se complètent) permettent souvent de reconstituer un ensemble littéraire. Et, chaque année, fouilles et découvertes complètent notre connaissance de la plus antique des littératures, qui puise ses sources dans un lointain et inconnu passé de l’humanité, et dont les images, les mythes se répandront largement dans le monde méditerranéen classique.


Textes religieux

• Les textes funéraires sont les plus anciens, car les plus nécessaires : les longues colonnes d’hiéroglyphes sculptés sur les parois intérieures des pyramides des rois des Ve et VIe dynasties (2450 env. av. J.-C.) comportent les formules, le récitatif qui permettront au souverain défunt de rejoindre pour un voyage, chaque jour renouvelé, dans un cycle éternel, son père le Soleil, Rê. Au début du Moyen Empire (xxie s. av. J.-C.), le dieu Osiris (dieu agraire à l’origine, dont la passion qu’il a soufferte et la résurrection qu’il a subie évoquent le cycle de la nature) entraîne dans son sillage un nombre croissant de fidèles, qui, suivant son exemple, peuvent désormais revivre. Un nouveau rituel naît alors, qui n’est plus du seul apanage royal : sculpté sur les parois intérieures des sarcophages (cuves de pierre) abritant la momie, il demeure encore idéologiquement tributaire des conceptions antérieures, mais annonce déjà les grandes compositions funéraires du Nouvel Empire. À partir de 1560 av. J.-C., en effet, près de chaque momie est glissé un papyrus, roulé et scellé, comportant incantations, prières, hymnes, tout le viatique verbal du défunt s’acheminant vers l’éternité ; appelés par nous livres des morts, ces papyrus révèlent la grande richesse spirituelle d’une pensée religieuse évoluant depuis deux millénaires.

• Les hymnes témoignent de l’existence ancienne d’un lyrisme poétique : la volonté fervente d’expression, faite d’images suggestives, peut dépasser les mots ; l’élan de foi personnel, transcender la formule.