Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

Églises protestantes (suite)

À côté de ces deux branches de la Réforme du xvie s., l’anglicanisme*, né en 1531 des difficultés personnelles d’Henri VIII avec le Saint-Siège, représente une formule à part avec coexistence en une seule Église d’éléments, surtout extérieurs, conservés du catholicisme et d’un certain nombre de positions théologiques très proches du calvinisme. Solidement enracinée en Angleterre, l’Église anglicane s’est implantée dans le monde entier au fur et à mesure de l’expansion coloniale britannique. L’archevêque de Canterbury est reconnu comme primat d’honneur par toutes les Églises de la communion anglicane, dont les délégués se retrouvent tous les dix ans à la « conférence de Lambeth », qui en est en quelque sorte le concile.

Mais le protestantisme n’en est pas resté à ces trois grandes familles spirituelles : refusant tout autoritarisme institutionnel, il prenait le risque de divisions ultérieures qui n’ont pas manqué de se produire. D’autres dénominations sont nées à partir des trois branches luthérienne, calviniste et anglicane de la Réforme.

Les Églises congrégationalistes se séparent dès la fin du xvie s. de l’Église anglicane, à laquelle elles reprochent d’être liée à l’État d’un lien, à vrai dire, unique en son genre et extrêmement étroit. Elles soulignent l’importance de l’autonomie de la communauté locale et refusent toute autorité supraparoissiale. Parfois appelés « indépendants », les congrégationalistes, étroitement liés aux puritains, font partie du groupe des premiers pilgrim fathers, qui, en 1620, s’établissent à Plymouth en Nouvelle-Angleterre. Ils forment un noyau vivant de chrétiens dynamiques auxquels se joignent nombre d’émigrants débarqués après eux sur la côte est des États-Unis.

Les Églises baptistes* sont une variété importante du congrégationalisme ; nées en Angleterre et en Hollande au début du xviie s., elles se caractérisent extérieurement par le refus du baptême des petits enfants et, dans leur branche mennonite, par une pratique radicale de la non-violence. Elles insistent sur la nécessité de la décision personnelle et d’un engagement militant de la foi résultant de l’expérience décisive de la conversion. Faisant, eux aussi, partie des passagers du Mayflower, en 1620, les baptistes ne tardent pas à essaimer aux États-Unis. En Europe, ils sont de nos jours particulièrement vivants en U. R. S. S.

Les Églises méthodistes*, nées au xviiie s. en Angleterre sous l’influence du piétisme allemand et en réaction contre le ritualisme de l’Église anglicane, sont marquées par un souci très fort de l’évangélisation et de la formation « méthodique » des laïcs à l’exercice de leur responsabilité de chrétiens adultes dans la société.

Avec les trois grandes branches originelles de la famille protestante, ces trois groupes d’Églises se sont largement répandues à travers le monde ; si la Contre-Réforme a fait ici et là disparaître telle ou telle d’entre elles, elles n’en sont pas moins très vivantes et solidement implantées.

À côté de ces Églises dites « historiques » et en forte réaction contre elles naissent, au cours des siècles, des courants minoritaires qui insistent souvent sur l’inspiration littérale de la Bible (fondamentalisme) et sur tel élément (fréquemment apocalyptique) négligé par les « grandes » Églises, et qui refusent parfois toute forme liturgique, voire sacramentelle, au nom d’un spiritualisme fortement affirmé.

Ainsi se situent les quakers (« Société des Amis », fondée en Angleterre en 1652), l’Armée du salut (en 1878), les darbystes (vers 1830), les adventistes (vers 1830) et le pentecôtisme (en 1906). Ce dernier mouvement, centré sur l’action irrésistible du Saint-Esprit se manifestant actuellement par le parler en langues, les guérisons et la prophétie, connaît dans la seconde moitié du xxe s. un développement spectaculaire dans l’Amérique latine et même le catholicisme des États-Unis. Organisant de façon audacieuse de grandes Églises très dynamiques, évangélisant avec une autorité et un succès incontestables, il apparaît à beaucoup comme une résurgence des temps primitifs enthousiastes au sein d’une chrétienté vieillie et fatiguée.

Il faut encore signaler que la naissance, en 1918, de la première République tchécoslovaque a été l’occasion de la fondation de l’Église des frères tchèques (360 000 membres), faisant revivre et illustrant de façon remarquable les communautés et la théologie de la Réformation hussite.

Statistiquement, on estime qu’il y a dans le monde environ 900 millions de chrétiens, parmi lesquels quelque 480 millions de catholiques, 140 millions d’orthodoxes et d’orientaux, et 280 millions de protestants. Ces derniers se répartissent ainsi :
luthériens, 72 millions ;
baptistes, 60 millions ;
réformés (ou presbytériens), 50 millions ;
méthodistes, 41 millions ;
anglicans, 38 millions ;
pentecôtistes, 10 millions (?) ;
congrégationalistes, 6 millions ;
divers, 3 millions.

Il est bien évident que ces chiffres n’ont guère qu’une portée sociologique et ne sauraient indiquer la proportion de « chrétiens de foi » dans les grandes communautés, largement sécularisées.

G. C.

➙ Anabaptistes / Anglicanisme / Baptistes / Calvin / Luther / Méthodisme / Œcuménisme / Protestantisme / Réforme / Zwingli.

 F. H. Littel et H. H. Walz (sous la dir. de), Weltkirchenlexikon (Stuttgart, 1960). / E. G. Léonard, Histoire générale du protestantisme (P. U. F., 1961-1964 ; 3 vol.). / M. Barot, le Mouvement œcuménique (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1967). / J. Boisset, Histoire du protestantisme (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1970) ; les Chrétiens séparés de Rome, de Luther à nos jours (P. U. F., 1970). / R. Stauffer, la Réforme (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1970).