Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

Église constitutionnelle (suite)

Malgré ces affrontements, son manque de personnel et de ressources, cette Église n’était pas morte. Dans certains départements, les départements patriotes des frontières en particulier, elle demeurait vivante et acceptée par la population. En concluant le Concordat*, Bonaparte en tint compte, d’abord pour exercer une pression sur le Saint-Siège en lui arrachant le maximum de concessions. Aussi favorisa-t-il la tenue du second concile de 1801, lors de la dernière phase des négociations concordataires, quitte à le dissoudre brutalement, une fois le traité signé. Soucieux de rétablir l’unité nationale, dont l’unité religieuse paraissait une condition essentielle, lors des nominations épiscopales, il pratiqua l’amalgame, en réservant douze sièges à des évêques constitutionnels. Il exigea, de surcroît, qu’une certaine proportion de postes fût réservée dans les diocèses aux assermentés et interdit d’imposer la moindre rétractation. En fait, Rome et les évêques se résignèrent, mais non sans difficulté, à se contenter de celles qu’on pouvait obtenir et à fermer les yeux sur les refus ou les réticences.

Cette politique de l’amalgame, peu conforme aux principes canoniques, en permettant une provisoire survivance de l’Église constitutionnelle, eut, avec le temps, l’avantage de la faire, sans éclat, mourir ; elle fournit d’autre part aux diocèses un appoint de prêtres indispensable pour combler les vides. Il faut enfin reconnaître que nombre d’anciens jureurs, voire d’anciens lapsi, furent dans l’Église concordataire d’excellents curés, que plus d’un laissa dans sa paroisse un souvenir vénéré. Aussi peut-on conclure, avec un historien aussi averti que Mgr Joseph Roserot de Melin : « Plus se multiplient les études diocésaines ou communales, plus on réalise l’infinie diversité des cas concrets, plus on constate la vanité des jugements de valeur sur le clergé assermenté, qu’il est trop facile de noter rétrospectivement avec la clairvoyance que confèrent le recul et nos habitudes d’esprit modernes. Les termes d’insermenté et d’assermenté n’ont pas de valeur absolue dans la réalité. L’un et l’autre comportent des nuances diverses. Pour parler net, tout assermenté n’est pas taré, ni tout réfractaire forcément intègre. »

J. L.

➙ Constituante (Assemblée nationale) / Église catholique / Révolution française.

 A. Mathiez, Contributions à l’histoire religieuse de la Révolution (Alcan, 1907) ; la Révolution et l’Église (A. Colin, 1910) ; la Question religieuse sous la Révolution (Guillon, 1930). / J. Leflon, Monsieur Emery (Bonne Presse, 1947) ; la Crise révolutionnaire, 1789-1846, t. XX de l’Histoire de l’Église, sous la dir. de A. Fliche et V. Martin (Bloud et Gay, 1951). / A. Latreille, l’Église catholique et la Révolution française (Hachette, 1950 ; 2 vol. ; nouv. éd., Éd. du Cerf, 1970). / M. Reinhard, Religion, révolution et contre-révolution (C. D. U., 1962). / B. Plongeron, Conscience religieuse en révolution. Regards sur l’historiographie religieuse de la Révolution française (Picard, 1969).

Églises orientales

Églises chrétiennes qui se sont développées et organisées en dehors de la zone d’influence de l’Empire romain d’expression latine et de la mouvance directe du Siège apostolique de Rome.


Demeurées très attachées aux expressions doctrinales et disciplinaires élaborées au cours du Ier millénaire de notre ère, les Églises orientales présentent de nombreux traits communs profondément différents de ceux qui ont prévalu dans le christianisme occidental médiéval et moderne, tant catholique romain que réformé évangélique. Ces traits ressortissent pour une large part à l’influence plus ou moins directe exercée sur toutes ces Églises par la culture chrétienne de l’Empire byzantin, qui avait elle-même intégré de nombreux éléments originaires du domaine syrien. Les traits communs ne sauraient, néanmoins, prévaloir sur les différences profondes tant doctrinales que culturelles et cultuelles qui distinguent ces diverses Églises.

Du point de vue doctrinal, un rôle déterminant a été joué par l’acceptation ou le refus de la formulation du « dogme christologique » fixée par le concile de Chalcédoine (451) et imposée comme seule « orthodoxe » par l’autorité impériale. La formule « l’unique Personne du Verbe incarné subsistant en deux natures divine et humaine unies sans confusion et sans altération » a été récusée, plus encore pour des raisons d’autonomisme politique que par attachement à des formules plus anciennes et moins précises, par des Églises ou fractions d’Église moins immédiatement soumises à l’influence prépondérante de la culture byzantine et du pouvoir impérial de Constantinople : Égypte, Syrie, Mésopotamie, Arménie, intégrées pour lors dans l’Empire perse sassanide, et Éthiopie, où prédominaient l’influence de la Syrie et celle de l’Égypte.


Autonomies et autocéphalies

Par la suite, les vicissitudes de l’histoire sont venues introduire de nouveaux éléments de diversification et entraîner la constitution d’autonomies ecclésiastiques (autocéphalies) sans provoquer de ruptures nouvelles de communion, sauf dans le cas d’union à l’Église catholique romaine. Il en est résulté un puzzle extrêmement complexe dans lequel s’est disloquée l’organisation juridiquement inscrite dans la codification de Justinien (Novelle 126, 3) sur la base des canons de Chalcédoine, notamment le vingt-huitième, qui établissait la « pentarchie » des sièges patriarcaux (Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem) et reconnaissait l’autonomie des Églises de Chypre et du Sinaï ; par ailleurs existaient déjà à cette époque deux « catholicosats » (ou évêchés suprêmes) d’Arménie et d’Orient (Perse) qui n’avaient pas accepté les décisions de Chalcédoine.

Une telle attitude, partagée par le plus grand nombre des chrétiens d’Égypte et une fraction notable de ceux de Syrie, entraînera des scissions au sein des patriarcats d’Alexandrie et d’Antioche et, à partir de la conquête arabe, la constitution de deux hiérarchies : « melkite » ou orthodoxe, en communion avec les sièges de Rome et de Constantinople, « monophysite » ou nationale (copte en Égypte, « jacobite » en Syrie), l’une et l’autre fermement attachées aux formulations doctrinales antérieures à Chalcédoine et à la langue communément parlée par le petit peuple du pays, au sein duquel se recrutaient principalement les moines. Cette influence des moines, importante dans la fixation des liturgies particulières en langue vernaculaire (copte ou syriaque), fut décisive dans la constitution, vers le milieu du viiie s., d’un patriarcat autonome, chalcédonien pour la doctrine, mais d’expression syriaque et opposé à l’influence grandissante des usages byzantins. Ce patriarcat, appelé maronite en raison du rôle joué dans sa constitution par le monastère de Saint-Maron dans la moyenne vallée de l’Oronte, se transféra par la suite (xe-xie s.) dans la montagne du Liban septentrional.