Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

Église constitutionnelle (suite)

Organisation de l’Église constitutionnelle

L’organisation de l’Église constitutionnelle ne s’opéra pas sans à-coups. Si l’on pourvut sans peine de titulaires les quatre-vingt-trois évêchés, si Talleyrand se prêta à sacrer deux évêques pour assurer le sacre des autres, on se heurta au problème de leur institution canonique, faute d’un métropolitain qui consentît à leur conférer les pouvoirs. Talleyrand, une fois de plus, se dévoua.

Le remplacement des insermentés dans les paroisses devenues vacantes mit dans un embarras extrême les nouveaux évêques, car le nombre de celles-ci s’accrut après la condamnation tardive de la Constitution civile par le pape en mars 1791, qui provoqua un mouvement de rétractations. Ainsi, non seulement l’organisation première, mais également le système d’élection des curés par le corps électoral du district se trouvaient compromis ; les électeurs se lassant de convocations trop fréquentes, on dut renoncer à les réunir. On pallia alors la difficulté en laissant à l’évêque le soin de combler les vides par la nomination de simples desservants. Il restait à trouver des sujets vraiment dignes. La pénurie obligea souvent à laisser en fonctions des réfractaires ou à ne pas se montrer trop exigeant, voire à improviser des ordinations.

Le plus grave, toutefois, fut le conflit entre les deux Églises, la constitutionnelle et la romaine, qui se disputaient autels et fidèles. Dans les paroisses et les diocèses, cette lutte aboutit à des affrontements où plaisanteries d’un goût douteux alternaient avec les voies de fait et les violences. Pour obtenir un apaisement, la Constituante, sur sa fin, essaya bien de revenir au libéralisme, en autorisant les réfractaires à louer des chapelles de religieux disponibles pour célébrer leurs offices. Mais des réactions populaires perturbèrent ceux-ci, et, loin de se réduire, la tension s’accrut.

Sous la Législative, on en arriva donc à des mesures de plus en plus sévères contre les insermentés, qui aboutirent à la déportation de ceux-ci. Les réfractaires qui eurent le courage de poursuivre leur ministère se trouvèrent donc réduits à un culte caché au prix de leur liberté, même de leur vie.

Ce qui paraissait laisser les coudées franches à l’Église constitutionnelle marqua au contraire le commencement de son déclin, car la persécution s’abattit à son tour sur elle avec la Convention. Comme pour les réfractaires, accusés de contre-révolution et de complicité avec les Alliés envahisseurs, des raisons d’ordre politique ne laissèrent pas d’intervenir, car nombre de constitutionnels, tel à Lyon Antoine Adrien Lamourette (1742-1794), se compromirent avec l’insurrection fédéraliste, et restèrent attachés à la Constitution de 1790, qui avait créé leur Église. Mais, comme pour les insermentés précédemment, des raisons de conscience mirent de surcroît à l’épreuve le clergé jusqu’alors dit « patriote ».

Comment admettre, en effet, que la laïcisation de l’État civil l’obligeât à bénir l’union des divorcés, des religieux, des religieuses, des prêtres infidèles à leurs vœux ? Pour avoir protesté, des évêques, dont Claude Le Coz (1740-1815), subirent une dure captivité. Comment surtout, quand sévit la déchristianisation, consentir à se déprêtriser ou à contracter mariage ? Qu’il y ait eu alors plus d’un subterfuge pour éviter la guillotine en sauvant les apparences, il faut en convenir. Il n’en reste pas moins qu’un grand nombre de jureurs cédèrent. Si les statistiques d’ensemble pour les simples prêtres manquent, celle qui concerne les évêques enregistre vingt-quatre abdicataires, dont neuf mariés. Vingt-quatre autres, en revanche, pour avoir tenu, furent incarcérés, tandis que le courageux Henri Grégoire (1750-1831), en proclamant sa foi à la tribune de la Convention, sauvait l’honneur de son Église.


La reprise après Thermidor

Lorsque, après Thermidor, la Convention accorda, le 21 février 1795, la liberté du culte, Grégoire prit l’initiative de restaurer son Église en groupant autour de lui quatre évêques, Jean-Baptiste Royer (1733-1807), Jean-Baptiste Pierre Saurine (1733-1813), Jean-Baptiste Gratien (1747-1799) et Éléonore-Marie Desbois de Rochefort (1739-1807), présents à Paris, qui, sous le titre d’« évêques réunis », lancèrent une encyclique pour déterminer leur but et exposer leur ecclésiologie. Il s’agissait en effet de reconstituer, selon leurs principes, les structures détruites ou mal-en-point, conformément aux canons et à la législation nouvelle. Ce sera l’œuvre du concile national réuni à Paris le 15 août 1797.

Le plus urgent était de pourvoir les sièges épiscopaux vacants par la mort ou l’apostasie de leur titulaire, soit cinquante-cinq, presque les deux tiers. Les règles fixées pour l’élection des évêques ne permirent de compléter que très partiellement le corps des premiers pasteurs. En l’an VIII, trente diocèses restaient sans évêque.

Pour le clergé de second ordre, un effort encore plus laborieux s’imposait pour répondre au service des paroisses, car les effectifs se trouvaient réduits à la fois par les « déprêtrisations » et par la rétractation de lapsi jureurs qui, rebutés par les rigueurs du janséniste Grégoire, bénéficiaient de conditions plus douces auprès de réfractaires grâce à la méthode dite « de Paris », inspirée par J. A. Emery. Combien disposait-on de prêtres constitutionnels en 1797 et lors du Concordat ? On aimerait le savoir pour mesurer ce que gardait de vitalité leur Église. Il semble que, libéré de ses éléments les moins bons, le clergé constitutionnel ait été à la fois purifié et durci, avec une prédominance de doctrinaires irréductibles.

Ces doctrinaires, toutefois, se divisèrent et s’opposèrent : d’une part, les épiscopaliens, avec Grégoire comme chef ; d’autre part, les presbytériens, dont F. Detorcy se fit, avec un grand talent, le porte-parole. Les deux partis ne tombèrent d’accord que pour défendre les droits de leur Église contre les prétentions de la Cour romaine.