Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

Église catholique ou romaine (suite)

Après le départ du Christ, les Apôtres, réunis au cénacle pour la fête de la Pentecôte, y reçurent le Saint-Esprit et se mirent aussitôt à prêcher l’Évangile. Ce fut le début de l’Église visible. Plusieurs milliers de juifs qui se trouvaient à Jérusalem pour les fêtes se convertirent. Ces premiers fidèles constituèrent une petite communauté juive à l’image de nombreuses autres, mais ils affirmèrent que Jésus était bien le Messie attendu. Aussi, les persécutions s’abattirent-elles bientôt sur eux, et le diacre Étienne fut le premier martyr de la nouvelle Église.


Église ou synagogue ?

Une question importante se posa bientôt : les prescriptions judaïques garderaient-elles toute leur force ou bien disparaîtraient-elles devant une foi et une religion nouvelles qui étendraient au monde entier les bienfaits de la Rédemption ? L’apôtre Pierre opta pour la seconde solution et baptisa un non-juif, le centurion Corneille de Césarée. Pour la première fois, un païen entrait dans l’Église sans passer par la synagogue.

Mais c’est Paul* de Tarse, un juif ayant, à l’origine, persécuté les adeptes du Christ, qui fut le véritable évangélisateur des « gentils ». Durant plusieurs années (de 45 à 59 environ), il parcourut le Bassin méditerranéen. Les groupes juifs de la Diaspora servirent de base à sa prédication, mais celle-ci s’adressait surtout à la clientèle spirituelle des synagogues, composée de païens attirés par le monothéisme judaïque, mais qui restaient éloignés de ses pratiques, particulièrement de la circoncision.

C’est dans ce milieu particulièrement favorable que saint Paul fit de nombreux prosélytes. L’opposition des juifs à l’abandon de la loi mosaïque se durcissant, un concile tenu à Jérusalem vers 49 donna raison à Paul. Pierre s’exprima ainsi : « Frères vous le savez : dès les premiers jours, Dieu m’a choisi parmi vous pour que les païens entendent de ma bouche la parole de la Bonne Nouvelle et embrassent la foi. Et Dieu, qui connaît les cœurs, a témoigné en leur faveur, en leur donnant l’Esprit-Saint tout comme à nous. Et il n’a fait aucune distinction entre eux et nous... Pourquoi donc maintenant tentez-vous Dieu en voulant imposer aux disciples un joug que ni nos pères ni nous-mêmes n’avons eu la force de porter ? D’ailleurs c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés, exactement comme eux. »

Parallèlement à l’apostolat et aux premières positions doctrinales s’élaboraient les livres sacrés de la Nouvelle Église, qui constituèrent le Nouveau Testament* : les quatre Évangiles de saint Matthieu, de saint Marc, de saint Luc et de saint Jean ; les Épîtres de saint Paul et quelques autres de différents apôtres, dont saint Pierre ; l’Apocalypse de saint Jean. Leur rédaction couvre la seconde partie du ier s., les écrits de saint Jean étant chronologiquement les derniers.


Le christianisme et le monde romain

La prédication du christianisme bénéficia de l’unification réalisée par Rome, selon la phrase célèbre suivante appliquée au Christ : « Les pas des légions avaient marché pour lui. » Dès le milieu du ier s., une communauté de chrétiens existait dans la capitale de l’Empire, et l’apôtre Pierre en fut le chef. Il y fut martyrisé vers 64, probablement à l’occasion de l’incendie de Rome sous Néron.

Le martyre de saint Pierre à Rome établit la prééminence de cette ville sur les autres, même si, à l’époque, les métropoles orientales comme Antioche ou Alexandrie brillaient d’un plus grand lustre. La primauté de Rome fut reconnue dans l’Église dès la fin du ier s. De nombreux témoignages l’attestent, entre autres ceux de saint Ignace d’Antioche et de saint Clément. Cependant, les Églises orientales — plus tard séparées de Rome — ne reconnurent au pape qu’une primauté d’honneur.

Favorisée par la paix qui régnait dans l’Empire, la propagation du christianisme atteignit à la fin du iie s. les limites de la romanité. Mais cette médaille eut son revers, car Rome, dès le début, persécuta les chrétiens. Bien qu’en principe tolérante envers toutes les religions, elle s’opposa par la force au christianisme naissant ; pourquoi ?

Il en faut chercher la raison dans les différences entre les mœurs païennes et les mœurs chrétiennes, et surtout dans le fait que le christianisme, religion du renoncement personnel, était par essence exclusif, qu’il n’admettait ni d’autres divinités ni d’autres religions et, par conséquent, refusait le culte impérial, que le pouvoir considérait, lui, comme la base du loyalisme politique des différents peuples qui composaient l’Empire. Ainsi, paradoxalement, les persécutés furent poursuivis pour leur intolérance par un pouvoir naturellement syncrétique et irénique.

Les principales persécutions, la plupart du temps sporadiques, eurent lieu sous Néron, Trajan, Decius, Valérien et Dioclétien. Elles eurent pour résultat, malgré des défaillances, d’affermir la nouvelle religion selon la formule « sang des martyrs, semence de chrétiens », si bien qu’un Tertullien pouvait s’écrier au début du iiie s. : « Nous ne sommes que d’hier, mais déjà nous sommes partout, dans vos villes, vos maisons, vos conseils, vos camps, vos palais... »

Toutefois, il faut remarquer que les milieux ruraux, au début, furent très peu touchés. Si les chrétiens se recrutaient dans toutes les classes de la population urbaine, le terme de paysan (paganus) resta longtemps synonyme de païen.


La doctrine se précise

L’Église nouvelle dut approfondir et préciser le dépôt doctrinal laissé par le Christ et les Apôtres. Les Pères apostoliques, comme saint Ignace d’Antioche, saint Polycarpe, saint Clément, l’auteur de la Didakhê, celui du Pasteur d’Hermas, furent les premiers à essayer de cerner les mystères de la Trinité, du Christ, de l’Église.

Par la suite, les auteurs chrétiens devinrent plus polémiques à la fois contre les hérésies naissantes (millénarisme, docétisme, montanisme, marcionisme, gnosticisme...) et contre le paganisme ; ce fut le cas de Justin, de Tatien, de Miniucius Felix, d’Irénée, de Tertullien, d’Origène. La gnose, qui prétendait avoir une connaissance directe et intuitive des problèmes angoissants de la métaphysique, fut certainement avec le néo-platonisme du iie s. la doctrine la plus dangereuse pour la jeune Église.