Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

Écosse (suite)

Le temps des troubles


La crise dynastique

Six mois après s’être remarié avec Yolande de Dreux, Alexandre III, trompé par l’obscurité, se précipitait en plein galop du haut des falaises de Kinghorn (1286). L’héritière du trône, Marguerite de Norvège, petite-fille d’Alexandre III et fille du roi de Norvège Erik II, n’avait que trois ans. Dès ce moment, certains membres de la noblesse écossaise qui pouvaient prétendre au trône, comme Robert VI Bruce (1210-1296), s’agitèrent ; mais le roi d’Angleterre Édouard Ier prit sous sa protection Marguerite, qui était fiancée à son fils Édouard (le futur Édouard II) : on s’acheminait ainsi, à la satisfaction générale, vers une union pacifique des deux royaumes, qui devaient d’ailleurs garder chacun leur autonomie (traité de Birgham, 1290). Mais Marguerite, « the Maid of Norway », mourut pendant la traversée de la Norvège à l’Écosse. Dès lors, Édouard Ier songea à préserver son acquis : il fit reconnaître sa suzeraineté par les prétendants à la Couronne (au nombre de 13 !) et désigna parmi eux, en 1292, Jean de Baliol comme héritier légitime, alors que l’opinion écossaise soutenait plutôt Robert Bruce. Au fait, Baliol lui-même ne put consentir aux exigences d’Édouard Ier, et, en 1296, ce dernier franchit la Tweed.


La guerre d’indépendance

Après avoir massacré les habitants de Berwick, Édouard Ier écrasa l’armée écossaise à Dunbar (17 avr. 1296). Baliol lui restitua son royaume et s’en alla terminer ses jours dans ses domaines normands de Bailleul. John de Warenne, comte de Surrey, et Hugh Cressingham gouvernèrent le pays pour le compte d’Édouard.

Mais, dès 1297, l’Écosse s’agita : si les grands seigneurs capitulèrent devant Cressingham, deux petits nobles, William Wallace (v. 1270-1305) et Andrew Moray, rendirent, par une incessante guérilla, la tâche de l’administration anglaise impossible. Le 11 septembre, près de Stirling, ils écrasèrent les Anglais : Cressingham fut tué et tous les autres occupants s’enfuirent. Wallace n’arriva pas à se créer une armée, et Édouard Ier n’eut aucun mal à le vaincre à Falkirk (1298).

Dès lors, le pays fut plongé dans l’anarchie ; trois puissances s’opposèrent : Robert Bruce, comte de Carrick, candidat « populaire » ; John Comyn (« the Red Comyn »), appuyé par un groupe de familles hostiles à Bruce et qui rassemblait les amitiés baliolistes ; enfin le roi Édouard Ier. Lorsque, en 1305, ce dernier, avec l’accord de Comyn, mit sur pied un programme de pacification susceptible de résoudre tous les problèmes, Robert Bruce rétorqua en assassinant John Comyn au beau milieu de l’église des Franciscains de Dumfries (févr. 1306). Un mois après, Bruce se fit couronner roi d’Écosse à Scone. D’abord battu par les Anglais à Methven et à Dalry, Robert Ier Bruce (roi de 1306 à 1329) sut tirer parti de la mort d’Édouard Ier en 1307. En 1308, il ruina les terres des Comyn et de leurs alliés. De 1309 à 1314, il eut tout le loisir de reprendre le contrôle de tout le pays. Lorsque, enfin, Édouard II se décida à attaquer l’Écosse, il rencontra une armée solide et bien entraînée, dirigée par un chef capable et populaire : les Anglais subirent à Bannockburn (24 juin 1314) une très grave défaite. L’or des rançons enrichit l’Écosse. L’indépendance écossaise est alors affirmée, même s’il faut attendre 1328 pour que l’Angleterre reconnaisse la légitimité de Robert Ier Bruce et 1329 pour que le pape absolve Bruce du sacrilège qu’il avait commis à Dumfries.


Les crises du xive siècle

À sa mort, en 1329, Bruce laissait un fils de cinq ans, David II (roi de 1329 à 1371). La mort prématurée des deux régents successifs permit à Édouard de Baliol de débarquer en Écosse (1332). Édouard III, vainqueur des Écossais à Halidon Hill en 1333, le soutint, mais le jeune David II n’eut aucun mal à se débarrasser de ce fantoche dont Édouard III, engagé dans la guerre contre la France, ne parvint plus à assurer le pouvoir (1342). Cependant, David II fut fait prisonnier à Neville’s Cross lors d’un raid contre l’Angleterre (1346). Robert Stewart, l’héritier du trône, assura la régence pendant la captivité de David, qui ne prit fin qu’en 1357, le roi s’engageant alors à verser une énorme rançon de 100 000 marcs (traité de Berwick). La pression fiscale qui en résulta acheva de ruiner un pays dévasté par les guerres, les famines et les pestes.


L’Écosse des Stuarts*


Les premiers Stuarts

Walter (1293-1326), 6e « steward » (sénéchal) d’Écosse, avait épousé Marjorie Bruce, la fille de Robert Ier Bruce. Ce mariage heureux devait suffire à hisser la famille Stewart (dont la graphie du nom se fixera en Stuart au xvie s.) sur le trône d’Écosse, puisque David II mourut sans héritier en 1371. Mais cette origine interdit aux souverains Stuarts de s’en prévaloir pour imposer le respect aux turbulents nobles écossais, qui se sentaient leurs égaux. De plus, la dynastie Stuart allait jouer de malheur : son premier représentant était un vieillard médiocre, Robert II (roi de 1371 à 1390) ; Robert III, qui lui succéda (de 1390 à 1406), était un infirme, et l’héritier du trône, le futur Jacques Ier, fut fait prisonnier par les pirates anglais au cours d’une traversée vers la France. Libéré en 1424, il ne revint en Écosse qu’après avoir passé toute sa jeunesse en captivité à la cour d’Angleterre.

La réalité du pouvoir appartenait alors aux grandes familles nobles. Les régents successifs, et en particulier Robert Stuart, duc d’Albany († 1420), ne songèrent qu’à défendre leurs propres ambitions. Les clans se livrèrent des luttes féroces (Chattan contre Kay ; Campbell contre MacDonald) ; les guerres privées se multiplièrent, favorisant pillages et dévastations (où s’illustra Alexandre Stuart, le « loup de Badenoch »). De grandes familles amassèrent des domaines immenses, comme les Douglas, plus puissants que les Stuarts.


Les Stuarts du xve siècle (1424-1513)

• Jacques Ier (roi de 1406 à 1437). Jacques Ier, dont le règne effectif commença en 1424, après sa libération fut un roi énergique. Il fit tout pour abaisser les nobles turbulents. D’ailleurs, beaucoup de ces derniers étaient partis combattre dans les rangs français contre l’Angleterre, cimentant de leur sang l’aulde alliance, qui, tout au long de la guerre de Cent Ans, unit la France et l’Écosse. Pour rétablir l’ordre public, il créa des « justiciers » et essaya d’assurer à la Couronne un revenu stable. Mais un groupe de nobles l’assassina à Perth en 1437.