Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

Écosse (suite)

L’altitude moyenne considérable, la haute latitude, l’exposition directe aux dépressions barométriques qui parcourent l’Atlantique selon des trajectoires O.-E. ou S.-O. - N.-E. valent à l’Écosse un climat particulièrement frais et humide. L’ouest des Highlands, frappé de plein fouet par les vents atlantiques, a les plus fortes précipitations de Grande-Bretagne (parfois plus de 2 500 mm par an), l’est des Highlands l’enneigement le plus long, et les côtes nord et ouest les tempêtes les plus spectaculaires.

Si les glaciers ont disparu depuis dix mille ans environ, ils ont longuement occupé au Quaternaire une partie des Highlands et des Uplands, et laissé jusque dans les Lowlands des témoignages évidents de leur action érosive et constructive : roches moutonnées, profondes vallées en auge, dites glens, au fond souvent occupé par des lacs (lochs), larges vallées évasées (straths), cirques adossés, fjords contournés et découpés de la côte ouest (dits également lochs), drumlins, nappes de moraine de fond, etc. L’ouest des Highlands a été le plus intensément sculpté par les glaciers et les processus périglaciaires ; nulle part, dans les îles Britanniques, on n’a d’aussi beaux paysages montagnards ; ceux-ci sont malheureusement gâtés par une pluviosité surabondante et une faible luminosité.

Les mouvements tectoniques, le creusement des glaciers, la remontée postglaciaire du niveau de la mer ont isolé, au nord et à l’ouest de la masse principale, une foule d’îles et d’archipels (Shetland, Orcades [Orkney Islands], Hébrides internes et externes, Arran) qui ajoutent encore à l’attrait touristique de l’Écosse.


Les hommes

Isolée à l’une des extrémités de l’Europe, protégée à l’ouest, au nord et à l’est par des mers turbulentes, et au sud par le rempart épais des Uplands, l’Écosse a pu conserver pendant des siècles une indépendance politique. Mais indépendance ne signifie pas cohésion interne. Le morcellement du relief, la difficulté des communications ont favorisé le maintien prolongé dans les Highlands d’une structure sociale tribale qui n’a été brisée, par l’armée anglaise, qu’en 1745-46. Chaque tribu (clan) constituait une cellule quasi indépendante dont tous les membres portaient le même nom (McAdam, MacDonald, Mackenzie, Mackintosh, Macleod, Macmillan, MacPherson, Campbell, Douglas, etc.). Le folklore s’efforce de maintenir quelques vestiges de l’organisation clanique (le tartan, signe vestimentaire distinctif de chaque clan) et des particularités nationales : le costume traditionnel (kilt), la musique (cornemuse), les danses (fling, reel), les jeux athlétiques, etc.

La religion, de son côté, renforce l’identité nationale. L’Écosse a adopté d’enthousiasme le calvinisme presbytérien au xvie s. et a refusé l’anglicanisme, mais les immigrants irlandais, venus en grand nombre au xixe s., ont répandu la religion catholique. De même, l’Écosse se singularise par son comportement politique. Le vote libéral a encore une certaine importance dans les Hébrides, les Orcades, les Highlands ; un parti nationaliste écossais revendique sans succès la restauration de l’indépendance nationale, et surtout les Lowlands industrielles, région la plus peuplée, votent massivement travailliste ; la députation écossaise à la Chambre des communes de Londres a une forte majorité travailliste, même quand ces Communes ont une majorité conservatrice.

La distribution de la population s’est beaucoup modifiée depuis deux siècles. Les régions montagneuses abritaient encore près de la moitié de celle-ci lors de la rébellion jacobite de 1745 ; mais leur importance relative a constamment décliné depuis. Au début du xixe s., les grands propriétaires désireux de pratiquer l’élevage extensif du mouton refoulèrent leurs tenanciers vers les plaines ou les expédièrent de force en Amérique. Plus tard, les Highlanders émigrèrent en grand nombre vers les pays neufs d’outre-mer. Enfin, beaucoup d’entre eux s’établirent dans les Lowlands, où l’industrialisation progressait rapidement. Ce mouvement de descente de la montagne vers la dépression centrale se poursuit de nos jours, mais à un rythme ralenti. En 1861, les Lowlands rassemblaient 65 p. 100 de la population de l’Écosse ; la proportion passait à 75 p. 100 en 1921 ; elle approche 80 p. 100 aujourd’hui. En revanche, les trois quarts des Highlands et la moitié des Uplands ont une densité inférieure à un habitant au kilomètre carré ; de vastes étendues de montagnes sont absolument désertes.

L’Écosse, et particulièrement ses régions montagneuses, aux ressources peu abondantes, a laissé partir depuis deux siècles de nombreux émigrants à destination de l’Angleterre, du Canada, des États-Unis, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de l’Argentine. Comme l’Irlande voisine, elle est un réservoir d’hommes. Cette émigration massive a été alimentée sans danger au xixe s. par un accroissement démographique considérable, dû à une forte natalité. Sur ses 78 000 km2, l’Écosse avait 1 600 000 habitants en 1801, 3 060 000 en 1861, 4 470 000 en 1901. Au xxe s., la chute de la natalité et la poursuite de l’émigration ont eu pour conséquence un accroissement de plus en plus lent de la population et même, depuis 1964, une légère diminution en valeur absolue : 5 000 000 d’habitants en 1939, 5 180 000 en 1961, 5 228 000 en 1971. La modernisation trop lente de la structure de l’emploi, un niveau de vie inférieur à la moyenne britannique, un taux de chômage constamment supérieur au taux britannique moyen sont sans doute, actuellement, les causes principales d’un dépeuplement qui devient inquiétant.

Parallèlement, la part de l’Écosse dans l’ensemble de la population de la Grande-Bretagne n’a cessé de diminuer : 14,8 p. 100 en 1801, 13,2 p. 100 en 1861, 12,1 p. 100 en 1901, 11,4 p. 100 en 1921, 10,7 p. 100 en 1939, 10,1 p. 100 en 1961, 9,6 p. 100 en 1971. Des faits de ce genre alimentent un sentiment de frustration qui, à son tour, encourage l’émigration des jeunes. L’Écosse apparaît comme une région périphérique peu prospère, à la structure économique vieillie et qui ne peut plus se passer de l’assistance de l’État. Elle figure dans sa totalité sur la liste des « régions de développement », c’est-à-dire des régions où la création de nouveaux emplois bénéficie des subventions de l’État. Mais cette aide semble insuffisante : le nombre des emplois créés est inférieur au nombre des emplois qui disparaissent. Les nationalistes tirent argument du déclin économique et démographique pour réclamer le rétablissement de l’indépendance ou, au moins, l’autonomie interne.