Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

économique (politique) (suite)

 J. Tinbergen, The Economic Policy, Principles and Design (Amsterdam, 1956 ; trad. fr. Techniques modernes de la politique économique, Dunod, 1961). / P. Audigier, Économie politique et politique économique (Technip, 1970). / Z. Madar et H. Rastello, le Rôle de l’État dans la réglementation de l’économie capitaliste et socialiste (L. G. D. J., 1970). / J. et C. Nème, Politiques économiques comparées (P. U. F., 1977).

économique (science)

Science qui étudie comment se forment, se répartissent et se consomment les richesses.



Le domaine propre de la science économique : la science des choix

La science économique prend son départ dans un certain agencement de données géographiques, sociales, psychologiques, juridiques, etc. En effet, la formation, la répartition et la consommation des richesses ne peuvent pas ne pas tenir compte de multiples données : exigences physiologiques des individus, sentiments et croyances, sols et climats, techniques agricoles et industrielles, lois imposant ou interdisant certains actes. Mais ce n’est pas pour autant que le domaine de la science économique doive se confondre avec les domaines de la biologie, de la physique ou de la chimie, non plus qu’avec ceux de la physiologie humaine, de la psychologie individuelle ou sociale et du droit. Ces disciplines enseignent ce que les hommes peuvent attendre ou tirer de la nature, ce qu’ils désirent et ce qui leur est permis. Leurs domaines demeurent distincts.

Si des rapports existent entre la science économique et ces diverses disciplines, c’est que, souvent, elle leur emprunte des connaissances qui lui sont indispensables pour ne pas s’évader du réel. Mais son objet est précisé par le fait que les moyens mis à la disposition des individus sont rares, c’est-à-dire mal adaptés ou limités, parfois jusqu’à l’absence, alors que les besoins ressentis apparaissent innombrables. Entre les moyens qui font défaut et entre tous les besoins ressentis, des priorités infiniment diverses sont concevables dans un état déterminé des techniques et du droit. Dès lors, le rôle de la science économique devient celui de rechercher et d’expliquer les options opérées parmi tout ce qui est possible et permis. Aussi l’a-t-on souvent définie comme science des choix, étudiant « le comportement humain en tant que relation entre les fins et les moyens rares à usages alternatifs » (Lionel Charles Robbins [né en 1898]), ou encore, plus simplement, « comme la science de l’administration des ressources rares dans une société humaine » (Oscar Lange [né en 1904]).

La science économique veut aussi expliquer comment productions et consommations s’ajustent et pourquoi les moyens de production restent parfois inemployés, alors que les besoins que ceux-ci permettraient de satisfaire existent manifestement.


Les différentes branches de la science économique

En posant que la science économique est la science de l’administration des ressources rares dans une société humaine, il faut, dès lors, la considérer comme une science sociale : en effet, cette administration est dépendante de l’organisation sociale et des institutions. Cependant, comme la science économique porte un intérêt spécifique aux actions exercées sur les ressources rares, elle se distingue de la sociologie qui se préoccupe de toutes les actions et relations sociales, la sociologie économique étudiant, quant à elle, les interactions des phénomènes économiques et des phénomènes sociaux.

• Au sein de la science économique, l’économie appliquée est constituée par l’étude et la description des méthodes particulières d’administration des ressources rares dans le passé (économie historique), ou dans le présent (économie institutionnelle).

• La théorie économique cherche, de son côté, des schémas généraux et uniformes d’action économique ; l’existence de tels schémas résulte du fait que les actions individuelles ou de groupe manifestent souvent une tendance à se répéter (une augmentation du revenu entraîne généralement une augmentation de la consommation). Il en découle une certaine uniformité dans le comportement de la société tout entière, la théorie formulant des lois conditionnelles : si telles conditions (au nombre desquelles figurent les institutions) sont réunies, alors tels événements se produiront ou auront tendance à se produire. Chaque type d’institutions a ses lois propres qui permettent d’effectuer des prévisions quant aux résultats de l’action. La théorie mettra ces lois en place par un système cohérent, composé de séries déductives de propositions établies à partir d’hypothèses et de postulats. La liaison avec la réalité s’opère sur deux plans : identification des concepts de base (prix, marchandises...) figurant dans l’énoncé des postulats, eux-mêmes généralisation — au moins approximative — d’informations empiriques ; vérification économétrique des théorèmes obtenus de façon déductive.

• Enfin, l’économie sociale ou normative recherche les règles d’utilisation des ressources rares qui permettent d’atteindre des objectifs posés a priori : meilleure satisfaction des désirs des personnes privées, réalisation d’objectifs collectifs ou toute combinaison de ces deux types d’objectifs. Elle énonce des lois qui sont, en fait, une espèce particulière de lois économiques, elle permet de reconnaître si les comportements effectifs servent la finalité admise et elle indique au besoin dans quel sens les comportements doivent être infléchis : une norme est ici dégagée.


L’historique : Platon et Aristote

Comme pour beaucoup d’autres branches de la connaissance, la science économique a connu sa phase de développement intense et sa conceptualisation systématique surtout à compter du milieu du xviiie s. Cependant, si l’on cherche à caractériser l’évolution dans le temps de la pensée économique, on observe que, dès l’Antiquité, deux courants fondamentaux se sont opposés et l’ont dominée, à savoir, d’un côté, la construction de systèmes idéaux souvent utopiques et, de l’autre, l’analyse objective de l’activité économique. Cette opposition se dessine déjà à travers les écrits de Platon* et d’Aristote*.