Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

écologie (suite)

Compétition entre espèces végétales

Ce type de compétition se retrouve aussi parmi les réactions hétérotypiques. Ainsi, on peut citer la progression des peuplements de Spartina townsendi, d’origine anglaise, qui remplace peu à peu les autres Spartines dans les vases salées de Grande-Bretagne. Sur les côtes de la Manche, on observe depuis 1905 le recul de S. stricta, moins robuste, remplacée par S. townsendi ; en 1920, 1 000 ha étaient déjà couverts en baie de Carentan ; depuis, le phénomène se poursuit dans tous les estuaires des côtes de la Manche.

Toutefois, certains caractères biologiques permettent à des espèces de cohabiter grâce à une périodicité saisonnière : par exemple, Anémones et Ficaires, plantes de sous-bois, qui fleurissent au début du printemps, profitent de la période moins ombragée où les arbres n’ont pas encore de feuilles. D’autre part, la morphologie des espèces peut favoriser leur vie en commun : ainsi, l’étagement en profondeur des organes souterrains impose des niveaux différents comme source de ravitaillement en eau et en sels minéraux ; les Ficaires et les Iris ont leurs organes souterrains en surface, l’Arum tacheté et le Corydalis plus bas, les arbres des mêmes stations étendant leurs racines à un niveau encore inférieur. Les propriétés chimiques de certaines espèces sont aussi parfois responsables de l’élimination d’autres individus. Des sécrétions, tant radiculaires qu’aériennes, le plus souvent toxiques, nuisent au voisinage : par exemple, sous les Noyers d’Amérique, le tapis végétal est très clair en raison, pense-t-on, du lavage par l’eau de pluie des feuilles de cet arbre. Après la mort des touffes de Piloselle, le sol reste longtemps nu, empoisonné par les sécrétions radiculaires de cette Composée. Ces sécrétions végétales agissent non seulement sur les plantes, mais aussi sur les animaux ; ainsi, le brusque pullulement de Cyanophycées, l’été, dans les étangs (fleurs d’eau) cause des intoxications de Poissons et même de bétail.


Les chaînes alimentaires

Les interactions animaux-plantes peuvent être beaucoup plus importantes. Il suffit, en effet, de penser aux relations entre les producteurs (les végétaux verts) et tous les consommateurs primaires (herbivores), eux-mêmes étant des producteurs pour les consommateurs secondaires (carnivores), eux aussi voués soit à la disparition naturelle, soit à servir de proies à d’autres carnivores (consommateurs tertiaires) ; il s’établit donc un transfert d’énergie entre les différents participants, avec perte d’énergie ; celle-ci est compensée par le rayonnement solaire capté par les végétaux verts (producteurs). On en arrive à la notion de chaînes alimentaires à l’intérieur des écosystèmes. L’équilibre naturel, qui permet de conserver longtemps l’écosystème, peut parfois être perturbé, comme ce fut le cas en Australie, où l’introduction du Lapin, consommateur primaire, a rompu l’équilibre, car il a détruit à un rythme trop rapide le tapis végétal (producteur) pour que ce dernier ait le temps de se reconstituer. Un fait analogue s’est produit dans l’archipel des Kerguelen, où le Pringlea (Chou de Kerguelen) n’existe plus que sur les îlots non encore infestés par les Lapins.

Mais ces relations entre animaux et plantes peuvent prendre d’autres aspects, en particulier celui de parasite et de parasité (cette situation peut exister aussi entre plantes seulement ou animaux). Ordinairement assez équilibré, ce phénomène peut prendre des allures catastrophiques : il suffit de penser par exemple aux destructions des plants de vigne en 1884 par le Phylloxéra.

À l’encontre, la relation Plante-Insecte peut être bénéfique : ainsi, la fleur de Vanillier est fécondée dans son pays d’origine grâce à l’intervention d’un Hémiptère local, et l’Homme a dû se substituer à l’Insecte quand la culture de la Vanille s’est étendue à des pays tropicaux où l’Insecte n’existe pas et où il faut recourir à la fécondation artificielle.


L’action de l’Homme

Un dernier facteur qu’il ne faut pas négliger est l’Homme, qui, comme tout être vivant, n’est qu’un élément de la biosphère. La population du globe s’accroissant beaucoup plus rapidement que toute la production terrestre, il se produit un déséquilibre inquiétant, qui se répercute sur les écosystèmes actuels, qu’il faut exploiter avec plus de rentabilité, c’est-à-dire en provoquant une usure et un risque de déséquilibre menaçant la vie même de l’Homme si de nouveaux moyens de production ne sont pas trouvés.

À cet accroissement s’ajoute une dilapidation des ressources naturelles qui ne fait qu’augmenter d’année en année. En Europe, dès le Néolithique, on trouve des traces de l’action de l’Homme, mais, à cette époque, la faible densité des populations humaines permettait d’une manière naturelle la reconstitution des forêts détruites. C’est au cours du Ier millénaire de notre ère que les défrichements se sont accentués : on estime que, vers l’an 1300, 75 p. 100 des forêts avaient dû être détruites (période de défrichement). Depuis, la surface des forêts n’a pas beaucoup varié, mais leur composition s’est modifiée notablement. Parallèlement à cette destruction, les grands Mammifères furent repoussés dans des territoires de plus en plus restreints, pour finalement disparaître ou presque (Auroch, Bison d’Europe, Ours, Lynx, Loup...). À côté de ces défrichements se place le dessèchement artificiel des marais, qui perturbe gravement le bilan d’eau des nappes phréatiques, donc des biotopes.

À tout cela s’ajoute la pollution* de la biosphère, pollution chaque jour plus importante en quantité, en surface et en intensité (pollution industrielle et humaine [ordures, gaz carbonique], agricole [pesticides], radio-active). Enfin, les constructions envahissent à un rythme accéléré toutes les campagnes, supprimant un pourcentage non négligeable des terres cultivées.

Mais une lutte commence à être entreprise pour conserver les écosystèmes qui subsistent encore ; une campagne mondiale d’information éveille l’attention de tous, et des plans d’action sont nécessaires pour que « Nature ne meure ».

J.-M. T. et F. T.