Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

échanges internationaux

Ensemble des relations commerciales entre États. (L’étude de géographie économique a été faite à l’article commerce international.)


Il est devenu maintenant banal pour l’économiste d’insister sur l’intensification des échanges internationaux, favorisée par l’abandon des restrictions quantitatives, l’abaissement des droits de douane, la constitution de vastes zones au sein desquelles circulent avec une liberté de plus en plus grande marchandises, services et capitaux.


Expansion contemporaine des échanges internationaux

Entre 1953 et 1965, le volume des échanges commerciaux a augmenté de 150 p. 100. Suivant les données de la conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, le rythme d’expansion du commerce mondial s’est accéléré au cours des années 60, passant d’un taux annuel de 6,4 p. 100 au cours de la dernière moitié des années 50 à 8 p. 100 entre 1960 et 1966. En chiffres bruts, on relève 128 milliards de dollars de transactions en 1960, 238 milliards, soit près du double, en 1968, quelque 270 milliards en 1969. Quant aux échanges techniques, tels qu’on peut les saisir par l’évolution du montant annuel des dépôts de brevets hors du pays d’origine de ceux-ci, le chiffre est passé de 117 000 en 1953 à 246 000 en 1965, soit un accroissement de 110 p. 100. Enfin, les exportations annuelles de capitaux privés à long terme ont été multipliées au moins par 5 durant cette même période.

L’analyse des échanges par produits montre que la progression a été rapide, dans l’ensemble, pour les produits manufacturés et pour les produits primaires comme le pétrole ou les minerais. Pour ces derniers, la progression des échanges s’explique facilement ; les pays industriels, pour la plupart, ne disposent que de ressources naturelles trop peu abondantes ou en voie d’épuisement, ou encore d’un accès trop difficile pour répondre à une demande sans cesse accrue ; par ailleurs, le coût réduit des transports par mer en vrac permet à ces pays de recevoir à bon compte les produits de fournisseurs très éloignés. Les complexes pétroliers des régions portuaires, les usines sidérurgiques du bord de mer (alimentées par les envois de minerais de pays africains, comme dans le cas de Dunkerque) illustrent clairement l’essor du commerce des produits bruts.

Le progrès des échanges de produits manufacturés (machines, automobiles, produits chimiques, tissus, vêtements) a été encore plus rapide. La part en valeur des articles manufacturés dans le commerce mondial a continué de s’accroître, atteignant 65 p. 100 en 1970 contre 59 p. 100 en 1965 et 45 p. 100 en 1953.

La prépondérance des produits industriels dans le commerce international explique que les dix premiers pays exportateurs, qui sont à l’origine de plus de 60 p. 100 des transactions internationales, soient tous des pays largement industrialisés. Certes, cette croissance des échanges de produits manufacturés peut être freinée par des facteurs apparemment contraires : il arrive que des courants d’exportation soient remplacés par la création de filiales industrielles au-delà des frontières, par des cessions de brevets et de licences. Mais ces transferts sont à l’origine de nouvelles spécialisations industrielles aboutissant en fait à la création de grandes unités de production ; comme le marché intérieur du pays où elles sont installées ne leur garantit pas suffisamment de débouchés, elles sont souvent obligées d’exporter pour pouvoir utiliser à plein leur capacité de production.

À l’intérieur des grands groupes industriels internationaux, les usines d’un pays ont de moins en moins pour fonction exclusive de satisfaire les seuls besoins locaux ; de plus en plus, ces usines se spécialisent, si bien que les transactions commerciales se multiplient entre filiales de différents pays.

Quant aux échanges de capitaux et de techniques, enfin, ils ne se substituent pas aux échanges de marchandises ; au contraire, ils se révèlent de plus en plus intimement liés aux mouvements de produits eux-mêmes.


Le commerce international, apanage du monde développé

Dans cet essor des échanges internationaux, les parts respectives des pays exportateurs ou groupes de pays exportateurs du monde se sont profondément modifiées.

D’une façon générale, on a pu répartir l’ensemble du monde entre huit grands secteurs économico-géographiques ; on a ainsi opposé les secteurs correspondant à peu près aux régions les plus évoluées industriellement (Europe occidentale, Amérique du Nord, pays de l’Est, Japon) à quatre secteurs correspondant à peu près aux régions en voie de développement (Afrique, Amérique latine, Moyen-Orient, Extrême-Orient). Plus de 60 p. 100 du commerce international ont lieu entre pays des quatre premiers secteurs, 5 p. 100 seulement entre pays des quatre autres secteurs, le reste (quelque 35 p. 100) correspondant aux transactions entre les uns et les autres. Cette part prise par les quatre premiers secteurs montre le rôle écrasant joué par les grandes régions industrielles dans le commerce international.

On observe cependant une évolution marquée, depuis 1960, des parts respectives des principaux pays exportateurs du monde. On constate en premier lieu que celle des États-Unis, toujours la plus importante, diminue : elle était de 15,1 p. 100 au total en 1959, elle représente 13,9 p. 100 en 1969. L’Allemagne, seconde, a nettement progressé et se rapproche des États-Unis avec 10,7 p. 100 des exportations mondiales ; la Grande-Bretagne, dont les exportations en valeur relative ont diminué, se trouve presque rejointe par le Japon, en rapide ascension (3 p. 100 en 1959 et 5,9 p. 100 en 1969), qui a (de justesse) dépassé la France (4,9 p. 100 en 1959 et 5,5 p. 100 en 1969). On note encore de nets progrès de la part de l’Italie (2,5 p. 100 en 1959 et 4,3 p. 100 en 1969), des Pays-Bas (3,1 p. 100 et 3,7 p. 100) et de la Belgique (2,9 p. 100 et 3,7 p. 100).

En revanche, on constate une forte baisse de la part des pays sous-développés dans les exportations mondiales ; c’est un fait particulièrement grave pour ces pays, dont le développement dépend précisément des exportations.