Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
D

Dutilleux (Henri) (suite)

Henri Dutilleux se révèle comme l’une des figures les plus attachantes et représentatives de l’école française actuelle. Curieux des découvertes de l’avant-garde, il est également soucieux de conserver son indépendance vis-à-vis des chapelles et des systèmes ; partisan de la création au Conservatoire d’un cours d’initiation à la méthode sérielle, il n’a cependant pas utilisé lui-même cette discipline et il pense que, pour un musicien, « il est plus estimable d’être atonal par instinct que par contrôle ». Quant aux musiques expérimentales (musique concrète, musique électronique), s’il les accueille comme un stimulant de l’imagination, elles ne répondent pourtant pas, à ses yeux, au besoin d’organisation qui domine sa conception de la création musicale.

R. S.

Dvořák (Antonín)

Compositeur tchèque (Nelahozeves 1841 - Prague 1904).


Ce fils d’un pauvre boucher-aubergiste de village devint, malgré une vocation contrariée et des études difficiles, le second en date des quatre grands compositeurs de l’école nationale tchèque, après Smetana*, avant Janáček* et Martinů*. Arrivé à Prague en 1857, il sut y parfaire durant deux ans à l’École des organistes une formation musicale jusque-là plutôt autodidacte. À partir de 1862, il put assurer sa subsistance en tenant l’alto dans l’orchestre nouvellement fondé du Théâtre national. Déjà il composait d’abondance (symphonies, opéras, musique de chambre), mais la notoriété ne lui vint qu’avec le succès remporté par sa cantate patriotique les Héritiers de la Montagne Blanche (1872). Il s’affirma dès lors comme le jeune espoir de la musique tchèque et l’héritier de Smetana, et il bénéficia de la protection amicale de Brahms, qui lui procura bourses, éditeurs et interprètes. Le flot ininterrompu de ses nouveaux ouvrages lui valut une notoriété qui s’étendit graduellement à l’Europe entière, et, de 1884 à 1896, Dvořák n’effectua pas moins de neuf tournées de concerts en Angleterre, pays qui l’adopta comme il avait adopté Händel, Haydn et Mendelssohn. De 1891 à sa mort, il enseigna la composition au Conservatoire de Prague, dont il prit la direction en 1901 ; parmi ses meilleurs élèves, on devait compter Vítězslav Novák (1870-1949) et Josef Suk (1874-1935). En 1892, il accepta la direction du Conservatoire de New York, mais la nostalgie du pays natal la lui fit abandonner trois ans plus tard. Il mourut à Prague (1er mai 1904), où on le considérait comme une gloire nationale.

Dvořák a poursuivi et complété la tâche de Smetana comme fondateur d’une école nationale tchèque de musique. Ce sont du reste deux tempéraments fort différents. Smetana, nature aristocratique, racée, était surtout attiré par l’opéra, le poème symphonique et le piano, et ses modèles s’appellent Mozart, Berlioz et Liszt. Porté vers les grandes formes instrumentales classiques (symphonie, quatuor, etc.), Dvořák, parti des modèles beethovéniens, s’inscrit dans la lignée de Schubert, dont il possède la limpide fraîcheur, la veine mélodique, le goût de l’expression harmonique et aussi une certaine prolixité formelle. Son ami et aîné Brahms l’a également influencé, mais sa robuste simplicité paysanne, sa rude et stimulante tonicité s’opposent profondément à la subtile introspection et à la mélancolie du maître de Hambourg. Compositeur extrêmement fécond (le catalogue de Burghauser recense 206 œuvres), Dvořák a abordé tous les genres, mais, si sa musique instrumentale a connu de bonne heure la faveur du public, il n’a pu réaliser qu’une seule fois, tout à la fin de sa vie, son rêve d’égaler le succès de Smetana au théâtre, avec Roussalka, l’avant-dernier de ses dix opéras. Parmi les grands musiciens de la seconde moitié du xixe s., il demeure l’un des plus gravement méconnus en France, où l’on ne joue que deux ou trois œuvres, toujours les mêmes, et où on le prend trop souvent pour un compositeur de demi-caractère. Or, la Symphonie du Nouveau Monde n’est ni la meilleure, ni la plus typique des neuf symphonies qu’il écrivit, dont certaines comptent au nombre des plus remarquables de l’époque. De même, seul Brahms partage avec Dvořák la suprématie en matière de musique de chambre durant cette période intermédiaire entre Schumann et Fauré. Si Dvořák ne cite que rarement des thèmes populaires authentiques, il recrée un folklore extrêmement attachant et savoureux, tant dans ses Danses et Rhapsodies slaves, d’une couleur et d’une vitalité irrésistibles, que dans ses partitions de musique pure et ses opéras. L’Amérique imprima son cachet particulier à la Symphonie du Nouveau Monde, au quatuor en fa dit « Nègre » et au concerto pour violoncelle, sommet du répertoire de l’instrument.

L’œuvre de Dvořák constitue une véritable corne d’abondance et une généreuse fontaine de jouvence, appréciée depuis longtemps en Allemagne et dans les pays anglo-saxons.

H. H.

 O. Šourek, Vie et œuvre d’Antonín Dvořák (en tchèque, Prague, 1916-1933 ; nouv. éd., 1955-1957 ; 4 vol.) ; Antonín Dvořák, vie et œuvre (éd. abrégée en fr., Prague, 1952) ; The Orchestral Works of Antonín Dvořák (Prague, 1958) ; The Chamber Music of Antonín Dvořák (Prague, 1958). / A. Robertson, Dvořák (Londres, 1945). / J. Burghauser, Catalogue thématique de l’œuvre de Dvořák (Prague, 1960) ; Antonín Dvořák (en tchèque, Prague, 1966). / J. Clapham, Antonín Dvořák, Musicien and Craftsman (Londres, 1966), / G, Erismann, Antonín Dvořák (Seghers, 1966).

dynamique

Branche de la mécanique rationnelle consacrée à l’étude des phénomènes naturels qui règlent le mouvement des corps dans l’espace.


L’ensemble des principes fondamentaux de la dynamique a été précisé par sir Isaac Newton*.


Dynamique du point matériel


Principe de l’inertie

Tout corps persiste dans l’état de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite dans lequel il se trouve, à moins que quelque force n’agisse sur lui et ne le contraigne à changer d’état. Newton, qui a formulé ce principe, entend par corps un système matériel de dimensions assez faibles pour qu’on puisse le considérer comme réduit à son centre de gravité : c’est ce que l’on appelle le point matériel.

De ce principe découle le corollaire suivant : un point existant seul dans l’espace possède une vitesse constante en grandeur et en direction, la vitesse étant nulle dans l’état de repos.

On peut dire aussi que, si un point est seul dans l’espace, son accélération est nulle constamment. Tout cela n’est rigoureux que dans le cadre des axes de Copernic, dont l’origine est au centre de gravité du Soleil et dont les directions sont fixes par rapport aux étoiles fixes.