Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Dublin (suite)

L’histoire

La région de Dublin a été très tôt habitée ; zone de refuge par son relief, elle offrait grâce à la Liffey des possibilités de communication avec l’intérieur du pays. Dès 291, les annales signalent une victoire des habitants de la région sur ceux du Leinster : mais il est probable que la ville n’existait pas encore à cette époque.

Ce sont les pirates norvégiens qui, au ixe s., fondèrent les premières villes d’Irlande. En même temps que Cork, Limerick et Waterford, Dublin prit son essor. Gaëliques, Norvégiens et Danois se livrèrent de terribles luttes. C’est à Clontarf, près de Dublin, qu’en 1014 le roi suprême de l’Irlande, Brian Boru (surnommé Boroimhe), battit la coalition des Vikings et des hommes du Leinster : cette victoire où le roi trouva la mort n’eut cependant pas de suites. Les Norvégiens installés à Dublin y restèrent et, si les incursions scandinaves se raréfièrent, la vie politique resta toujours aussi confuse.

En 1170, les Anglo-Normands débarquèrent en Irlande sous la conduite de Richard de Clare, comte de Pembroke (dit Strongbow). En septembre 1170, ils prirent Dublin. En 1171, le roi Henri II vint visiter l’Irlande : il se réserva Dublin et sa région. Les Plantagenêts concédèrent plusieurs chartes à la ville : si la première (1172) en fit plus ou moins une dépendance de Bristol, celles de 1207, de 1216, de 1217 et de 1227 lui accordèrent d’importantes libertés. C’était bien reconnaître l’importance de la ville, qui, après avoir été l’une des principales places fortes scandinaves, était devenue la capitale de l’occupation anglaise. Plus que la capitale de l’Irlande, Dublin n’était que la capitale du « Pale », la partie anglicisée de l’Irlande médiévale. Cette situation assez particulière valut à la ville de nombreuses difficultés (elle fut assiégée en 1316 par les Écossais d’Edward Bruce) tout autant que des honneurs (Richard II en particulier y séjourna en 1394 et en 1399).

Au xvie s., la ville n’eut pas trop à souffrir de la reprise en main de l’Irlande par les Tudors (si l’on excepte la tentative de lord Thomas Fitzgerald — Silken Thomas —, qui essaya de la prendre mais échoua et fut exécuté en 1537), non plus que des persécutions religieuses consécutives à la Réforme. Au contraire, le resserrement des liens avec l’Angleterre accrut l’importance de Dublin ; en 1591, une université y était créée (Trinity College) et le port prospérait. Cette situation devait faire cependant de Dublin un enjeu d’importance pendant la guerre civile : d’abord royaliste, la ville devait en 1647 se rendre aux troupes parlementaires du colonel Michael Jones pour échapper aux Irlandais soulevés. En 1689, Jacques II, fuyant l’Angleterre, tenait son dernier parlement à Dublin en ordonnant la confiscation des biens des protestants. Mais, en 1690, la bataille de la Boyne, non loin de la ville, confirmait la victoire de Guillaume III.

Le xviiie s. est une période de calme. La ville s’embellit et connaît alors une vie intellectuelle active. En 1783, les protestants « patriotes » font reconnaître une assez large autonomie au parlement d’Irlande. Mais les remous de la Révolution française viennent mettre fin à cette paix. La tentative des « Irlandais unis », en 1798, pour s’emparer de la ville, échoue ; mais, pendant tout le xixe s., la cité est troublée par des agitations dont l’origine est tantôt sociale, tantôt nationaliste (1803, 1848, 1867). Au début du xxe s., Dublin est au centre de la fermentation antianglaise. C’est là que resurgit une culture qui, même lorsqu’elle fait usage de la langue anglaise, se veut originale. Les terribles luttes sociales de 1913-14 ayant créé un terrain favorable, les extrémistes irlandais se soulèvent à Dublin le 24 avril 1916, mais les Anglais n’ont aucun mal à reprendre la ville ; celle-ci souffre beaucoup des troubles qui précèdent la ratification (déc. 1921) du traité de séparation entre l’Angleterre et l’Irlande (entré en vigueur le 15 janv. 1922) comme des querelles intestines qui s’ensuivent jusqu’en 1927. Dès 1931, la plupart des dégâts sont réparés, et la jeune capitale de la république d’Irlande n’a guère à souffrir que d’un bombardement par l’aviation allemande en mai 1941.

J.-P. G.


Le développement urbain

Le noyau primitif de la ville se trouve sur la rive sud du fleuve. Le château, fondé par les Anglais au xiiie s. mais dont les bâtiments actuels datent des xviiie et xixe s., se dresse sur une butte morainique haute de 20 m. Il est relié à la cathédrale catholique par Dame Street, rue aristocratique du xviie s. aujourd’hui bordée de banques et de bureaux d’assurances et de courtiers ; la Grande Rue (High Street) prolonge Dame Street vers l’ouest. Tout ce quartier centre-ouest compris entre la Grande Rue et la Liffey s’est beaucoup dégradé ; il renferme de nos jours de vieux immeubles branlants, des échoppes, des terrains vagues, des blocs d’appartements locatifs construits par la municipalité ; il abrite de petites industries artisanales, en particulier l’industrie de la confection, la première par l’effectif employé (11 000 ouvriers).

Cette dégénérescence immobilière de l’ancien quartier noble s’est accompagnée, depuis le xviiie s., d’un déplacement vers l’est du centre de la ville à mesure que l’embouchure de la Liffey migrait dans cette direction. Le nouveau centre comprend l’université protestante (Trinity College), la Banque d’Irlande, le Parlement, le gouvernement, l’université catholique (University College), la résidence du maire (Mansion House), la principale rue commerçante (Grafton Street). Le district central des affaires a débordé sur la rive nord, autour d’O’Connell Street, une large et belle avenue reconstruite après les destructions de la guerre civile de 1921-22. Le principal pont, O’Connell Bridge, assure difficilement la liaison entre le nord et le sud du quartier central.

Au-delà du centre s’étend le vieux Dublin, construit pour l’essentiel avant 1830. Il est clairement limité au sud par le Grand Canal, qui relie la Liffey au Barrow (mais qui n’est plus utilisé que par des bateaux de plaisance) et au-delà au Shannon moyen, et au nord par le Royal Canal, qui joint la Liffey au Shannon supérieur. Ces deux canaux, au tracé incurvé, suivent la ligne des anciennes fortifications. Le vieux Dublin, surtout dans son secteur sud-est, présente une très riche collection d’immeubles géorgiens (1730-1830), en brique, à étages, d’architecture sobre et élégante, dont beaucoup sont occupés par des hôtels et des bureaux. Mais il y a aussi un grand nombre de taudis, dont certains sont en cours de rénovation ou de démolition. À l’ouest, au bord de la Liffey, s’étend l’immense brasserie Guinness (4 000 employés), la plus grande entreprise de la ville et même de tout le pays.