Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Algues (suite)

La structure du thalle

Le thalle le plus simple qui puisse être est évidemment constitué par une seule cellule. Si les cellules sont libres et mobiles dans le milieu, elles se sépareront après la division et vivront ensuite chacune d’une vie autonome. Si, par contre, les cellules ne sont pas douées de motilité, les cellules filles resteront les unes près des autres. Des amas de cellules ainsi assemblés constituent des thalles coloniaux, où les cellules restent relativement indépendantes les unes des autres. Un degré d’évolution de plus, et les cellules s’organisent à l’intérieur de tels ensembles ; les Volvox sont, à ce point de vue, très évolués, et chaque colonie particulière — on dit chaque cénobe — est constituée de cellules reliées entre elles par des tractus. L’ensemble engendre, en des endroits plus ou moins bien définis, des cénobes fils ou des éléments mâles ou femelles. De telles colonies constituent un terme de passage avec la structure suivante.

Les thalles cellulaires sont constitués par des cellules provenant de la division d’une même cellule d’origine, une spore ou un œuf, parfois de quelques cellules, dans le cas de la reproduction végétative par propagules. Les cellules s’agencent entre elles selon une disposition fixe qui donne à chaque espèce d’Algue son aspect général particulier et son anatomie propre. Les mêmes règles jouent pour les thalles siphonés, bien qu’ici la structure générale de la plante soit plus manifeste que le rôle de chaque élément. Dans leur ensemble, tous ces thalles sont constitués de filaments, mais ces files de cellules peuvent être arrangées différemment entre elles.

Dans le cas le plus simple, les files de cellules restent bien distinctes, même si elles sont latéralement coalescentes. Les files seront simples ou, au contraire, engendreront latéralement des ramifications. La structure filamenteuse se compliquant, on pourra remarquer que l’axe principal se distingue des rameaux latéraux par la taille et la forme des cellules ou qu’il a une croissance indéfinie, tandis que les rameaux latéraux ne dépassent pas une longueur déterminée. On appelle cladomes de telles files cellulaires différenciées entre elles au sein d’un même thalle, et la structure résultante est dite cladomienne. Elle peut aboutir à une complication extrême lorsque, par exemple, il se forme une écorce (cortex) ou des rameaux latéraux de deuxième ordre, etc. Si l’ensemble devient coalescent, l’Algue deviendra massive, mais elle n’en sera pas moins constituée de files cellulaires, dont l’origine peut être retrouvée parfois après un très long travail d’analyse.

Chez les formes les plus évoluées, la croissance ne se fait plus par le jeu de cellules isolées, souvent apicales, mais par des ensembles cohérents qu’il faut comparer aux méristèmes des plantes vasculaires. Le fonctionnement de tels « points végétatifs » est mal connu, mais les plantes qui croissent ainsi ont une forme et une structure bien déterminées.


Les dispositifs de fixation

Les Algues benthiques sont presque toujours fixées au fond ou sur un support animal ou végétal. Certaines encroûtent la totalité de la surface, le thalle étant alors fixé directement par une membrane basale épaisse ou encore par l’intermédiaire de rhizoïdes, cellules disposées verticalement et dont l’extrémité seule assurera l’adhérence. Chez les formes plus ou moins dressées, la fixation est faite par un disque basal ou des sortes de crampons adhésifs nommés haptères ; les Laminaires montrent à la base de leur stipe un certain nombre de ces haptères, disposés en cône à base correspondant au substrat, et leur fixation est très puissante. Chez certaines Algues fixées par un disque (Ulva, Porphyra et genres voisins), les cellules inférieures prennent une forme allongée rappelant celle des rhizoïdes ; ces cellules semblent plutôt destinées à renforcer la résistance et la solidité de la partie basale, souvent tiraillée ou tordue par le mouvement de l’eau, qu’à augmenter la solidité de la fixation elle-même ; mais de véritables rhizoïdes existent chez des formes dressées, jouant à l’échelle microscopique le même rôle que les haptères, qui ont une structure bien plus complexe.

Quelques espèces ne sont pas fixées au substrat, mais développent des sortes de crochets qui leur permettent de s’attacher sur d’autres Algues (Asparagopsis armata) ; c’est, avec la fixation basale en moins, le même phénomène que la formation de vrilles ou d’épines chez les plantes aériennes. D’autres espèces, moins évoluées à ce point de vue, sont passivement enroulées par les mouvements de ressac autour des autres organismes ; il s’agit d’espèces filamenteuses à consistance un peu cotonneuse.

Les espèces microscopiques sont également capables de se fixer. On connaît ainsi des Diatomées fixées au substrat par un pédoncule de mucus ferme, portant plusieurs cellules s’il est ramifié. D’autres Diatomées se fixent sur les Algues par toute la surface d’une de leurs valves, toujours grâce à une sécrétion de mucus.

Tous ces modes de fixation permettent à plusieurs espèces de profiter du même point d’accrochage basal, et l’on trouve le plus souvent les espèces portant ainsi en épiphytes de nombreuses autres plantes — ainsi d’ailleurs que des animaux (Bryozoaires, Hydraires, etc.), qui, à ce point de vue, ont exactement la même biologie.


Les dispositifs de flottaison

Les Algues planctoniques sont presque toujours microscopiques. On sait que, dans ces conditions, l’augmentation de la surface par rapport au volume est favorable au maintien des organismes entre deux eaux, mais, par ailleurs, une simple diminution de la taille serait souvent défavorable, car cela pourrait favoriser par trop la consommation par les prédateurs ; c’est pourquoi les Diatomées, organismes principaux du phytoplancton, se groupent en longues chaînes, qui sont, à ce point de vue, mieux défendues. On comprend alors que, pour concilier ces deux impératifs contradictoires, elles développent de longues expansions, le plus souvent en forme d’aiguilles. On retrouve le même phénomène chez les Péridiniens, mais il s’agit alors de sortes d’ailes très fines, souvent munies en plus d’épines. La forme générale aplatie est également favorable au maintien dans l’eau.