Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
D

Dresde (suite)

Les fonctions

Avec l’unification de l’Empire allemand, Dresde est devenue la grande ville du Sud-Est, la capitale non seulement des industries de transformation du plat pays environnant, mais d’industries modernes, de goût et de luxe comme le textile et la confection, l’impression et l’édition, l’optique et les premières branches de l’industrie de l’électricité. Dresde fut entièrement dévastée par l’un des grands bombardements de la Seconde Guerre mondiale qui, dans la nuit du 13 au 14 février 1945, fit plusieurs dizaines de milliers de victimes dans une ville qui comptait alors plus d’un million d’habitants, notamment des réfugiés des pays d’Europe centrale et orientale. En 1946, Dresde ne comptait plus que 468 000 habitants.

Dans le cadre de l’Allemagne orientale, la ville fut relativement favorisée par les investissements, qui permirent la restauration des monuments historiques endommagés comme le Zwinger, par l’implantation d’écoles techniques supérieures (université technique de 17 000 étudiants, Institut central de physique nucléaire de Rossendorf, avec le premier réacteur atomique de la R. D. A., installé dès 1957), enfin par le redressement des industries traditionnelles, qui, malgré de grosses pertes de main-d’œuvre qualifiée, passée en République fédérale, ont permis de garder à la ville sa réputation de production de qualité. Ainsi, la population s’accroît lentement, passant de 468 000 habitants en 1946 à 494 000 en 1950 et à un peu plus de 500 000 en 1970. Sur environ 200 000 salariés de l’industrie, les textiles en emploient 70 000, la construction mécanique un peu moins, l’électricité environ 40 000, les industries chimiques un peu plus de 30 000. La ville reste la capitale du film et de la photographie, du verre et de l’optique. Sa foire annuelle expose les produits d’une industrie qui travaille beaucoup pour l’exportation. Dresde est encore le siège de nombreuses administrations, d’établissements d’enseignement supérieur (outre l’université technique l’académie militaire, l’académie des beaux-arts, l’institut pédagogique, la faculté de médecine, l’école supérieure des transports), possédant théâtres, bibliothèques, musées. Dresde est enfin au centre d’une conurbation industrielle où se distinguent aussi bien la grande brasserie de Radeberg que l’aciérie fine de Freital-Döhlen. La reconstruction, en un style assez lourd et pompeux, a fait une large place aux équipements collectifs et aux espaces verts.

A. B.

➙ Allemagne / Saxe.

 H. G. Franz, Zacharias Longuelune und die Baukunst des 18. Jahrhunderts in Dresden (Berlin, 1953). / S. Asche, Balthasar Permoser und die Barockskulptur des Dresdner Zwingers (Francfort, 1960). / R. et M. Seydewitz, Die Dresdner Kunstschatze (Dresde, 1960). / E. Hempel, Der Zwinger zu Dresden (Berlin, 1961). / G. Rudloff-Hille, Galerie de Dresde (trad. de l’all., Larousse, 1964). / G. Dehio, Die Bezirke Dresden, Karl-Marx Stadt, Leipzig (Berlin, 1965). / H. Butte, Geschichte Dresdens bis zur Reformationszeit (Cologne, 1967).


Dresde, ville d’art

La ville a beaucoup souffert du formidable bombardement aérien de février 1945. Toutes les églises notamment ont été incendiées et, en dépit de restaurations très considérables, Dresde demeure une ville grièvement blessée.

Dresde ne prit d’importance que quand elle devint, en 1485, séjour permanent de la ligne Albertine de la maison de Wettin. Le château des Électeurs de Saxe, un complexe de bâtiments sans grand style élevés dans la vieille ville, au xvies. principalement, a conservé son portail du côté de l’Elbe ainsi que plusieurs des salles abritant les pièces illustres qui constituaient l’un des plus célèbres cabinets de curiosités de toute l’Europe, la Galerie, ou « Voûte », verte (Grünes Gewölbe).

Sorte de prélude à l’éclat du xviiie s., qui a fait de Dresde une des capitales du baroque, la fin du siècle précédent voit naître vers le sud-est, en dehors des fortifications qui existaient alors, un parc à la française : le Grand Jardin (Grosser Garten), avec son palais, ouvrage de l’architecte local Johann Georg Starck, qui puisait son inspiration surtout dans le nord de l’Italie. Le baroque proprement saxon ne naît que sous les deux Électeurs Frédéric Auguste Ier (Auguste le Fort), qui fut élu en 1697 roi de Pologne sous le nom d’Auguste II et se convertit au catholicisme, et Frédéric Auguste II, lui-même roi de Pologne sous le nom d’Auguste III, dont l’activité artistique a été principalement dirigée par son tout-puissant et magnifique ministre, le comte Heinrich von Brühl (1700-1763).

Ce baroque se manifeste surtout en deux ensembles, celui de l’ouest, au voisinage du château et jusqu’au bord de l’Elbe, et, plus à l’est, celui de la Place Neuve (Neumarkt). Dans l’un comme dans l’autre, les édifices semblent disposés en désordre ; ils se groupent cependant suivant une chance unique.

Dans l’ensemble de l’ouest se trouve le chef-d’œuvre qui, à lui seul, suffirait à la gloire de Dresde : le « Zwinger », conçu par Matthäus Daniel Pöppelmann comme une enceinte monumentale destinée aux fêtes, aux jeux, aux cavalcades. Sa forme est un rectangle avec deux hémicycles sur les côtés étroits. Pöppelmann, en 1710, avait été envoyé en Italie et en France par son maître Auguste le Fort, mais dès ce moment-là le projet était arrêté. Cependant, la cour du Zwinger ne fut point fermée au temps de son créateur. L’un de ses longs côtés, vers l’Elbe, est un bâtiment construit au milieu du xixe s. par Gottfried Semper pour recevoir les illustres tableaux des Électeurs. Ce musée (Gemäldegalerie) donne l’image la plus fidèle de ce que pouvait être une collection princière constituée autour de la fameuse Madone de Saint-Sixte de Raphaël, en fonction des seuls critères de qualité. Restauré avec un soin pieux, le Zwinger a repris son éclat premier, avec sa sculpture mouvementée, ses Hermès musculeux et ostentatoires auxquels Balthasar Permoser, aidé de tout un atelier, a imprimé sa marque, tandis que le Bain des nymphes a le charme de silhouettes maniérées s’ébattant entre les jets d’eau. Toute voisine, l’église catholique de la Cour (Hofkirche) fut entreprise en 1738 par un architecte romain, Gaetano Chiaveri. Aujourd’hui encore, elle offre au-dessus de ses toits, qui forment presque terrasse, le peuple de ses statues agitées ; mais elle a perdu ses plafonds peints, dont l’un était de Franz Anton Maulbertsch.