Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Algues (suite)

Constitution des Algues


Les constituants cellulaires

Toutes les cellules des Algues possèdent un noyau ou même plusieurs, mais ce noyau, banal chez les Algues supérieures, est constamment dépourvu de membrane limitante chez les Cyanophycées. C’est le « noyau diffus » de beaucoup d’auteurs, retrouvé également chez les Bactéries. C’est pourquoi on regroupe les Cyanophycées et les Bactéries sous le nom de Procaryotes, ce qui permet de considérer tous les autres êtres vivants comme des Eucaryotes.

Cette importante différence dans l’aspect du noyau s’accompagne de modalités spéciales dans sa division. Chez les Eucaryotes, la division nucléaire se fait le plus souvent par mitose (v. cellule) ; chez les Procaryotes, les processus sont, dans leur ensemble, plus simples. Mais les constituants essentiels sont les mêmes, et la duplication des chromosomes suit les mêmes lois.

Les mitochondries sont présentes chez les Algues, sauf chez les Cyanophycées, ce qui n’empêche pas celles-ci, comme les Bactéries, de présenter des processus enzymatiques.

On notera, de la même manière, l’absence de corps de Golgi (dictyosomes) chez les Cyanophycées.

Les plastes sont des organites cellulaires tout à fait caractéristiques du règne végétal. Ce sont eux qui portent la chlorophylle et permettent ainsi l’assimilation du gaz carbonique. Ici encore, on notera leur absence chez les Cyanophycées, où, cependant, on a mis en évidence par la microscopie électronique, à l’intérieur du cytoplasme, des structures lamellaires caractéristiques de la constitution intime des plastes. Chez toutes les autres Algues, à l’exception des rares formes incolores, les plastes sont bien reconnaissables en dépit de grandes variations de forme et de couleur.


La couleur des Algues

La couleur des plastes est un des caractères les plus remarquables des Algues. La chlorophylle est toujours verte, et c’est elle qui est toujours l’agent de l’assimilation du gaz carbonique grâce à l’énergie fournie par la lumière. Il y a d’autre part toujours d’autres pigments, des caroténoïdes de couleur orangée. Chez les Algues vertes, ces pigments, comme chez les plantes supérieures, ne modifient que peu la couleur propre de la chlorophylle.

Il n’en est plus de même chez les Algues brunes, où la richesse en pigments supplémentaires donne aux plastes une couleur vert jaunâtre ou franchement jaune doré ou brune.

Chez les Algues bleues (Cyanophycées) et les Algues rouges (Rhodophycées), il existe, en plus de tels pigments, des composés particuliers de couleur bleue (phycocyanine) ou rouge (phycoérythrine). Le mélange, en quantités variables, de ces pigments donne une coloration qui pourra être un bleu verdâtre (chlorophylle et phycocyanine dominantes) ou tirant sur le magenta (phycocyanine et phycoérythrine), ou encore un rouge carmin (phycoérythrine dominante). Comme le pigment bleu et le pigment rouge coexistent toujours, on ne trouvera que des couleurs violacées ou carminées, plus ou moins brunies par le vert de la chlorophylle, mais, par exemple, on ne trouvera jamais de rouge franc ou de vermillon.

Cette coloration des plastes donne à l’ensemble de la plante sa teinte générale, mais l’importance des membranes — et parfois d’autres constituants — assombrit ou jaunit souvent la teinte finale et peut même parfois donner une couleur noirâtre.


Les matières de réserve

Elles sont constituées par de l’amidon chez les Algues vertes, mais, chez les autres groupes, il s’agit de sucres moins polymérisés. On reconnaît ceux-ci à ce que, en présence d’iode, ils ne donnent pas la couleur bleu de nuit de l’amidon, mais des bruns acajou (rhodamylon des Algues rouges) ou des couleurs claires (laminarine des Phéophycées, leucosine des Chrysophycées), ou encore restent incolores (paramylon des Euglènes). De tels glucides peuvent être condensés sur les plastes, comme chez les plantes supérieures, s’il s’agit d’amidon, ou s’accumuler en dehors des plastes dans les autres cas.

On trouve aussi pratiquement toujours de l’huile, ce qui n’est pas propre aux Algues.

Les vacuoles sont, dans les cellules adultes, très grandes — caractère général des cellules végétales —, sauf chez les Cyanophycées, où elles sont très petites.

Les sucs vacuolaires des Algues contiennent souvent des composés minéraux à une concentration très supérieure à celle de l’eau de mer. Chez les Laminaires, la richesse en sels de potassium et en iodures est telle qu’on a longtemps exploité ces Algues pour en retirer ces constituants et qu’il existe encore en France une usine qui extrait l’iode de cette manière. Chez d’autres espèces, on observe des concentrations encore plus spectaculaires, bien qu’elles soient industriellement inutilisables ; c’est le cas des Asparagopsis, qui renferment des composés où l’iode se trouve à des concentrations plusieurs centaines de fois supérieures à celle de l’eau de mer. Ces Algues ont été étudiées à l’occasion des expériences nucléaires ; certains déchets riches en iode radio-actif peuvent ainsi être concentrés à des doses dangereuses, encore que la faible longueur de vie de ces isotopes diminue considérablement l’importance du phénomène.


Les cœnocytes

La cellule typique est uninucléée. On trouve cependant souvent chez les Algues des cellules contenant plusieurs noyaux. Cela peut provenir de la fusion de plusieurs cellules entre elles, mais aussi de la multiplication du nombre des noyaux sans qu’apparaissent de cloisons séparant des cellules filles. Il s’agit alors d’un cœnocyte, et, si la forme générale est filamenteuse, on parle de siphons. On connaît de telles structures dans plusieurs groupes d’Algues ; les pieds de Caulerpes, par exemple, qui peuvent mesurer plusieurs décimètres, sont constitués d’un seul cœnocyte ramifié.

Une forme intermédiaire se rencontre quand les noyaux sont nombreux, mais qu’il existe cependant des cloisons séparant des articles. On connaît deux origines à de tels articles. Dans le premier cas, les noyaux se rassemblent au niveau de la future membrane, puis se divisent tous à peu près en même temps ; la cloison se forme ensuite, et les noyaux se dispersent de nouveau dans les deux articles ainsi séparés. Dans le second cas, il se forme, à l’intérieur même d’un article, un nouvel article plus petit ayant sa membrane propre ; ce nouvel article peut grossir et être à l’origine d’une ramification. Un tel mécanisme est très original et a été appelé division ségrégative ; il est caractéristique d’un groupe d’Algues vertes, les Siphonocladales.