Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
D

Douai (suite)

Toutefois la fermeture progressive des Houillères, qui pourrait être totale vers 1980, va poser le problème de la reconversion. L’Imprimerie nationale doit s’installer au nord-ouest, à Flers-en-Escrebieux (1 500 emplois), ainsi qu’une imprimerie des P. T. T. et une usine de profilés d’aluminium. Mais la principale opération se réalise au sud-ouest : c’est l’installation de l’usine de carrosserie Renault (1 000 à 1 100 véhicules par jour, 8 500 emplois en 1975).

Douai dispose de sérieux atouts : de vastes terrains libres, non occupés par les Houillères ; un grand carrefour de circulation déjà bien équipé. Douai est à l’endroit où la route nord-sud, Lille-Paris, croise le bassin houiller et, de plus, à l’endroit où l’axe Scarpe-Arras s’accroche au bassin houiller. Le carrefour Lille-Paris - bassin houiller est bien équipé en voies ferrées ; l’axe nord-sud est autoroutier ; cependant il reste encore à construire l’autoroute ouest-est, dite « rocade minière » (en 1969, on en a commencé la construction par le tronçon douaisien). Enfin, à Douai, passe le canal Dunkerque-Valenciennes (convois poussés de 3 600 t), et c’est à Douai qu’il croise la Scarpe canalisée.

Douai est une vraie ville avec un centre urbain et des fonctions directrices, ce qui n’est pas toujours le cas des autres villes du bassin houiller. Les fonctions tertiaires y sont développées. Douai possède plusieurs écoles : des Mines, des Industries agricoles, d’Agriculture ; elle est aussi le siège des Houillères ; ses monuments et ses musées en font un centre touristique.

A. G.


L’histoire

Fondée peut-être sur l’emplacement d’une forteresse romaine, Douai (Duacum) est le centre d’une châtellenie du comté de Flandre dont le roi de France Lothaire s’attribue la possession en 962.

Disputée entre les héritiers de ce comté et l’empereur, Douai serait pourtant devenue au cours du xie s. un important centre commercial selon Henri Pirenne et Georges Espinas, alors que Jean Lestocquoy hésite à considérer les Du Markiet (en latin de Foro), dont la famille apparaît à Douai en 1111, comme étant des marchands.

Quoi qu’il en soit, ces derniers connaissent une rapide ascension sociale. Demeurant dès le milieu du xiie s. dans l’une des grandes maisons du Marché, prêtant de l’argent à la comtesse Jeanne de Flandre en 1230, accédant plus tard à l’échevinage (Jean Du Markiet), s’enrichissant dans la banque avec Ricart, fils de Jean (prêts de 2 300 livres au total au comte de Flandre entre 1268 et 1283), les Du Markiet font partie de ces burgenses Duaci qui obtiennent des comtes de Flandre et des rois de France d’importantes franchises, sans que leur ville puisse pourtant être qualifiée de commune.

Enrichis au xiie s. et surtout au xiiie s. par le commerce et par l’industrie, accaparant l’échevinage à partir du xiiie s., ces notables empêchent, au moins jusqu’en 1280-1300, la formation de « corps » de métier structurés. Maîtres de l’argent, du travail et du logement, tel Jean Boinebroke, ils assoient ainsi fortement leur emprise sur leurs ouvriers, dont les loyers sont arbitrairement augmentés, les intérêts de leurs dettes alourdis, les impôts aggravés. En 1280, ces derniers se révoltent en vain, car dix-huit d’entre eux sont bannis et trois autres condamnés à mort en décembre.

Annexée temporairement en 1305, puis définitivement en 1312, par Philippe IV le Bel, donnée au comte de Flandre en 1369, Douai décline au xive s. du fait de la guerre de Cent Ans et de l’essor de l’industrie drapante anglaise. Disputée par les Français et les Bourguignons, vainement assiégée par Louis XI en 1479, dotée d’une université en 1563, occupée par Louis XIV en 1667, Douai est cédée à la France par le traité d’Utrecht en 1713. La ville connaît une grande prospérité au xviiie s. grâce, notamment, à son université et à son parlement (transféré de Cambrai en 1713). Elle perd l’une et l’autre à la Révolution. Douai est chef-lieu du département du Nord de 1790 à 1804 ; siège d’une académie, elle perd ses facultés (droit et lettres) au profit de Lille en 1888. La cour d’appel et la cour d’assises s’y sont maintenues.

P. T.

Art et culture à Douai

Malgré les destructions du début du xviiie s. et celles des deux guerres mondiales, Douai conserve encore de nombreux témoignages de son passé culturel : l’église gothique Notre-Dame, à façade du xixe s., la porte de Valenciennes du xve s., l’hôtel de ville et son grand beffroi des environs de 1400 — que peignit Corot — témoignent du vaste essor pris par Douai à l’aube de la Renaissance. Au xvie s. brillait sa fameuse université, célébrée comme l’« Athènes du Nord ». Des édifices civils ou religieux comme la collégiale Saint-Pierre (fondée probablement au xie s.), l’église Saint-Jacques ou le palais de justice (ancienne dépendance d’une abbaye) obéissent par leur style aux transformations opérées par la Renaissance et le classicisme français, qui donnèrent à Douai sa physionomie d’ensemble.

Si, parmi les artistes nés ici, Jean Boulogne (v. Giambologna), devenu à Florence le sculpteur des Médicis, n’a pas laissé d’œuvres dans la ville, celles de Jean (ou Jehan) Bellegambe, par contre, sont au premier rang des collections du musée municipal, installé dans l’ancienne chartreuse.

Jean Bellegambe

(Douai v. 1470 - id. 1534), L’année 1504 est, dans sa vie, la première date connue avec certitude : c’est celle de son mariage avec la fille d’un marchand de la ville. Bourgeois de Douai, il y demeurera jusqu’à sa mort.

Formé au sein du milieu flamand, entre Bruxelles et Anvers, Bellegambe s’inspire, comme Simon Marmion (v. 1425-1489) ou Jan Provost (v. 1465-1529), des grands modèles passés de Van Eyck* et de Van der Weyden*. Il est l’auteur du polyptyque à neuf panneaux peint entre 1508 et 1513 pour l’abbaye d’Anchin, près de Douai ; l’œuvre est conservée aujourd’hui au musée de la Chartreuse de Douai. Bellegambe compose là un véritable traité d’iconographie religieuse, insistant sur la lisibilité et le sens de chaque scène. La clarté des thèmes, les compositions monumentales et très symétriques, le style apaisé et sensible classent Bellegambe parmi les derniers représentants de la grande tradition gothique. L’artiste, si personnel dans son coloris précieux et très clair, fut surnommé par ses contemporains « le maître aux couleurs ». On décèle ces caractères dans la Vierge au donateur (musée d’Angers) ou la Déploration du Christ (musée de Varsovie), considérées comme les premières œuvres d’un Bellegambe encore très pénétré d’influence flamande. Dès le Bain mystique (musée de Lille) et surtout dans l’Adoration de l’Enfant, datée de 1528 (Arras, cathédrale Saint-Vaast), l’artiste se rapproche de l’italianisme du début du xvie s., comme l’attestent ses recherches d’une perspective très élaborée. Cependant, l’originalité de Bellegambe tient surtout à la transposition dans un registre plus typiquement français de la sensibilité naturaliste et des novations des grands peintres flamands du xve s.

P. H. P.