Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
D

Dominicaine (république) (suite)

La variété des formations végétales n’est pas moins grande : forêt dense sur les pentes exposées à l’est, dont il reste encore de très vastes étendues, forêt claire sur les plaines, les bassins et les massifs orientaux et sud-orientaux, forêt que les défrichements ont éliminée au profit des llanos (vastes étendues de graminacées complantées d’arbres) ; savanes des régions moyennement arrosées (vallée de San Juan) ; enfin steppe à épineux de type sahélien dans les dépressions arides du Sud-Ouest.

Bien qu’il n’y ait pas de sols volcaniques, on rencontre cependant des sols d’une excellente fertilité et assez peu fragiles : sols alluviaux de La Vega Real, sols de décomposition noirs ou rouges de la plaine calcaire du Sud-Est par exemple.

Au total, l’État dispose de très bonnes conditions naturelles pour le développement agricole. Les pentes ne sont pas un obstacle majeur, et les montagnes peuvent fournir l’eau nécessaire à l’irrigation des vallées et des bassins secs. La variété des aptitudes agronomiques a permis de développer régionalement une gamme de productions qui assure son équilibre à l’agriculture. Les cyclones, qui peuvent causer des ravages désastreux, constituent le seul handicap sérieux.

J.-C. G.


L’histoire


Jusqu’au xixe siècle

Le 8 décembre 1492, Christophe Colomb atteint l’île d’Hispaniola et, en 1496, son frère Barthélemy y fonde l’actuelle Saint-Domingue, embryon de ce qui va être le grand Empire ibéro-américain.

La première colonisation agricole des Espagnols — agriculture de plantations fondée sur le travail forcé — est catastrophique pour les populations autochtones. Sans accepter les chiffres de Bartolomé de Las Casas, on peut avancer une estimation sérieuse de 500 000 habitants pour la grande île : en vingt ans, ce chiffre est ramené à 50 000 ; en 1540, Saint-Domingue est pratiquement dépeuplée. Ce phénomène dévastateur, biologique et culturel, inspire à Las Casas son célèbre traité et lui fait entreprendre le combat d’une vie.

Déçus par les Antilles (le processus vaut pour toutes les îles), les Espagnols partent à la conquête de la terre ferme, abandonnant pratiquement la région aux aventuriers de toutes les nations, boucaniers et frères de la Côte. Ce processus parvient à son terme lorsque, au xviie s., Français, Anglais et Hollandais s’installent dans la mer des Caraïbes, les Anglais à la Jamaïque et les Français à Saint-Domingue, désormais divisée en deux parties : la française à l’occident (Haïti), l’espagnole à l’orient (Hispaniola).

Au xviiie s., l’île (Haïti surtout, Hispaniola à un degré moindre) connaît la révolution économique et sociale. Elle est mise en valeur à partir de la canne à sucre produite pour les métropoles européennes, dont la culture repose sur le travail servile et la traite du « bois d’ébène », et elle s’intègre donc au grand circuit commercial du temps, le fameux commerce triangulaire entre les ports de l’Atlantique Nord, l’Afrique des esclaves et les îles du sucre, que Voltaire célébrait tant.

La société aristocratique et esclavagiste de planteurs, d’armateurs, de « petits Blancs », d’affranchis mulâtres, d’esclaves et de nègres marrons, réfugiés dans les montagnes, a été admirablement évoquée par Alejo Carpentier* dans son roman pénétré de vérité historique le Siècle des lumières. Elle va connaître la première et la plus violente révolution d’Amérique latine, la naissance de la première république noire, la glorieuse fille de la Révolution française, Haïti de Toussaint Louverture, Pétion, Dessalines et Christophe.


Le xixe siècle

Le Directoire a étendu la domination française sur toute l’île ; la révolte des esclaves rattrape en Hispaniola les maîtres blancs qui ont fui Port-au-Prince. Anglais, Espagnols, Français, créoles, mulâtres et Noirs sont dès lors aux prises jusqu’en 1809, date à laquelle l’Orient se libère des troupes françaises qui s’y sont réfugiées.

Jusqu’en 1844, la république noire d’Haïti* peut maintenir sa domination sur l’ensemble de l’île, pour être ensuite progressivement refoulée sur ses positions actuelles. De ce moment date la partition ethnique entre un Occident majoritairement noir et un Orient blanc et mulâtre, violemment hostiles l’un à l’autre. Au cloisonnement racial, maintenu par des flambées de violence périodiques, s’ajoute l’opposition culturelle entre un monde africano-français et un monde ibéro-américain.

L’Espagne peut espérer reconquérir Hispaniola, d’autant qu’en 1861, pour échapper au dynamisme haïtien, le président Pedro Santana (1801-1864) proclame le retour de la république Dominicaine à l’Espagne. C’est aller trop loin dans le sens de la logique raciale et économique (Cuba espagnol vit sous le régime esclavagiste), et cette mesure provoque une nouvelle insurrection, qui, en 1865, oblige l’Espagne à renoncer définitivement à ses prétentions.

Toujours aux prises avec la menace unitaire haïtienne et les risques de subversion sociale, les patriciens dominicains votent en 1869 leur annexion aux États-Unis. Cela ne doit pas surprendre : les grands planteurs du Yucatán, épouvantés par les soulèvements mayas, ont fait la même chose en 1848 ; il existe une solidarité de fait et une communauté entre les classes dirigeantes du monde caraïbe : sud des États-Unis, sud-est du Mexique, Antilles et Brésil des planteurs.

La république Dominicaine est incapable de trouver un équilibre à partir de telles données géographiques, sociales et politiques ; cela explique l’histoire lamentable des années 1870-1916, cascade de coups d’État et de tyrannies qui consomment la ruine du pays et provoquent finalement l’intervention étrangère.


Les États-Unis et la dictature de Trujillo (1916-1961)

Logiquement et pour des raisons de police et de finance, les États-Unis interviennent à la même époque un peu partout dans le monde caraïbe. Il s’agit, à l’origine, d’assurer le remboursement des créanciers américains, en saisissant les douanes, principale ressource budgétaire ; de fil en aiguille, la logique de l’intervention militaire conduit l’armée américaine à prendre en main la république Dominicaine, et le vice-amiral Thomas Snowden joue un rôle de proconsul.