Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
D

documentaire (suite)

Quelques grands documentaristes


Robert Flaherty,

metteur en scène et documentariste américain (Iron Mountain, Michigan, 1884 - Dummerston, Vermont, 1951). Après avoir suivi des études de minéralogiste, il explora à partir de 1910 les régions arctiques, d’où il rapporta plusieurs films d’amateur. Grâce à une commande du fourreur Révillon, il partit de 1919 à 1921 dans la baie d’Hudson pour filmer la vie quotidienne d’une famille d’Esquimaux (Nanouk [Nanook of the North]). Ce fut le début d’une grande carrière de documentariste itinérant. Engagé par la Paramount, il tourna ensuite Moana (1923-1926) sur les Maoris des îles Samoa, entreprit Ombres blanches (White Shadows in the South Seas, 1928), que W. S. Van Dyke acheva et signa seul, collabora avec F. W. Murnau pour Tabou (1931) et réalisa avec J. Grierson Industrial Britain (1932). L’Homme d’Aran (Man of Aran, 1934), chaleureuse évocation de la vie d’une famille de pêcheurs habitant une petite île sauvage au large des côtes irlandaises, lui assura la consécration. Après avoir participé à une séquence du film Éléphant Boy (1937) de Zoltan Korda et exécuté une commande du ministère de l’Agriculture américain sur l’érosion des sols, qui, jugée trop déprimante, ne fut jamais distribuée (la Terre [The Land], 1939-1942), Flaherty paracheva ses travaux par un documentaire romancé qui peut être considéré comme son testament d’artiste (Louisiana Story, 1948). Recherchant avant tout la vérité humaine, respectueux des us et coutumes de tous ceux qu’il filmait, refusant tout « sensationnel » et tout exotique paternaliste, Flaherty, par ses qualités humaines et par sa maîtrise technique, a influencé tous ceux qui à sa suite ont tenté de révéler les caractéristiques d’une communauté ou d’un groupe humain par le seul pouvoir d’une caméra attentive.


John Grierson,

documentariste et théoricien britannique (Deanston, auj. Doune, Perthshire, 1898 - Bath 1972). Il fonde en 1928 la société de production Empire Marketing Board, puis en 1933 le service du General Post-Office (GPO), qu’il dirige jusqu’en 1937 (production de 200 documentaires). Il est aussi le fondateur du Film Centre puis, en 1939 à Ottawa, de l’Office national du Film canadien (National Film Board). Avec l’aide de Flaherty et de Cavalcanti, il constitua au début du film parlant une équipe de remarquables documentaristes (Basil Wright, Paul Rotha, Harry Watt, Arthur Elton). Parmi ses principaux films : Drifters (1929), Industrial Britain (1932, avec Flaherty).


Joris Ivens,

metteur en scène et documentariste hollandais (Nimègue 1898). Après deux essais où l’on retrouve l’influence de Vertov et de Ruttmann : Pont d’acier (De Brug, 1928) et Pluie (Regen, 1929), tous deux réalisés avec la collaboration de Manus Franken, il amorça une carrière de documentariste militant. Considérant le cinéma comme une arme idéologique et un instrument de dénonciation des injustices sociales, il parcourut le monde à la recherche de sujets divers, économiques et politiques principalement, en ne se départissant jamais d’un lyrisme chaleureux au bénéfice des opprimés. Parmi ses films, il faut citer Zuiderzee (1930-1934), Symphonie industrielle (1931), Komsomol (1932), Borinage (1933), Terre d’Espagne (1937), quelques réalisations de la série américaine Pourquoi nous combattons (Why we fight, 1942), Indonesia Calling (1946), les Premières Années (1947-1949), le Chant des fleuves (1954), La Seine a rencontré Paris (1957), À Valparaiso (1963), le Mistral (1964), le Ciel, la Terre (1965), 17e Parallèle (1967), Comment Yu-Kong déplaça les montagnes (1973-1975).


Jean Rouch,

ethnographe et documentariste français (Paris, 1917). Docteur ès lettres, ingénieur des Ponts et Chaussées, explorateur, attaché au musée de l’Homme, Jean Rouch s’est fait connaître par de nombreux courts métrages ethnographiques : Initiation à la danse des possédés (1948), les Maîtres fous (1955). Après Jaguar (1956) et Moi, un Noir (1958), il étend ses expériences de cinéma vérité (la Pyramide humaine, 1960 ; Chronique d’un été, 1960 ; la Punition, 1962). En 1965, il retourne en Afrique pour y achever la Chasse au lion à l’arc. Il signe ensuite Cocorico, Monsieur Poulet en 1974 et Babatou les trois conseils en 1976. Avec Jean Rouch, le cinéma (utilisation de caméras ultra-légères) devient un instrument de recherche quasi scientifique et un argument de critique sociologique.


Walter Ruttmann,

metteur en scène et documentariste allemand (Francfort 1887 - Berlin 1941). Après avoir débuté par quelques films expérimentaux abstraits (Opus 1, 2, 3, 4, 1923-1925), il subit l’influence de Dziga Vertov et tourne deux films remarquables par leur montage : Berlin, symphonie d’une grande ville (Berlin, die Sinfonie der Grossstadt, 1927) et Mélodie du monde (Mélodie der Welt, 1929). Après avoir réalisé Acier (Acciaio, 1933) en Italie sur un scénario de Pirandello, il se rallie au IIIe Reich et réalise des documentaires de propagande.


Denis Arkadevitch Kaufman, dit Dziga Vertov,

documentariste et théoricien soviétique (Białystok 1895 - Moscou 1954). Opérateur d’actualités pendant la guerre civile, il fonde en 1922 le magazine filmé Kinopravda et forme le groupe de tendance futuriste des Kinok. Dans plusieurs manifestes, il affirme que le cinéma doit renoncer aux artifices de la mise en scène et aux acteurs pour ne plus montrer que la vie réelle enregistrée par le ciné-œil (Kino-Glaz). Ses théories sur le montage ont eu une influence prépondérante sur l’école documentariste anglaise de Grierson et les partisans du cinéma vérité. Il est notamment l’auteur de Soviet, en avant ! (Chagaï, Soviet !, 1926), l’Homme à la caméra (Tchelovek Kinoapparatom, 1929), Symphonie du Donbass (Simfonia Donbassa, 1930), Trois Chants sur Lénine (Tri pesni o Lénine, 1934).

J.-L. P.

documentaire (analyse)

Toute opération pratiquée sur des documents afin de fournir des réponses (signalement ou résumé) aux questions concernant le contenu de ces documents.