Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Algérie (suite)

Jusqu’en 1965, l’exploitation du pétrole saharien fut exclusivement réalisée par des techniciens français dans le cadre de compagnies où dominaient les capitaux français, publics ou privés : la C. R. E. P. S. (Compagnie de recherches et d’exploitation du pétrole saharien), la S. N. REPAL (Société nationale de recherches de pétrole en Algérie), la C. F. P. A. (Compagnie française des pétroles d’Algérie). Soucieux d’« algérianiser » l’exploitation de la principale richesse nationale, le gouvernement algérien engagea avec la France des négociations qui aboutirent à l’accord de 1965.

Celui-ci soumettait les sociétés françaises à une fiscalité relativement rigoureuse (impôt de 50 p. 100 pour le gaz naturel et de 55 p. 100 pour le pétrole, avec la garantie d’un prix plancher). Parallèlement une société d’État contrôlée par le gouvernement algérien, la SONATRACH (Société nationale de transport et de commercialisation des hydrocarbures) jouait un rôle de plus en plus important à tous les stades de l’industrie pétrolière, tandis que dans le but de rompre des relations trop privilégiées avec la France l’Algérie obtenait la coopération d’autres partenaires (gouvernements ou sociétés privées), notamment pour la formation de techniciens algériens et pour la construction d’oléoducs. Cette politique d’« algérianisation » a franchi une nouvelle étape en 1971 avec la nationalisation des sociétés françaises, tant privées (C. F. P. A.) que relevant du groupe à capitaux publics E. R. A. P. (Entreprise de recherches et d’activités pétrolières). Un recul des exportations de pétrole vers la France s’est ensuite produit.

Transportés vers les régions littorales, le gaz et le pétrole peuvent suivre deux destinations. L’exportation vers les pays industrialisés domine encore très largement. Dans les ports, les tankers prennent en charge plus de 90 p. 100 de la production de pétrole, et, à Arzew et Skikda, les navires méthaniers emportent plus des trois quarts de la production de gaz naturel, après liquéfaction de celui-ci. Ces exportations constituent pour le gouvernement algérien une source précieuse de crédit (25 p. 100 des recettes budgétaires). Elles n’en trahissent pas moins la sous-industrialisation actuelle de l’Algérie, qui ne peut encore utiliser sur son propre sol une partie plus importante de cette puissance énergétique. Mais le gouvernement, par des réalisations nouvelles, s’efforce de modifier peu à peu cette situation.

L’industrialisation apparaît de plus en plus comme l’intention directrice de la politique économique de l’Algérie. Timidement esquissée avec le plan de Constantine, avant 1962, cette idée, sans être pour autant écartée, s’estompa dans les années qui suivirent l’indépendance sous des préoccupations plus immédiates (autogestion agricole, désorganisation des sociétés européennes). Mais elle réapparaît avec une force croissante, depuis 1965 surtout. L’industrialisation s’impose en effet comme une nécessité pour rompre le cycle néfaste du sous-développement, créer des emplois en dehors de l’agriculture, augmenter la consommation intérieure, susciter des débouchés pour une agriculture rénovée et pour des industries de biens de consommation et d’équipement. En outre, peu de pays sous-développés disposent d’autant d’avantages que l’Algérie : une bonne infrastructure de transport, des crédits d’investissement (par l’intermédiaire du pétrole), de remarquables ressources énergétiques (gaz naturel, pétrole, mais aussi barrages hydro-électriques, à défaut de charbon), des matières premières d’origine minière (minerai de fer, phosphate) ou d’origine agricole (alfa, liège, produits alimentaires), enfin une main-d’œuvre dont les éléments les plus jeunes échappent maintenant à l’analphabétisme et qui se trouve, dans une forte proportion, habituée au travail industriel par la tradition des migrations temporaires en France. Pour l’Algérie contemporaine, l’industrialisation ne se présente pas comme une utopie.

Il existe actuellement trois types de centres industriels en Algérie. Alger et Oran, les deux métropoles les plus importantes, maintiennent les industries diverses de la période coloniale, avec quelque difficulté dans le cas d’Oran. Pour atténuer la sous-industrialisation des régions les plus peuplées de l’intérieur, des industries légères, mécaniques et surtout textiles, ont été implantées à Constantine, à Draâ Ben Khedda (Kabylie) et à Batna (Aurès). Surtout, trois grandes réalisations sur le littoral doivent doter l’Algérie d’une industrie métallurgique et pétrochimique moderne, base de l’industrialisation. À Arzew, sur la côte de l’Oranais, un « complexe pétrochimique » liquéfie le gaz saharien avant exportation et produit de l’ammoniac et des engrais azotés. À Skikda, un nouveau port méthanier abrite aujourd’hui un second complexe pétrochimique, base d’une future industrie de la matière plastique. À El-Hadjar, près d’Annuba, la Société nationale de sidérurgie a repris un projet du plan de Constantine et réalisé, en coopération avec la France et l’U. R. S. S., un « complexe sidérurgique » qui utilise le fer de l’Ouenza et des cokes d’importation.


Du colonialisme au socialisme

L’Algérie porte toujours très profondément l’empreinte d’une longue période coloniale qui l’a très singulièrement marquée, aussi bien négativement que positivement. Pendant plus d’un siècle, dans le cadre d’une économie asymétrique, toutes les relations dynamiques s’organisèrent en fonction de la métropole, tandis que la masse des fellahs végétait sur une agriculture de subsistance. En dépit des ruptures de l’indépendance, l’Algérie conserve la France comme partenaire privilégié (réalisant avec elle environ les deux tiers des échanges). La structure des exportations (dominées par les produits agricoles et le pétrole) comme celle des importations (où remportent les produits finis) trahissent la faiblesse de l’économie.