Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Algérie (suite)

L’expérience de l’autogestion ne pouvait se perpétuer sur les bases, peut-être un peu utopiques, de 1962. Le secteur autogéré mérite de plus en plus l’épithète de nationalisé. D’autres transformations apparaissent, d’ordre technique et commercial. Au cours d’une première étape, les fermes autogérées ont conservé les mêmes systèmes de production que ceux des colons, et notamment la viticulture. C’était, à court terme, une politique sage. Mais, à long terme, celle-ci apparaît indéfendable. La viticulture algérienne accumule en effet les inconvénients et les paradoxes. Cette situation se révèle d’autant plus paradoxale que l’Algérie doit importer pour sa subsistance des denrées qu’elle pourrait produire sur son propre sol (blé, riz et sucre notamment). Ainsi se trouve posé le difficile problème de la reconversion de l’agriculture coloniale, jadis entièrement tournée vers la métropole et dont les principaux éléments doivent être repensés maintenant dans le cadre d’une économie nationale. Le gouvernement algérien engage peu à peu les fermes autogérées dans cette voie nouvelle en favorisant l’arrachage des vignes (notamment dans les basses plaines), en étendant les périmètres irrigués et en encourageant le développement des cultures maraîchères, de la riziculture, des cultures fourragères et betteravières. Sous peu, le visage de l’agriculture algérienne, notamment dans le Tell occidental et le Tell central, pourrait se trouver profondément modifié.


Le pétrole et l’industrialisation

L’industrie, les mines et l’artisanat réunis employaient 290 000 salariés en 1966, soit un peu plus de 10 p. 100 de la population active. Les ouvriers algériens travaillant à l’étranger sont plus nombreux que ceux qui ont un emploi dans leur propre pays. Enfin, le nombre des salariés industriels est plus de deux fois inférieur à celui des chômeurs recensés (610 000 personnes). Tous ces chiffres révèlent assez bien l’état de sous-industrialisation qui caractérise encore l’Algérie.

Le système colonial porte une part de responsabilité en ce domaine. En effet, les relations privilégiées établies avec la métropole favorisèrent l’importation des biens de consommation et d’équipement industriels et rendirent inutile (ou même nuisible à certains intérêts) tout effort d’investissement sur place. Parallèlement, le faible niveau de vie de la masse de la population algérienne ne pouvait constituer un stimulant pour le développement d’un marché intérieur. Aussi, les premiers investissements se consacrèrent-ils essentiellement à l’exploitation des ressources du sous-sol et à l’exportation, vers l’Europe industrielle, des minerais de fer, de zinc, de plomb et de phosphate. Des sociétés françaises se chargèrent de cette entreprise (Compagnie de l’Ouenza, Mokta-el-Hadid, Phosphates de Constantine).

Mais les événements politiques modifièrent partiellement cette situation dès avant l’indépendance. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’Algérie souffrit tout particulièrement de la coupure avec la métropole. Plus tard, vers la fin de la guerre d’indépendance, le gouvernement français tenta avec le « plan de Constantine » une politique de développement économique sur d’autres bases que celle du colonialisme classique en encourageant les créations d’emplois et en favorisant les investissements en Algérie. De la sorte, l’Algérie se trouva dotée d’un équipement industriel, très insuffisant quantitativement et qualitativement, mais non négligeable : des industries alimentaires (meuneries, semouleries, distilleries, brasseries), des usines de production d’énergie (centrales thermiques et hydrauliques), des industries de biens d’équipement (cimenterie de la Société Lafarge, produits métallurgiques divers) et l’esquisse d’une industrie automobile (chaînes Berliet et Renault). Les deux agglomérations d’Alger et d’Oran abritaient et abritent encore la plupart de ces entreprises. Celles-ci furent profondément désorganisées par les secousses de l’indépendance, et la production industrielle, déjà très insuffisante, diminua encore faute de cadres, de crédits ou de débouchés. Après une période d’incertitudes et d’hésitations pendant laquelle cohabitèrent trois expériences (entreprises nationalisées, usines autogérées et entreprises privées à capitaux étrangers), la plupart des industries de l’ère coloniale sont maintenant contrôlées par l’État.

La découverte du pétrole dans le Sahara algérien constitua un des derniers mirages de l’Algérie française. En même temps que les foreuses s’enfonçaient dans les sables d’Hassi-Messaoud, la Bourse de Paris s’enfiévrait. Les recherches, la prospection (1950-1956), les premiers jaillissements (1956) et la mise en exploitation furent, en effet, réalisés à la fin de la période coloniale. Actuellement, le pétrole et le gaz naturel se présentent comme les chances de l’Algérie dans sa lutte contre le sous-développement.

Les réserves peuvent être évaluées, en effet, à près de 1 milliard de tonnes pour le pétrole et à 2 500 milliards de mètres cubes pour le gaz naturel. Elles se répartissent entre trois bassins situés au nord du Sahara : Hassi-R’Mel (gaz) ; Hassi-Messaoud (pétrole surtout) ; Edjelé-Zarzaïtine (pétrole et gaz utilisé surtout en réinjection), à la frontière de l’Algérie et de la Libye. La production n’a guère cessé d’augmenter. En 1974, l’Algérie fournit environ 48 Mt de pétrole, se classant ainsi au troisième rang des producteurs africains (après la Libye et le Nigeria) et au douzième rang des producteurs mondiaux. En 1974, elle occupait la seizième place pour le gaz naturel (5,4 milliards de mètres cubes). Aussi ne peut-on s’étonner de la place de plus en plus importante tenue par les hydrocarbures dans l’économie algérienne.

L’utilisation d’une telle richesse a posé et pose toujours de multiples problèmes. Les premiers, d’ordre technique, concernent l’exploitation et l’évacuation. Les gisements algériens se trouvent en effet en pleine zone saharienne, loin des villes et des côtes (Alger est à 600 km du plus proche gisement, Hassi-R’Mel, et à 1 500 km du plus éloigné, Edjelé). Il fallut donc créer de toutes pièces, sous un climat torride, des villes nouvelles pour les pétroliers et, pour l’évacuation des hydrocarbures vers les ports et les centres vitaux de l’Algérie, plusieurs lignes de gazoducs et d’oléoducs qui doivent traverser des reliefs mouvementés (Atlas saharien et tellien). Un réseau de plus en plus complet relie maintenant les trois gisements aux ports d’évacuation d’Arzew, de Bejaïa et de Skikda en Algérie et de La Skhirra en Tunisie, avec des bretelles d’alimentation vers Alger et bientôt vers Annaba.