Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
D

distribution (suite)

Le commerce intégré

La caractéristique du commerce intégré est de regrouper dans une seule structure la fonction gros-détail. Entre commerce intégré et non intégré, la répartition générale du marché de détail s’opère en France dans la proportion de 25 p. 100 et 75 p. 100. Mais cette proportion varie selon les produits ; inférieure à 25 p. 100 pour la viande, les produits frais et les boissons, la part du commerce intégré atteint 47 p. 100 pour l’épicerie et 48 p. 100 pour l’ameublement. Le commerce intégré est essentiellement caractérisé par la concentration des capitaux. On y trouve cependant des formules assez différenciées, tant par leur organisation que par leurs objectifs, qui font du commerce intégré un univers en fait extrêmement varié.

• La formule la plus ancienne et aussi la plus connue est celle des grands magasins, création spécifiquement française. Plus de cent ans après que, sous le signe du Bon Marché, Aristide Boucicaut (1810-1877) a inauguré (en 1852) des méthodes commerciales à l’époque révolutionnaires, le grand commerce de détail fait preuve d’efficacité et de vitalité. Pratiquement, ce sont toujours les innovations introduites par Boucicaut (entrée libre, prix fixes et marqués, pratique des rendus, réduction de la marge bénéficiaire) qui font la force de ce système de ventes. Selon Jacques Bondoux, le rendement au mètre carré est au moins une fois plus élevé dans les grands magasins français (8 000 francs en moyenne, et parfois 11 000 et 14 000 francs en 1967) que dans les grands magasins américains (4 300 F en moyenne) : dans les magasins populaires, il est le triple. La vitesse de rotation du stock est, par ailleurs, très supérieure dans les grands magasins français à ce qu’elle est dans les grands magasins allemands (en France, le rapport entre le stock et le chiffre d’affaires est beaucoup plus favorable qu’en Allemagne). Quant aux marges commerciales, lesquelles couvrent, dans le commerce, l’ensemble des dépenses d’exploitation (frais de personnel, charges sociales et fiscales, frais généraux de toute nature, amortissements) et ne doivent pas être confondues avec les marges bénéficiaires, elles sont, dans les groupes français de grands magasins et de magasins populaires, sensiblement inférieures à celles qui sont pratiquées dans les groupes allemands de même composition et surtout dans les entreprises d’outre-Atlantique.

Bien que leur part dans le chiffre d’affaires du commerce français ne soit pas très élevée (3,5 p. 100 en 1968), le développement de leur indice d’activité (base 100 en 1962 à 145 en 1966) leur permet de lancer de nouveaux types de commerce comme les supermarchés ou les hypermarchés, en profitant du fait que les noms des principaux d’entre eux ont valeur d’institution (Nouvelles Galeries, Paris-France, Galeries Lafayette, Printemps, Bazar de l’Hôtel de Ville [B. H. V.], Bon Marché, Magasins Réunis, Louvre). L’attrait de la formule auprès des consommateurs provient de ce que, dans ces grands magasins, l’on trouve les plus grands assortiments (environ 250 000 articles à Paris) et les plus grandes surfaces de vente (de 15 000 à 50 000 m2 à Paris). Récemment, les grands magasins ont lancé une forme nouvelle de distribution (aux États-Unis depuis 1948), celle des centres commerciaux régionaux. Ainsi, les Nouvelles Galeries ont ouvert « Cap 3000 » à Saint-Laurent-du-Var ; le B. H. V. et le Printemps se sont associés pour tenter l’expérience dans la région parisienne avec « Parly II » ; d’autres grands magasins ont pris des décisions du même type : les Galeries Lafayette à Rungis, la Samaritaine à Vélizy-Villacoublay (en collaboration avec les Docks de France) et à Cergy-Pontoise (ville nouvelle du Val-d’Oise). Cette dernière formule associe les commerçants indépendants. Cependant, la vie en commun dans ce qui constitue en définitive un « magasin collectif de commerçants indépendants », même si celui-ci est entraîné par un grand magasin, se heurte à des difficultés de gestion, ce qui pourrait limiter à l’avenir l’extension de la formule.

• Les magasins populaires, connus naguère sous le vocable de magasins à prix unique (créés aux États-Unis en 1879 par Frank W. Woolworth [1852-1919]), sont nés entre les deux guerres dans le sillage financier et commercial des grands magasins. Les liens financiers entre magasins populaires et grands magasins sont étroits ; ils ont des centrales d’achats en commun. Ainsi, la Société parisienne d’achats en commun (Sapac) approvisionne le Printemps, le Louvre (sauf en confection) et les Prisunic. La Société parisienne d’achats et de manutention (S.P.A.M.) fournit les Galeries Lafayette et les magasins Inno.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, il existait environ 130 magasins populaires ; en vingt ans, leur nombre a presque décuplé puisque, en 1970, on en compte environ un millier. On en recense 1 pour 70 000 habitants environ. La surface de vente moyenne est de 1 000 m2 ; 415 d’entre eux exploitent leurs rayons alimentaires en libre-service. Ils rassemblent sous un même toit l’essentiel de ce que désire le consommateur, dans les meilleures conditions de prix et de rapidité de service.

• La troisième formule caractéristique du commerce intégré est constituée par les magasins à succursales multiples. Cette formule est née aux États-Unis en 1859 (la « Great Atlantic and Pacific Tea Company »). En France, elle est surtout développée dans l’alimentation. On dénombre, en 1969, 82 entreprises et 19 385 points de vente (dont 25 hypermarchés). En tête, on trouve les Établissements économiques du Casino-Épargne (ils regroupent les magasins Casino et Épargne) et les Docks Rémois-Familistère. La plupart de ces entreprises s’approvisionnent auprès de quatre centrales d’achats qui constituent le support essentiel des hypermarchés. La plus importante est Paridoc. Ce système de vente bénéficie de la dispersion de la population : aussi est-il surtout bien implanté dans les zones rurales. Ce secteur connaît aujourd’hui un mouvement de concentration à la fois au niveau des magasins et au niveau des entreprises (s’opérant par fusion ou association sous toutes ses formes, en vue de réduire les frais de distribution).