Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
D

disque (suite)

Il est très difficile de savoir qui utilise les disques et pratiquement impossible de dire qui achète quel disque. Selon des chiffres déjà anciens (l’Industrie du disque [1962], de P. Gilotaux), les deux paramètres principaux de la possession ou de l’achat de disques semblent être le niveau de revenu et l’âge :
— 10 p. 100 de la population — hauts revenus — possèdent 38 p. 100 des disques ;
— 25 p. 100 de la population — revenus moyens — possèdent 40 p. 100 des disques ;
— 45 p. 100 de la population — revenus faibles — possèdent 20 p. 100 des disques ;
— 20 p. 100 de la population — revenus très faibles — possèdent 2 p. 100 des disques ;
75 p. 100 des disques seraient achetés par les gens âgés de moins de 40 ans, 17 p. 100 par ceux qui sont compris entre 40 et 50 ans, et 8 p. 100 par ceux qui sont plus âgés que 50 ans.

Depuis 1959, date de ces évaluations, révolution est sans doute allée dans le sens d’une plus large diffusion du disque. Les mêmes tendances (influence du niveau de revenu et de l’âge) pouvaient encore être observées en 1966, en analysant le taux d’équipement des ménages en électrophones suivant leurs revenus annuels et l’âge du chef de ménage.

L’avenir du disque en tant que moyen d’enregistrement du son a pu paraître compromis par l’arrivée sur le marché des « minicassettes » et autres systèmes d’enregistrement « magnétique ». Il est vrai que ces nouveaux media ont pris une certaine place (1 389 000 cassettes vendues en France en 1969 pour 62 734 000 disques). Bien qu’il existe une zone de concurrence entre les deux produits, il semble qu’ils puissent coexister du fait de leur grande différence en souplesse d’emploi, en qualité musicale et, dans certains cas, en prix.

S. G.

➙ Enregistrement magnétique du son.

 R. Gelatt, The Fabulous Phonograph (New York, 1955 ; nouv. éd., 1963). / P. Gilotaux, l’Industrie du disque (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1962 ; 2e éd., les Disques, 1971).
Parmi les catalogues critiques et sélectifs de disques classiques disponibles en France, citons : Harmonie (équipe de), la Discothèque idéale (Éd. universitaires, 1970 ; mise à jour annuelle).
Il existe de nombreuses revues critiques mensuelles de disques classiques, en France et à l’étranger, notamment : Harmonie (France), Revue des disques (Belgique), Fono-Forum et Hi-Fi (Allemagne), The Gramophone, Records and Recordings (Angleterre), High Fidelity, The American Record Guide (États-Unis), etc.

Disraeli (Benjamin), lord Beaconsfield

Homme d’État britannique (Londres 1804 - id. 1881).



Une jeunesse ambitieuse et romantique

Disraeli appartient à une famille juive originaire d’Italie et installée en Angleterre depuis le milieu du xviiie s. Son père, Isaac D’Israeli (1766-1848) [l’orthographe du nom est devenue par la suite Disraeli], était un homme de lettres prolifique qui s’était fait un nom dans la capitale. Pendant que le jeune Benjamin acquiert un vernis de connaissance et de culture dans une obscure école, un événement décisif pour son avenir se produit en 1817 : son père rompt avec la synagogue et décide de faire baptiser ses enfants.

Voilà donc Benjamin chrétien et membre de l’Église anglicane. Renonçant à passer par l’Université, il s’essaie au droit comme clerc de notaire, puis aux affaires, mais des spéculations ruineuses le couvrent de dettes. Il cherche alors à faire son chemin comme publiciste, entre en contact avec le monde de l’édition et décide de frapper un grand coup avec un roman, Vivian Grey, qu’il publie anonymement en 1826 et qui obtient un succès de scandale mondain. Passionnément ambitieux, Disraeli promène en ces années un personnage de jeune dandy romantique aux conversations cyniques, aux manières affectées, aux costumes excentriques. Il lui faut à tout prix attirer l’attention, faire parler de lui, s’imposer. Derrière ses allures byroniennes, qui lui valent bien des avanies, apparaissent néanmoins ses dons brillants d’écrivain, de causeur et bientôt d’orateur. Il continue de publier des romans qui lui procurent quelque argent ; il voyage en Méditerranée et en Orient.

De retour en Angleterre, la crise politique de 1832 décide Disraeli à se jeter dans la mêlée, mais sa carrière commence mal. C’est sans succès qu’il se propose à plusieurs reprises aux électeurs, d’abord comme radical, puis comme tory. En même temps, il fréquente les salons, brille auprès des femmes, affiche une liaison retentissante. Incontestablement, il est sorti de l’obscurité, mais s’il a plu à quelques-uns, il a déplu à un plus grand nombre. On se défie de cet être jugé inquiétant et sans scrupule. Lorsque, enfin, il entre au Parlement en 1837 comme député de Maidstone, beaucoup ne donneraient pas cher de son avenir de politicien. De fait, c’est par des rires et des huées qu’est accueilli son premier discours à Westminster : cuisante humiliation ; mais bientôt, on se rappellera l’avertissement lancé en péroraison dans un sursaut de colère et d’audace : « Un jour viendra où vous m’écouterez. »


À la conquête du parti conservateur (1837-1867)

Contre la volonté de réussir de Disraeli, aucun échec jusque-là n’avait pu prévaloir. Maintenant, la bataille de l’existence commence à tourner à son avantage. En 1839, il épouse une riche veuve, de douze ans son aînée, qui va lui apporter un soutien fidèle tout au long de sa carrière. Lui-même trouve en elle une compagne compréhensive et apaisante.

Peu à peu, Disraeli s’impose à la Chambre comme un orateur brillant. Il étonne ses collègues par son intérêt sincère pour la question sociale, dont il perçoit avec clairvoyance toute la portée (ne proclame-t-il pas au cours d’un débat sur le chartisme : « Les droits du travail aussi sacrés que les droits de la propriété »). Vers 1842-1845, il devient le porte-parole et le chef d’un groupe de tories mi-romantique, mi-idéaliste qui veut réconcilier la monarchie et l’Église avec le peuple : c’est la « Jeune Angleterre », dont Coningsby et Sybil (ses deux romans les plus célèbres) répandent complaisamment les thèmes.