Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
D

disque (suite)

Mais le répertoire classique présente de nombreux problèmes, dus surtout au manque de coordination entre les éditeurs. Telle œuvre, manquante depuis des années, ou même jamais enregistrée, paraît simultanément en plusieurs versions ; des spéculations purement commerciales, jouant sur l’engouement de la foule pour une esthétique donnée (musique baroque), sortent de l’ombre des petits maîtres de deuxième ordre, alors qu’après un quart de siècle de microsillon environ les catalogues internationaux présentent toujours de graves lacunes : près de la moitié des cantates de Bach, Pénélope de Fauré, Ariane et Barbe-Bleue de Dukas, Padmâvatî de Roussel attendent encore leur première gravure, et il n’existe aucun enregistrement intégral de l’œuvre pour piano de Schumann*. Certains pays (notamment en Europe de l’Est) ont pris l’initiative au niveau gouvernemental de fixer sur disques le patrimoine national. D’autres problèmes encore concernent les interprètes, en particulier les contrats d’exclusivité qui les lient à un éditeur et qui rendent trop souvent impossible la réunion d’une distribution « idéale », notamment pour les opéras. Un artiste sous contrat sera obligé, pour des raisons commerciales, d’enregistrer des œuvres pour lesquelles il n’est peut-être pas fait, tandis que la présence au catalogue de son éditeur d’une version déjà existante, même moins bonne, l’empêchera de fixer l’interprétation de l’œuvre de son choix. Il y aurait lieu également de développer dans le sens d’une plus grande efficacité la coopération entre le disque, le concert public et la radio-télévision, qui permettrait de mieux amortir des réalisations coûteuses. Ces dernières nécessitent du reste un marché international, et les coproductions entre pays se généralisent peu à peu comme au cinéma. Le disque est donc devenu un véhicule culturel de premier ordre, ressuscitant des époques entières de l’histoire de la musique, stimulant la recherche musicologique, qui abandonne de plus en plus le travail de cabinet pour la restitution vivante. Depuis quelques années, les souscriptions saisonnières, offertes à des prix avantageux, généralisent le principe des grands albums comportant l’enregistrement intégral d’un ensemble d’œuvres, voire de l’œuvre complète d’un compositeur (édition de Beethoven par la Deutsche Grammophon-Gesellschaft). Là encore, le disque marche sur les traces du livre.

On a beaucoup discuté de son incidence sur la pratique musicale, et on l’a rendu responsable, au même titre que la radio-télévision, de l’abandon croissant de l’exécution vivante au niveau des amateurs. Mais cet abandon inéluctable possède des causes multiples et complexes : évolution des structures sociales, du rythme de vie, du logement, du langage de la musique contemporaine, de plus en plus inaccessible au profane, etc. De même, on a examiné l’incidence de la diffusion du disque sur la fréquentation des concerts et des spectacles lyriques. Il est incontestable que le disque pénalise les prestations médiocres de musique vivante, et que le mélomane préfère posséder en permanence une interprétation de référence que d’assister à un mauvais concert. Mais en stimulant sa curiosité, en étendant énormément le champ de ses connaissances et de sa culture musicales, le disque ne peut que l’inciter à fréquenter davantage le concert, là où le niveau artistique en est satisfaisant, tout en lui offrant une compensation inestimable s’il habite la campagne ou de petites villes de province dénuées de vie musicale. À cet égard, il est intéressant de constater que la vente du disque classique demeure supérieure en France à ce qu’elle est en Allemagne, pays disposant d’une meilleure décentralisation musicale.

En dépit de crises périodiques qui agitent son marché, et qui s’atténuent d’ailleurs depuis quelques années, le disque classique, en pleine santé, possède un vaste avenir. La qualité sonore en est presque parfaite, et la longueur actuelle des faces (20 min à 30 min) est suffisante, à très peu d’exceptions près (opéras de Wagner, musique de l’Inde). Bien que la minute de musique enregistrée soit de quatre à dix fois moins chère qu’à l’époque du 78-tours, le prix élevé des bonnes installations de reproduction (dont l’utilisation se heurte par ailleurs à des problèmes d’exiguïté et de manque d’insonorisation des logements) demeure un obstacle appréciable à sa plus vaste diffusion dans les milieux populaires. L’Europe en général et la France en particulier demeurent à cet égard de quelques années en retard par rapport aux États-Unis. Mais, chez nous aussi, la haute fidélité entre graduellement dans les mœurs du plus grand nombre. L’heureuse musicalisation des masses qui en résulte permet d’attribuer au disque, depuis qu’il est microsillon, une importance comparable à celle de l’imprimerie dans le domaine littéraire. Comme les chefs-d’œuvre de la littérature, ceux de la musique, avec l’obstacle linguistique en moins, sont en passe d’appartenir à toute l’humanité : grâce au disque, le vieux rêve universaliste de Beethoven devient enfin réalité !

H. H.

La vente des disques

Par le disque, des structures administratives, commerciales et financières s’interposent entre les artistes qui créent ou interprètent et le vaste public des auditeurs.

La vente des disques au public est le fait d’intermédiaires, auxquels s’adressent les maisons de disques. Selon le syndicat professionnel de ces dernières, il existe trois canaux principaux : les grossistes (pour environ 17 p. 100 des ventes), les disquaires spécialisés (pour près de 50 p. 100) et les grandes surfaces (pour 33 p. 100). Les grandes surfaces bénéficient de séries à bon marché (« Music for Pleasure » par exemple) et paraissent susceptibles d’augmenter leur part du marché. Selon d’autres sources, il existerait environ 4 000 points de vente, dont 300 seulement — spécialisés — réaliseraient 80 p. 100 du chiffre total des ventes en France.

En 1969, la répartition des disques vendus était de 65 p. 100 de 45-tours et de 35 p. 100 de 33-tours.

La distinction par genres de disques (variétés, classiques, enfants) fait apparaître, dans les années 60, une nette prédominance des disques de variétés (près de 62 p. 100 des dépôts à la Phonothèque nationale et 70 p. 100 des ventes) sur les disques classiques (plus de 37 p. 100 des dépôts) et les disques d’enfants (à peine plus de 1 p. 100 des dépôts).

Aux États-Unis, où on ne distingue qu’entre disques populaires, ou de variétés, et disques classiques, ceux-ci, en décroissance constante, ne représentaient plus en 1969 que 4 p. 100 du marché.