Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Diptères (suite)

Les Diptères piqueurs

L’Homme et les Mammifères domestiques sont les victimes des femelles de nombreuses espèces à trompe piqueuse, qui doivent absorber du sang pour accomplir leurs fonctions reproductrices. Ce n’est pas tellement le volume, toujours infime, de liquide prélevé qui les rend dangereuses, mais l’irritation, souvent insupportable, que provoque leur salive dans la peau et la transmission de microbes spécifiques qu’elles peuvent réaliser à cette occasion. Aucune région au monde n’est dépourvue de Diptères hématophages ; il ne peut être question ici que de donner un aperçu des types les plus connus.

Parmi les Nématocères, nous retiendrons les Moustiques, les Phlébotomes, les Simulies et les « Mouches des sables ». Les Moustiques appartiennent à la famille des Culicidés ; le Cousin (Culex pipiens), ou Moustique ordinaire, poursuit l’Homme jusque dans ses maisons, comme la forme voisine Theobaldia annulata ; les Aèdes sont des Moustiques agressifs vivant dans les bois, dont une espèce des régions chaudes, Stegomyia fasciata, transmet le virus de la fièvre jaune ; soixante-dix espèces d’Anophèles, répandues dans tous les continents, inoculent diverses espèces de Plasmodium, Protozoaire responsable du paludisme ; en Europe, Anopheles maculipennis est la plus commune ; enfin, plusieurs Culicidés colportent le virus de la dengue et des Filaires. Le Phlébotome, répandu dans la région méditerranéenne et sous les tropiques, de mœurs nocturnes, peut véhiculer des leishmanies provoquant diverses affections sérieuses (bouton d’Orient, kala-azar). Les Simulies constituent un fléau universel, des régions chaudes jusqu’au Grand Nord, pour l’Homme et pour le bétail, qu’elles harcèlent de leurs piqûres multiples et douloureuses, pouvant s’envenimer ; elles transmettent parfois des vers parasites (Onchocerca). Les « Mouches des sables » (Culicoides, Leptoconops) vivent près des rivages d’Amérique tropicale et piquent l’Homme et les animaux au niveau des yeux ; ailleurs, d’autres Culicoides multiplient sur la peau des piqûres insupportables. Les principaux Brachycères sont les Taons, les Pupipares, la Mouche charbonneuse et la Mouche Tsé-Tsé. Les Taons attaquent surtout les Chevaux et les Ruminants, comme Tabanus bovinus ou le petit Taon aveuglant (Chrysops), qui pique près de l’œil ; cependant, ils épargnent les Moutons ; quelques espèces, comme Tabanus bromius, piquent l’Homme ; d’autres, dans les régions chaudes, attaquent des Reptiles ; on a trouvé dans l’appareil digestif de plusieurs Taons des Bactéries, des Trypanosomes, des Filaires qu’ils contribuent à répandre. Le groupe des Pupipares contient des Mouches dont les femelles se nourrissent exclusivement de sang, qu’elles prélèvent sur des Mammifères ou des Oiseaux déterminés : le Mélophage pique les Moutons, l’Anapère atteint le Martinet et les Hirondelles, la Nyctéribie parasite les Chauves-Souris ; l’Hippobosque est moins strict, car il attaque les Bovins, le Cheval, le Chien et même l’Homme. La Mouche charbonneuse (Stomoxys calcitrans) harcèle les animaux domestiques ; elle est réputée pour transmettre des germes infectieux comme le bacille du charbon. Les Mouches Tsé-Tsé, ou Glossines, constituent en Afrique un terrible fléau, car elles transmettent des Trypanosomes, responsables chez l’Homme de la redoutable maladie du sommeil et chez les bestiaux d’affections analogues, comme la souma.


Caractères anatomiques

Les Diptères sont des Insectes de dimensions modestes : leur longueur est généralement inférieure à 1 cm. Parmi les formes de grande taille, on peut citer la grande Tipule de nos régions, qui atteint 4 cm de long, et Mydas heros d’Amérique centrale, qui mesure jusqu’à 8 cm de long.

Nettement séparée du thorax, la tête porte deux antennes, allongées et multiarticulées chez les Nématocères, courtes et réduites à trois articles chez les Brachycères. Les yeux, composés, occupent toujours une grande surface et sont habituellement accompagnés de trois ocelles. Les pièces buccales forment une trompe plus ou moins allongée, munie de stylets vulnérants (mandibules, maxilles et hypopharynx) chez les Moustiques, les Taons, les Mouches piqueuses ; chez les Mouches lécheuses, les stylets disparaissent, et la trompe est constituée par les lèvres, surtout le labium. Les Nématocères possèdent de longs palpes maxillaires, de quatre à six articles ; ceux des Brachycères sont courts, uni- ou biarticulés.

Des trois anneaux thoraciques, c’est le second — ou mésothorax — qui apparaît le mieux sur la face dorsale. Toutes les pattes ont des tarses à cinq articles ; le dernier porte deux griffes et deux ou trois pelotes adhésives qui permettent à l’Insecte de se poser sur une surface lisse, quelle que soit son orientation. Les deux ailes, membraneuses, dépendent du mésothorax ; leur nervation, caractéristique des familles, est souvent utilisée en systématique ; deux écailles superposées, appelées cuillerons, les accompagnent vers l’arrière dans plusieurs groupes de Brachycères (Taons, Syrphidés, Muscidés, etc.). On connaît quelques formes aptères (Phoridés, Braula) ou à ailes réduites.

Le troisième segment du thorax ne porte jamais d’ailes, mais deux appendices minuscules en forme de massue, appelés balanciers, richement pourvus de terminaisons sensorielles. Pendant le vol, ces appendices sont animés de vibrations rapides et peuvent être assimilés à certains gyroscopes, renseignant l’Insecte sur son orientation ; leur destruction ou leur mutilation rendent l’animal incapable de voler. Le vol de certains Diptères peut être d’une rapidité fulgurante (Tabanidés, Asilidés) ; les Bombylius butinent les fleurs sans se poser, en volant sur place. Les ailes battent à une fréquence élevée : deux cents à trois cents fois par seconde chez les Mouches et les Moustiques ordinaires ; le bourdonnement qui accompagne le vol n’est pas forcément dû au mouvement des ailes : dans le cas du Moustique, on invoque la vibration d’une membrane située dans les trachées.

L’abdomen montre un nombre de segments variable, réduit chez les Diptères supérieurs (Brachycères) ; chez les Cycloraphes, on ne voit guère que quatre anneaux ; les anneaux postérieurs, modifiés en organe copulateur ou en oviscapte, sont habituellement invaginés dans l’abdomen.