Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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dictionnaire (suite)

Typologie des dictionnaires

On ne peut évidemment pas donner le nom de dictionnaire aux ouvrages qui, comme l’Encyclopédie française, utilisent un classement purement notionnel. Dans d’autres ouvrages, la présentation alphabétique est souvent la seule justification du titre de « dictionnaire ». Certains se donnent pour but de faire connaître ainsi une certaine matière : on a des « dictionnaires » de cinéma, d’informatique, d’astronautique, de psychologie, de philosophie, etc. Sur le modèle de l’Encyclopédie* du xviiie s., d’autres ont un contenu universel (Enciclopedia italiana publiée par Treccani, Encyclopaedia universalis et la présente encyclopédie). La présentation de la réalité peut aussi avoir pour motivation la défense d’une certaine philosophie : Grand Dictionnaire historique (1674) de Louis Moreri (1643-1680). Dictionnaire historique et critique de Bayle* (1696-97). Encyclopédie et enfin Dictionnaire philosophique portatif ou la Raison par alphabet de Voltaire* (1764).


Les dictionnaires scientifiques et techniques. Les dictionnaires mixtes

Des « dictionnaires de choses », il faut distinguer les dictionnaires scientifiques et techniques, qui ont pour but de faire connaître la signification d’adresses employées dans des conditions spécifiques. Ils ont leurs caractères propres (biunivocité du rapport adresse-signification, en conséquence apparence de nomenclature ; absence d’indications grammaticales ; prédominance du nom sur le verbe ; liaison de la définition avec des renseignements d’ordre documentaire et encyclopédique ; présence d’illustrations). Les formules mixtes associent un véritable dictionnaire de langue, un ensemble de glossaires techniques et une encyclopédie des connaissances, confondus en un seul ouvrage (Dictionnaire encyclopédique Quillet [1956] en 6 volumes et surtout Grand Larousse encyclopédique en 10 volumes [1960-1964] et 2 suppléments [1968 et 1975]).


Deux exemples de dictionnaires de langue

Le Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française de Paul Robert (6 volumes et 1 supplément) se présente comme le « nouveau Littré ». S’il ne supprime pas tous les archaïsmes de Littré, il ajoute beaucoup de mots nouveaux, modernise les références littéraires (du xvie au xxe s.) et fournit l’étymologie. La préférence accordée à la langue littéraire se traduit par la prudence devant les néologismes, les emprunts et les termes vulgaires. En revanche, s’inspirant de la présentation du Dictionnaire général d’Arsène Darmesteter (1846-1888) et Adolphe Hatzfeld (1824-1900), le Robert offre des articles nettement structurés. Le classement fait appel à certains critères formels (par exemple, pour les verbes, distinction entre les « constructions »). Il est enfin « analogique » et, à ce titre, indique une série d’unités auxquelles l’adresse étudiée peut se trouver associée dans l’esprit des locuteurs par analogie proprement dite ou par synonymie.

Le Grand Larousse de la langue française, sous la direction de Louis Guilbert, René Lagane et Georges Niobey (3 vol. parus, 1971-73), s’appuie sur une certaine conception de la langue. Le choix des entrées est caractérisé par son modernisme (xxe s. et seconde moitié du xixe s.) et par l’absence d’exclusives (utilisation de la presse en même temps que des œuvres des romanciers ; enregistrement du vocabulaire technique et scientifique entré dans le vocabulaire général, des termes étrangers passés dans la langue courante). Il note avec exactitude les niveaux de langue (familier, populaire, vulgaire, trivial), le vieillissement ou l’appartenance à la langue classique. L’indication de l’étymologie, fondée sur les recherches les plus récentes, et l’organisation des articles à partir de l’usage actuel sont indépendantes. À côté d’exemples littéraires apparaissent des phrases du langage parlé. Pour le classement, les critères linguistiques formels sont généralisés. Des remarques grammaticales soulignent telle ou telle particularité. Des articles encyclopédiques traitent des principaux sujets de linguistique.


Deux voies différentes

Le Trésor de la langue française, dirigé par Paul Imbs, a pour fin la description quasi exhaustive de la langue française, des origines à nos jours, mais par larges tranches successives, surtout à partir d’œuvres d’écrivains. Les niveaux de langue sont définis par le caractère de l’œuvre dans laquelle apparaît l’unité étudiée. Une fois achevé (la tranche « moderne », de 1789 à nos jours, sera la première terminée), cet ouvrage aura pour la lexicographie une importance inappréciable en raison de la masse d’informations qu’il offrira dans tous les domaines (étymologie, histoire de la langue, phonétique, phonologie, grammaire, sémantique).

C’est dans des voies toutes différentes que se sont engagés les auteurs du Dictionnaire du français contemporain (Larousse), publié en 1966 par Jean Dubois et coll. Leur but a été de mettre entre les mains des utilisateurs un stock lexical réduit qui permette à un locuteur possédant les normes de la langue de produire, dans la conversation courante, toutes les phrases possibles. Cet ouvrage se définit par une visée uniquement synchronique : se limitant à un ensemble de 25 000 entrées considéré comme représentatif du français actuel, il exclut toute indication étymologique ainsi que tout archaïsme. La langue décrite est celle qu’utilise la couche cultivée de la communauté linguistique française dans la conversation courante. L’usage n’est celui d’écrivains que dans la mesure où il se confond avec les énoncés ordinaires. L’importance accordée à la langue parlée se manifeste à la fois par la transcription de termes jusqu’ici proscrits des dictionnaires — comme con, conne — et par la notation attentive des niveaux de langue. Pour le classement des entrées, on tient compte non pas du passé, mais des rapports que les unités entretiennent réellement dans la langue actuelle : abattre 1 et abattre 2 sont caractérisés par leur dérivation, dans un cas abattage, dans l’autre abattement, ce qui conduit à deux entrées différentes. Sur le plan sémantique, les sens de clair seront distingués par les environnements ; on aura les distributions où, parmi les antonymes, sombre est possible (pièce, chambre) et trouble impossible, et vice versa (avec eau). C’est donc sur une théorie cohérente de la langue qu’est fondé le Dictionnaire du français contemporain.

J.-B. M.