Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
D

De Valera (Eamon) (suite)

 D. MacArdle, The Irish Republic (Londres, 1937 ; 5e éd., Dublin, 1965). / M. C. Bromage, De Valera and the March of a Nation (Londres, 1956 ; nouv. éd., 1962). / F. A. P. Longford et T. P. O’Neill, Eamon De Valera (Londres, 1970). / F. S. L. Lyons, Ireland since the Famine (Londres, 1971).

dévaluation

Diminution voulue de la valeur d’une monnaie.



Généralités

La valeur d’une monnaie, du temps où celle-ci avait un lien direct avec l’or, était significativement représentée par la quantité de métal précieux qui composait les pièces ou qui servait de couverture à la monnaie fiduciaire. Cela n’est plus le cas de nos jours, la valeur d’une monnaie s’appréciant en pouvoir d’achat sur l’étranger (les pays où la monnaie nationale n’a pas officiellement cours), ce qui veut dire que, finalement, la valeur peut être valablement représentée par les taux de change d’une monnaie.

Si le pouvoir d’achat de la monnaie du pays A a baissé plus fort que le pouvoir d’achat de la monnaie du pays B, les taux de change de la monnaie A devraient se dégrader en termes d’échange avec la monnaie B. Il en serait ainsi si les taux de change pouvaient fluctuer librement. En réalité, des accords internationaux et la volonté des gouvernements font que les taux de change ont une marge de fluctuation étroite. La dévaluation est donc en fait un acte légal : le gouvernement d’un pays décide, devant la pression des événements, de modifier la parité des changes ou le cours légal d’une monnaie (exprimé en poids d’or fin).

La dévaluation a été sous l’Ancien Régime le moyen pour l’État de se procurer des ressources afin d’alimenter le budget. L’opération était simple : en diminuant le montant d’or ou de métal précieux contenu dans les pièces de monnaie, on pouvait, avec une même quantité d’or ou d’argent, frapper plus de monnaie, donc acquérir dorénavant plus de biens et de services ; naturellement, il s’ensuivait un jour une hausse des prix, l’excédent des moyens monétaires sur la production la créant. Cette hausse des prix était relativement lente dans la mesure où les moyens d’information et les liaisons intersectorielles des branches de l’économie étaient faibles.

Les raisons des dévaluations ont maintenant changé. L’État n’est plus maître de la monnaie, dans la mesure où le circuit du Trésor dépend du circuit financier général et où une émission de monnaie sans discernement entraîne de véritables catastrophes économiques, soit directement, soit postérieurement, à cause des mesures de redressement. D’autre part, il n’y a plus de lien fonctionnel entre les métaux précieux et la monnaie. La dévaluation, de nos jours, répond à d’autres besoins et à d’autres considérations.


L’environnement de la dévaluation et ses mobiles

On partira du fait que, pour une raison quelconque (hausse des charges à l’intérieur du pays plus rapide qu’à l’extérieur), la balance des paiements d’une nation donnée est en déficit. Les exportations de biens ou de services sont en régression.

Il y a alors de fortes chances que les prix à l’intérieur du pays soient plus élevés qu’à l’extérieur (même compte tenu de la douane et des transports) et, par ailleurs, que les placements à l’intérieur du pays soient moins attrayants qu’à l’extérieur ; les agents économiques extérieurs trouvent, quant à eux, que les produits et les placements du pays considéré sont trop chers et ils s’abstiennent d’y acheter des produits ou d’y placer des capitaux.

Le gouvernement du pays considéré va, en réaction à cet état de fait, envisager une manipulation monétaire qui aura pour objet de rendre plus chers aux nationaux les produits achetés à l’étranger et moins chers aux étrangers les produits du pays. Mais, pour qu’une dévaluation réussisse, il faut que certaines conditions soient réunies.


Les conditions de la dévaluation

• Il doit exister une relation entre la demande de l’étranger et le niveau modifié des prix offerts par le pays qui dévalue : une variation du niveau des prix doit entraîner, effectivement, une variation de la demande. Cette « élasticité » doit être telle qu’à une baisse des prix pour l’étranger doit correspondre concrètement une hausse sensible de la demande de l’étranger.

• Il doit exister une relation entre la demande du pays qui dévalue et les prix des biens étrangers ; si les prix étrangers augmentent, la demande des nationaux doit baisser effectivement sur ces produits étrangers.

• Enfin, l’offre de biens et de services nationaux (et de placements) doit pouvoir augmenter dans le pays qui opère la manipulation monétaire, pour satisfaire à la fois la demande nationale et la demande étrangère dans ces biens et ces services. En réalité, si les deux premières conditions sont souvent remplies, il n’en est pas de même de la troisième, et cela nécessite une explication.

Si la demande augmente et si l’offre n’augmente pas, on risque d’assister à une hausse des prix qui compromettrait la réussite de la dévaluation dans la mesure où l’on est ramené au problème précédent, les étrangers étant découragés d’acheter dans le pays, qui voit, ainsi, les effets de sa dévaluation annulés.

C’est dans ce but que toute dévaluation est, en général, précédée d’un plan de réduction de la demande intérieure par les moyens classiques (réductions de crédits, réduction du déficit budgétaire, augmentation des impôts). Cette politique est difficile à mettre en œuvre, car elle risque de précipiter le pays dans une crise économique grave. Il faut noter que la dévaluation du franc français de 1969 ne fut pas précédée d’un plan de réduction de la demande, celui-ci suivant, en fait, la dévaluation. La réduction de la demande intérieure intervint en même temps que la demande extérieure s’accroissait, ce qui réduisit le risque de récession. Il faut aussi remarquer que la dévaluation a été opérée sans contrainte (il n’y a pas eu de spéculation contre le franc) et envisagée comme le premier pas d’un plan de redressement, alors qu’habituellement on commence par appliquer des mesures draconiennes de réduction de la demande, en espérant qu’elles suffiront.