Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
D

démocratie (suite)

• L’importance des partis politiques dans le fonctionnement d’un système n’est plus à démontrer : deux partis qui alternent au pouvoir ou plusieurs qui essayent de se « partager le gâteau » ne peuvent aboutir exactement au même régime. Le second cas pose le problème des rapports de la majorité, plus ou moins écrasante ou dominante, avec la ou les minorités et celui de la stabilité du régime.

• Quant au parti unique, il peut être de nature fort différente selon qu’il s’agit d’un pays d’obédience communiste, où l’idéologie commune et la volonté d’égalité sont sa justification, ou d’un pays neuf : dans les pays d’Afrique noire, il remplit le rôle multiple d’unificateur des tribus, de moteur du développement, d’élite nationale, de mobilisateur et d’intermédiaire du peuple...


Deuxième série de facteurs : les rouages des décisions appliquées à la base ou le peuple gouverné

1o Dans un pays de régime totalitaire, c’est au niveau du parti ou de la faction que se situe le pouvoir, son rôle de mobilisateur et d’encadrement de la masse le rendant tout-puissant et rendant caduc tout autre organisme dont les positions ne seraient pas semblables à la sienne. Le rôle d’une constitution est donc relativement secondaire, si ce n’est pour fixer l’idéologie commune et les modalités de sa mise en œuvre.

2o Un seul homme ou une petite oligarchie au pouvoir aboutissent au même type de situation. Le seul renseignement qu’une constitution puisse nous apporter dans ces cas est de savoir s’il s’agit d’une république ou d’une monarchie, d’un empire ou d’un État fédéral, renseignement qui, à l’heure actuelle, où toute décision importante est prise au niveau central et où l’opinion publique est partout consultée, est d’un intérêt mineur pour l’étude d’une typologie de régime et dont il ne faut pas plus se soucier que dans le cas précédent.

3o Par contre, dans un régime parlementaire, de démocratie plus ou moins directe ou indirecte, la façon dont les institutions font une place plus ou moins grande à tel ou tel représentant du peuple (assemblées élues, chef d’État [élu ou non], gouvernement, administration technocratique) est particulièrement décisive.


Autres facteurs importants dont il faut tenir compte dans le cadre d’un régime parlementaire

1o Quelles solutions sont prévues en cas de conflit entre les différentes sources du pouvoir ? (en France : question de confiance posée par le gouvernement ; motion de censure déposée par l’opposition parlementaire, qui doit aujourd’hui faire la preuve qu’elle est majoritaire et non seulement que le gouvernement est minoritaire).

2o La Constitution prévoit-elle une seule Chambre de représentants ou deux, et, dans ce cas, quelle est la justification de la seconde ? État fédéral où une chambre représente l’ensemble des citoyens et l’autre les États fédérés ; volonté de refléter des inégalités sociales de la population (Chambre des lords et Chambre des communes) ; représentation de chaque citoyen à un double titre : politique et économique (corporatisme italien, yougoslave) ; simple principe conservé pour la stabilité qu’il procure (Sénat français).

3o Qui légifère ? Le parlement sans doute ; mais il peut, dans certains régimes, n’être qu’une machine à entériner les projets gouvernementaux.

4o Le véritable chef d’État est-il le chef du parti au pouvoir (Premier ministre dans le système anglais) ou l’émanation du suffrage universel (président de la République en France) ?

5o Chaque organe des institutions politiques a-t-il la place qui lui est attribuée ou celle (qui n’est pas forcément identique) qu’il a réussi à se faire dans la vie politique ?

Au total, il s’agit d’analyser à l’aide de ces données qui, en fait, détient le pouvoir, si ce pouvoir lui vient directement du peuple ou non, s’il en est le détenteur d’une façon stable et suivie ou instable et désordonnée, et quel contrôle la volonté populaire peut avoir sur les mesures prises par ce pouvoir. Cette fonction de contrôle est remplie par les partis politiques, par l’opposition, par les assemblées élues, par le peuple lui-même lorsqu’on le consulte par voie référendaire, et l’on se trouve alors ramené au problème traité au départ, celui des élections, de la manière dont on y procède et de leur poids réel dans la vie politique d’un pays.

M.-A. L.

démocratie chrétienne



Essai de définition

La démocratie chrétienne offre des parentés mais aussi des divergences avec le catholicisme* social et le libéralisme catholique.

Entre ces trois doctrines, il y a une similitude d’inspiration religieuse, essentiellement évangélique, mais une première divergence résulte de ce que la démocratie chrétienne vise à exercer le pouvoir politique dans l’État, ce que n’ambitionnent pas les deux autres mouvements, cantonnés sur le terrain idéologique. Le catholicisme social lutte contre l’écrasement des pauvres dans le monde capitaliste, mais, d’ordinaire, il n’en rejette pas les structures, que le libéralisme accepte plus nettement encore, au plan économique, avec le souci majeur de faire triompher en tous domaines le principe des libertés religieuses et civiles.

On pourrait donc en conclure que le catholicisme social, préoccupé de « la misère imméritée » de la classe ouvrière, « du joug presque servile qu’impose à l’infinie multitude des prolétaires un petit nombre de riches et d’opulents », selon les expressions de Léon XIII dans son encyclique Rerum novarum (15 mai 1891), cherche à relever la condition morale et matérielle des travailleurs, afin d’en faire le moteur d’une authentique démocratie chrétienne, tandis que le libéralisme catholique, acceptant les principes directeurs de la Déclaration révolutionnaire des droits de l’homme, s’attache à respecter la revendication de liberté à l’encontre des anciens et des nouveaux despotismes que ne cesse d’engendrer la tendance innée de l’homme à subordonner le bien commun de la société à ses intérêts et à ses passions personnels.