Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
D

délinquance juvénile (suite)

L’action éducative en milieu ouvert (A. E. M. O.)

Elle laisse le jeune dans un milieu naturel au sein duquel sont prises les mesures de protection et de traitement.

a) Les consultations d’orientation éducative. Elles permettent de pratiquer un bilan psychologique du mineur et de son entourage et de conseiller l’orientation à poursuivre. Des consultations moins spécialisées comme les consultations d’hygiène mentale, les centres médico-psychopédagogiques, les centres de guidance familiale peuvent également effectuer ce bilan et prendre en charge le traitement des parents ; il est en effet indispensable, si l’on veut que l’enfant s’améliore, d’agir sur le milieu pathogène. Toutes les instances de dépistage, et particulièrement le juge pour enfants, peuvent faire appel à ces organismes ; c’est ce dernier qui infirmera ou confirmera et appliquera la solution proposée.

b) L’observation en milieu ouvert. Elle consiste à envoyer un observateur émanant d’une équipe médico-psychologique pour faire le bilan de l’enfant mineur dans son milieu sur un temps relativement prolongé (quelques mois), ce qui introduit une dimension dynamique particulièrement intéressante.

c) L’éducation en milieu ouvert (milieu familial ou un milieu substitutif). Elle est contrôlée et soutenue de l’extérieur ; lorsqu’un tel régime est décidé après un délit, il prend le statut de la liberté surveillée, contrôlée par un délégué à la liberté surveillée.

Une telle mesure, dont la souplesse est évidente, peut être appliquée soit d’emblée, soit après passage dans un internat spécialisé.

d) Le placement familial. Lorsque la situation du mineur ne lui permet pas de rester dans sa famille mais n’indique pas pour autant un internat, on peut avoir recours à un milieu familial substitutif : c’est le placement familial et particulièrement le placement familial spécialisé. On met alors à la disposition du mineur les moyens médicaux, psychologiques, éducatifs et affectifs qui lui sont nécessaires (décrets du 2 sept. 1954 et du 1er juill. 1957). Ce placement spécialisé ne peut être assuré que par un organisme capable, par ses techniciens, de surveiller le placement et de poursuivre le traitement et la rééducation.

e) Les maisons d’enfants à caractère social. Elles constituent une transition avec les internats spécialisés. Publiques ou privées (habilitées), elles recueillent des enfants en situation socio-affective périlleuse (cas sociaux) qui fait craindre la délinquance pour l’avenir. La situation matérielle difficile actuelle de ces établissements risque de nous priver d’un équipement léger particulièrement indispensable.


Les placements en internats spécialisés

Ils sont justifiés dès que le cas du mineur n’est pas compatible avec son maintien dans un milieu naturel.

a) Les centres d’observation. Ils reçoivent les enfants ou les adolescents en vue d’une observation approfondie donnant un bilan physique et psychique ainsi qu’une définition des lignes constructives de leur personnalité. Cette recherche n’exclut pas l’intervention éducative et aboutit à des propositions concrètes d’ordre médical, éducatif et social. Ces centres sont publics ou privés.

b) Les centres de rééducation. Ils se proposent sur un plus long terme de rééduquer, de soigner le mineur dans le cadre d’un internat en poursuivant sa formation scolaire et professionnelle.

c) Les foyers de semi-liberté. C’est une structure de transition où le mineur ou le jeune adulte en fin de rééducation travaille dans le contexte social normal mais bénéficie d’un accueil de vie protégé et surveillé.


Où en est le problème de la délinquance juvénile ?

Ce qui frappe peut-être le plus, c’est que le nombre de délinquants semble augmenter parallèlement à la mise en place des structures préventives et thérapeutiques. Sans faire interférer des notions si différentes, nous pensons que cela pose de façon caricaturale le vrai niveau du problème.

La délinquance, en dernière analyse, n’est qu’une tentative de dialogue déguisée et pervertie entre le sujet et « sa » société. Tout se passe, semble-t-il, un peu trop comme si cette société ne lui offrait que des archétypes souvent trop immobiles pour aller réellement à sa rencontre. À la limite, les contextes rééducatifs évolueraient moins encore que les contextes éducatifs normaux. Or, le mineur délinquant ou en danger est déjà bloqué dans un néo-milieu parallèle et défensif : c’est là qu’il faut l’atteindre, ce sont des solutions nouvelles qu’il faut lui proposer pour rétablir le pont entre un individu qui tend à se situer hors des normes et une société dont l’intolérance est si souvent manifeste. C’est ce qu’ont bien compris la majorité des techniciens qui s’occupent de la jeunesse délinquante et qui inlassablement proposent des solutions nouvelles parfois révolutionnaires. Mais il faudrait que l’ensemble de la population se sente responsable de « ses » délinquants, de « ses » mineurs en danger.

Cela n’est-il pas un autre problème ?

P. B.

➙ Adolescence / Caractériel (enfant) / Enfance / Inadaptée (enfance).

 K. Friedlander, The Psycho-Analytical Approach to Juvenile Delinquency (Londres, 1947 ; trad. fr. la Délinquance juvénile, P. U. F., 1951). / H. A. Bloch et A. Niederhoffer, The Gang (New York, 1958 ; trad. fr. les Bandes d’adolescents, Payot, 1963). / E. Copfermann, la Génération des blousons noirs (Maspéro, 1962). / R. Mucchielli, Comment ils deviennent délinquants (E. S. F., 1965). / M. Hijazi, Délinquance juvénile et réalisation de soi (Masson, 1967). / La Délinquance juvénile en Europe (Institut de sociologie, Bruxelles, 1968). / G. Heuyer, la Délinquance juvénile (P. U. F., 1969). / J. de Ajuriaguerra, « la Délinquance juvénile » dans Manuel de psychiatrie de l’enfant (Masson, 1970). / R. Benjamin, Délinquance juvénile et société anomique (C. N. R. S., 1971). / G. Villars, Inadaptation scolaire et délinquance juvénile (A. Colin, 1973 ; 2 vol.).