Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
D

De Chirico (Giorgio) (suite)

De Chirico après De Chirico

Les futurs surréalistes venaient à peine de reconnaître en lui un modèle idéal que leur parviennent célébrations du « métier » classique et scènes mythologiques dépourvues d’inspiration ! À partir du moment où il prétend « bien peindre », De Chirico se révèle un pasticheur malhabile des peintres du xvie s. vénitien. En même temps, il se détourne avec horreur de ses œuvres de 1910-1918, sans pour autant renoncer à les copier périodiquement, mais avec une étonnante gaucherie. De temps à autre, quelques bizarreries semblent trahir la nostalgie de l’« état de grâce » envolé sans retour : le thème des Archéologues et celui des Meubles dans la vallée (1925-1927), celui des Bains mystérieux (1929), le Soleil et la Lune (1967), le Retour d’Ulysse (1968). Ce seraient en effet des toiles assez curieuses pour un débutant, en dépit de leur agressive laideur.

J. P.

 J. T. Soby, Giorgio De Chirico (New York, 1955). / Catalogue d’exposition : W. Schmied, Giorgio De Chirico, Palazzo Reale, Milan (1970).
De Chirico a lui-même publié un roman, Hebdomeros (Éd. du Carrefour, 1929), ainsi que des écrits sur l’art et des Mémoires.

décision

Acte qui consiste à arrêter sa volonté après délibération, ou bien expression et résultat de cette action.


Dans son acception la plus commune, la notion de décision renvoie au terme général d’action. En langue usuelle, décider, c’est arrêter, déterminer ce qu’on doit faire. Plus précisément, la décision suggère l’idée d’un acte volontaire de faire ou de ne pas faire quelque chose qui succède à une délibération, celle-ci pouvant être individuelle ou collective. Étant donné que toute situation suscite « l’acte de faire ou de ne pas faire quelque chose », que la psychanalyse invite à être prudent dans la distinction entre actes volontaires et non volontaires, comme enfin la délibération précède généralement la majorité de nos actes, on voit que l’extension de la notion de décision est, tout compte fait, extrêmement large.

Cette laxité du vocable, pris dans son usage courant, se retrouve lorsqu’on aborde ce concept à travers les diverses disciplines qui le placent au centre de leurs recherches. D’une part, la notion de décision ne renvoie pas à une discipline précise et délimitée ; il est par exemple difficile de la rattacher exclusivement aux statistiques, à la science politique, à l’économie, à la psychologie ou à la sociologie... Mais, d’autre part, à l’intérieur même de chacune de ces disciplines, ses acceptions peuvent être multiples. Ainsi, si on voulait énumérer des cas concrets qui, dans les recherches récentes, expriment opératoirement ce concept, on aboutirait à la liste suivante, aucunement limitative :
— un médecin qui donne un traitement ;
— un parlement qui vote une loi ;
— une souris qui, dans un labyrinthe, prend le couloir de gauche plutôt que celui de droite ;
— un chef d’État qui déclare la guerre ;
— une personne qui se marie ou va voir un psychanalyste ;
— un consommateur qui achète un produit quelconque ;
— un groupe de techniciens qui fait le tracé d’une autoroute ;
— un conseil d’administration qui définit un projet d’investissement ;
— un jury qui condamne ou acquitte un accusé, etc.

Aussi n’est-il pas étonnant que deux auteurs américains, ayant tenté de faire une mise au point bibliographique avec l’idée directrice de rassembler des travaux ayant trait à la décision ou à la prise de décision (décision making), aient conclu leur introduction par cette phrase : « La littérature traitant de la prise de décision, impressionnante lorsqu’on pense aux possibilités d’appréhension d’un seul homme, semble être inégale, chaotique et en aucun cas susceptible de synthèse. »

Nous limiterons notre étude au point de vue adopté par la sociologie politique, ce qui suppose :
1o que les décisions qui nous préoccupent concernent une communauté — celle-ci pouvant être locale ou nationale — au sein de laquelle une partie décide pour l’ensemble ;
2o que le problème majeur réside dans les fondements de la légitimité dont se réclame, à un moment historique donné, la partie décidant pour l’ensemble.

Même ainsi délimité, le champ de réflexions et d’investigations demeure extrêmement vaste, puisqu’il recouvre en fait les problèmes du pouvoir et du politique, et que traditionnellement ces thèmes invitent à remonter à Platon et à Aristote. On introduira donc une seconde limitation, qui consiste à tenir compte principalement des travaux effectués durant ces dernières décennies.

Ainsi circonscrite, la notion de décision renvoie à deux orientations principales. On qualifiera la première de normative dans la mesure où la préoccupation essentielle de ses tenants est de fournir des règles d’action, des moyens susceptibles d’aider à l’élaboration, la préparation et parfois l’application de décisions. Dans la seconde orientation, que nous appellerons cognitive, seront évoqués les travaux où l’objet « décision » constitue un point de départ heuristique, un instrument d’analyse permettant une meilleure intelligibilité de certains phénomènes sociaux.


L’orientation normative

C’est à un certain nombre de disciplines praxéologiques, relevant de cette orientation, que l’on pense le plus naturellement lorsque sont évoqués les termes de décision, processus ou prise de décision. Ces diverses « disciplines » ou techniques d’analyse ont pour noms recherche opérationnelle, théorie des jeux, analyse coût-efficacité, rationalisation des choix budgétaires ou R. C. B. (adaptation française du P. P. B. S. américain : planning, programming and budgeting system), etc. Chacune de ces spécialités peut posséder une spécificité et des champs d’application propres, certaines ont même donné naissance à des prolongements théoriques autonomes ; il est pourtant possible de dégager de la majorité d’entre elles les aspects communs suivants. Combinant les apports récents des mathématiques à ceux de l’économie, elles tentent par un traitement adéquat de données et d’informations et par des calculs ad hoc — faits le plus souvent à l’aide de calculatrices électroniques — de définir ce qu’est une décision « rationnelle », ou du moins des façons plus « rationnelles » que d’autres d’atteindre un objectif donné. Elles prétendent donc pouvoir proposer à ceux qui peuvent faire appel à elles des règles de choix et des directives précises fondées sur un calcul. Ajoutons qu’au-delà de la diversité des techniques utilisées cette démarche en trois temps s’impose en général à la majorité d’entre elles :
1o énumérer les diverses éventualités possibles ;
2o décrire les conséquences de chacune d’elles ;
3o évaluer ces conséquences.

Ce qui suppose, d’une part, une définition précise de l’utilité ou de la « désirabilité » des choix éventuels, d’autre part la possibilité de la quantifier. C’est à ces conditions, en effet, qu’on peut parler d’évaluation au sens strict.