Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
D

Damas (suite)

La société damascène, au total, apparaît quelque peu engourdie, sclérosée (quoique brillante et aimable), si on la compare à l’active et dynamique bourgeoisie d’Alep. Les chrétiens constituent un élément beaucoup plus faible de la population (12 p. 100) que dans cette dernière ville, et toute la classe dirigeante reste strictement musulmane. La croissance de la population, autrefois relativement modérée (60 000 hab. au xvie s., 120 000 en 1850, 450 000 en 1956, mais sans doute environ 800 000 en 1970), exprime ce dynamisme économique assez faible. La physionomie de la ville reste dominée par le noyau traditionnel, auquel se sont ajoutés depuis le xixe s. de longs faubourgs de caractère semi-rural, et plus récemment des quartiers d’aspect occidental, principalement au nord-ouest, où ils relient la ville à la bourgade suburbaine ancienne de Ṣāliḥiyya, tandis que quelques grandes percées facilitaient la circulation dans la vieille ville.

X. P.


L’histoire

Si on ne peut pas déterminer la date exacte de la fondation de Damas, on sait qu’elle est conquise au xve s. av. J.-C. par le pharaon Thoutmosis III. Par la suite, elle passe successivement sous la domination des Araméens, des Assyriens, des Babyloniens, des Achéménides, des Grecs, avant de tomber aux mains des Romains au ier s. av. J.-C. À partir de 395, elle fait partie de l’Empire byzantin.

Au vie s., la ville connaît des difficultés économiques résultant essentiellement des guerres persiques. Cette situation, ajoutée aux divergences idéologiques opposant Damas à la métropole, rend le régime byzantin très impopulaire et facilite l’occupation de la ville par les Arabes en 635 et 636.

La ville va désormais se dégager de l’influence occidentale pour évoluer dans l’orbite orientale. En grande partie islamisée, elle adopte la langue de la nouvelle révélation : l’arabe. En 660, elle passe même au rang de capitale, devenant sous les Omeyyades, pendant près d’un siècle, le centre d’un immense empire. Mais, en 750, à la chute des Omeyyades, le centre de l’empire est déplacé en Iraq, et Damas, délaissée par les ‘Abbāssides, devient une simple ville de province. Elle constitue alors un centre actif d’opposition et de révolte contre les ‘Abbāssides.

En 878, Damas passe sous les Tūlūnides (vassaux des ‘Abbāssides) avant d’être occupée par les Ikhchīdites. En 970, ces derniers doivent céder la ville aux Fāṭimides, qui les ont évincés du Caire deux années auparavant. Sous cette dynastie chī‘ite, Damas connaît plus d’un siècle d’anarchie avant de tomber, en 1076, sous la domination de dynasties turques, d’abord les Seldjoukides, ensuite les Būrides.

Occupée en 1154 par Nūr al-Dīn, le maître d’Alep, Damas retrouve son rang de capitale et devient alors la citadelle de l’orthodoxie musulmane face aux Fatimides chī‘ites et aux Francs « infidèles ». En 1176, deux ans après la mort de Nūr al-Dīn, son ancien vassal kurde, Salāh al-Dīn (Saladin), champion de la « guerre sainte », fait son entrée à Damas. Après la mort de Saladin (1193), la dynastie ayyūbide décline sous l’effet des querelles fratricides, et Damas est prise par les Mongols en 1260. Libérée par les Mamelouks, elle devient, jusqu’en 1516, avec de légères interruptions, une dépendance égyptienne. Menacée plus d’une fois par les Mongols, elle est en 1400 livrée au pillage par Tīmūr. Ce dernier quitte Damas en 1401, emmenant avec lui à Samarkand les meilleurs artisans et techniciens de la ville. Privée de ses cadres, pillée par les Mongols, Damas peut remédier à cette situation grâce à son rôle de transit dans le commerce entre l’Europe occidentale et l’Orient.

En 1516, les Ottomans enlèvent Damas aux Mamelouks et s’y maintiendront, avec quelques années d’interruption, jusqu’en 1918. Devenue le centre d’un modeste pachalik, la ville connaît pourtant, pendant une bonne période, une relative prospérité grâce au commerce et au pèlerinage de La Mecque. La conclusion en 1536 du traité de capitulations entre la France et la Porte ouvre aux négociants français les ports ottomans et permet à Damas d’avoir une grande activité commerciale.

De 1832 à 1840, l’ancienne capitale des Omeyyades échappe aux Ottomans pour tomber sous la domination de l’Egypte de Méhémet-Ali. Mais la Porte rétablit son autorité sur Damas. À la suite de l’opposition entre Druzes (chī‘ites) et Maronites (chrétiens) au Liban, la ville connaît de violentes manifestations qui donnent quelquefois lieu, comme en juillet 1860, à de terribles massacres entre musulmans et chrétiens.

Dans la seconde moitié du xixe s., Damas devient le centre le plus actif du nationalisme arabe. Des sociétés secrètes, fondées au cours de cette période, appellent la population à secouer le joug ottoman. Elles se montrent particulièrement actives pendant la Première Guerre mondiale, à une époque où Damas constitue pour les forces germano-turques une base de premier ordre dirigée contre la zone de Suez. Cette action, menée de pair avec l’émir Fayṣal, fils du chérif de La Mecque Ḥusayn, aboutit à l’élaboration d’un plan d’action contre les Turcs avec l’aide des Anglais et au « protocole de Damas » demandant à la Grande-Bretagne de reconnaître l’indépendance arabe. Les Turcs réagissent violemment contre ce courant ; le 6 mai 1916, 21 partisans de la cause arabe sont exécutés à Damas. Mais, deux ans plus tard, la capitale syrienne est évacuée par les Turcs.

Au mois de mai 1919, les Syriens élisent un congrès national, qui, en mars 1920, proclamera l’indépendance de la Syrie et désignera Fayṣal comme roi. Mais, en avril 1920, la S. D. N., contre la volonté de la population, confie le mandat de la Syrie à la France. Damas, occupée le 25 juillet 1920, oppose alors aux nouvelles autorités une résistance qui aboutit au bombardement de la ville le 18 octobre 1925.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville est investie par les troupes de la France libre et de la Grande-Bretagne. Le 16 septembre 1941, après la proclamation, par le général Catroux, de l’indépendance de la Syrie, Damas retrouve sa situation de capitale. Cependant, la décolonisation ne se fait pas sans douleur, et la capitale syrienne est bombardée le 29 mai 1945, quelques mois avant son évacuation par les troupes françaises.

M. A.

➙ Omeyyades / Syrie.