Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
D

Dagerman (Stig)

Écrivain suédois (Älvkarleby 1923 - Enebyberg, près de Stockholm, 1954).


Stig Dagerman fut probablement le plus représentatif d’un groupe d’écrivains suédois appelé Fyrtiotalisterna. Il fut l’interprète d’une jeune génération marquée par l’angoisse née d’une époque sanglante et par un sentiment de culpabilité né de l’impuissance devant les misères de ce monde et dont l’analyse ne résout ni ne soulage en rien l’existence de ce sentiment. Pour Dagerman, l’essentiel est de rester fidèle à son angoisse, d’assumer sa peur : « Si l’homme n’ose plus avoir peur, il se voit obligé à renoncer peu à peu à tout ce qui pourrait lui faire peur, c’est-à-dire à toute pensée » (Carl Gustav Bjurström). Mais faire face à l’angoisse n’élimine pas nécessairement le sentiment — ressenti comme injustifié, mais d’autant plus tenace — de culpabilité. Il n’y a donc pas de solution ; l’action — en soi absurde et ridicule — garde un sens si nous restons fidèles à notre peur. L’homme, chez Dagerman, semble n’acquérir une véritable dimension que dans son attitude à l’égard de l’angoisse : succomber, c’est mourir en paix sans avoir opposé une résistance absurde à l’absurdité du monde. Stig Dagerman fut d’abord élevé par ses grands-parents. Son père le prit ensuite avec lui à Stockholm, où il s’inscrivit en 1941 au Cercle de la jeunesse syndicaliste. Il se marie une première fois en 1943 avec une Allemande exilée et il évolue dans un milieu de réfugiés politiques d’Allemagne et d’Espagne. La carrière littéraire de Dagerman fut de brève durée (1945-1949). Après cinq ans de silence — il laissera cependant l’introduction d’un grand roman fantastique inachevé, Mille Ans chez Dieu. Dieu rend visite à Newton —, il se suicidera en 1954. Il écrivit quatre romans : le Serpent (1945), l’Île des condamnés (1946), l’Enfant brûlé (1948), Ennuis de noce (1949) ; un recueil de nouvelles, les Jeux de la nuit (1947) ; quatre drames : le Condamné à mort (1948) et l’Ombre de Mart (1948), réunis sous le titre Drames de condamnés, puis Personne n’y échappe (1949) et l’Arriviste (1949), qui parurent sous le titre de Drames de Judas. Il laisse également un livre de reportages sur l’Allemagne (Automne allemand, 1947) et un grand nombre d’articles, de chroniques, de poèmes. Dans son œuvre, d’accent profondément personnel, on peut déceler cependant l’influence de Strindberg et de Kafka, qui fut pour lui un inspirateur plus qu’un maître. L’influence de Sartre y est également sensible ; elle est surtout décelable dans l’Île des condamnés — cet enfer dont on ne peut s’échapper —, qui a été comparée à Huis clos. On a également reconnu une certaine parenté avec Albert Camus, non pas dans la forme, mais dans le cheminement des idées, dans leur pénétration du monde de la solitude et de l’angoisse. « Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté de l’homme. » Il est certain que Dagerman cherchait personnellement à frôler la mort. Cependant, ce n’était pas à la mort mais à la situation extrême qu’il tendait — instant où angoisse et culpabilité se dissolvent devant le prix de la vie. Ainsi l’on prétend que sa mort fut « accidentelle ».

L’angoisse règne dans son œuvre. Dans le Serpent, la peur est provoquée par la présence menaçante d’un serpent dans une caserne. Mais, très vite, on découvre que le serpent n’est que la matérialisation d’une peur plus profonde : « Mais quand il constata plus tard qu’il avait toujours peur, il finit par comprendre que le serpent n’était qu’un symbole, un prétexte. » Cependant, dans sa dernière œuvre, inachevée, Dieu rend visite à Newton, Dagerman vise un autre dilemme : celui de l’abîme entre le Créateur et sa création ; la création forme un tout trop parfait dans lequel le Créateur ne peut plus se glisser ; elle exclut le Créateur, qui en souffre autant qu’elle-même. Le Créateur se trouve devant la porte de la maison des Lois, mais il ne peut entrer ; il est hors du Temps et des Lois. « Il n’y a de paix qu’au sein des Lois. Je vous plains, Sire, mais le temps passe. » Ce récit, dans lequel Olof Lagercrantz voit « le plus important document religieux de notre temps », s’inscrit cependant dans l’ensemble de l’œuvre, la tentative de clarifier le dilemme religieux n’étant qu’un des aspects de l’expression de son angoisse existentielle fondamentale.

S. C.

Dagobert Ier

(V. 600 - Saint-Denis, près de Paris, 638?), roi des Francs de 629 à 638.


La chronique dite « de Frédégaire », composée plus de vingt ans après la mort de ce souverain, les renseignements épars contenus dans quelques « Vies » de saints, parmi lesquelles il faut citer celles d’Arnoul de Metz, d’Eloi de Noyon et de Ouen de Rouen, enfin la trop tardive compilation carolingienne des Gesta Dagoberti, rédigée peut-être vers 835 par Hincmar (v. 806-882), alors moine de Saint-Denis, telles sont les maigres sources dont nous disposons pour reconstituer le règne du dernier souverain mérovingien qui ait exercé son autorité sur l’ensemble du regnum Francorum.

Fils aîné de Clotaire II et de Bertrude, l’enfant royal est baptisé du nom de l’un de ses oncles, fils de Frédégonde, qui vécut à peine deux ans, de 578 à 580. Reconnu roi d’Austrasie entre janvier et avril 623 par son père, désireux de satisfaire les aspirations particularistes de ses habitants, Dagobert Ier est alors placé sous la tutelle politique du maire du palais de ce royaume, Pépin de Landen (v. 580-640), et de l’évêque de Metz, le futur saint Arnoul (580 - v. 640). Mais l’Austrasie ayant été amputée des territoires qu’elle comprenait antérieurement en Aquitaine, en Provence et à l’ouest de l’Ardenne et des Vosges, le jeune roi en revendique la possession lorsqu’il se rend à Clichy pour épouser, en 626, Gomatrude, sœur cadette de Sichilde, concubine de son père. Une commission d’arbitrage composée de douze Francs lui donne alors partiellement satisfaction en reconnaissant ses droits sur la Champagne, la Brie et sans doute le Dentelin.