Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

cyniques (les) (suite)

Le but de la vie est le bonheur, qui s’identifie au plaisir ; la vertu n’est rien d’autre que ce bonheur, comme le vice n’est autre que la douleur. L’intelligence naît de l’action et non du discours. Qu’est-ce qu’un sage ? Un « hors-la-loi », parce qu’un homme cherchant à être authentiquement soi-même. Indépendant des influences et pressions sociales, il sait mépriser le sens commun, vivre selon ses besoins et désirs naturels ; sans biens, sans famille, sans enfants, sans travail, sans patrie, en lutte contre les contraintes et en quête d’amis. Le sage refuse la guerre, comme il dédaigne l’ambition et se rit des politiques, dont il a compris le mensonge.

Antisthène a élaboré le plan d’une cité idéale où figurent : suppression du mariage, liberté sexuelle de tous, éducation en commun des enfants, fin de l’État.

• Diogène de Sinope. Ce contemporain d’Alexandre le Grand n’est connu que par une tradition orale. Si sa pensée semble moins analytique que celle d’Antisthène, il brille surtout par l’humour. Partisan d’une existence rude parce que formatrice, il élimine méthodiquement tous les objets superflus, habite un tonneau et vit de mendicité, injuriant ceux qui lui font l’aumône. Prônant l’homme « naturel », le « bon sauvage » spontanément sage, il s’emploie à ridiculiser les arts comme la magie, avec laquelle il mêle superstitions, religion, rites, cérémonies. Une foule d’anecdotes concernant sa vie nous sont parvenues. On connaît celle-ci : on le trouve un jour, dans les rues d’Athènes, en plein midi, une lanterne à la main ; à ceux qui le questionnent, il répond : « Je cherche un homme. »

Si, à la mort d’Antisthène, l’enseignement du cynisme disparaît, une quantité croissante d’individus s’y rattacheront longtemps encore de par les formes mêmes de leur pratique sociale : détruire les temples, parodier les cérémonies du culte, en finir avec le respect des morts, fraterniser avec la pègre — voilà quelques éléments d’une critique exercée peut-être par les plus lucides des ennemis de l’ordre hellène.

J. N.

Cypérales

Herbes monocotylédones des lieux humides, dont la tige a souvent une section triangulaire. (Cet ordre ne comprend qu’une famille, les Cypéracées, voisines des Joncacées, dont elles dériveraient.)



Caractères généraux

Les Cypéracées (4 000 espèces, 80 genres et en France seulement une dizaine de genres et 150 espèces, dont 110 Carex environ) ont un port voisin de celui des Graminacées, mais elles sont surtout localisées dans les stations humides et même franchement aquatiques. Ce sont des herbes plus ou moins gazonnantes, mais les tiges, ordinairement à trois angles, ne sont pas ramifiées, et les nœuds ne sont pas renflés. Les feuilles, linéaires, très souvent disposées sur trois rangs, à gaine non fendue, sont bordées de petites dents aiguës formées par le contenu siliceux des cellules épidermiques. Les fleurs, très rarement solitaires et généralement groupées en épis serrés, montrent, au travers de tous les genres, une évolution depuis la fleur complète avec 2 verticilles de chacun 3 pièces périanthaires, 3 étamines et un ovaire uniloculaire (Oreobolus), jusqu’aux fleurs unisexuées nues des Carex. Mais toutes ont un caractère commun : le gynécée est formé de 2 ou 3 carpelles soudés formant un ovaire uniloculaire.


Les Carex

Le genre Carex (Laîches) est le plus important, avec 1 500 espèces réparties principalement dans les régions froides et tempérées du monde entier ; les fleurs sont à sexes séparés, les épis mâles au-dessus des épis femelles latéraux. Ces plantes ne fournissent qu’un fourrage très médiocre, mais dans la nature elles sont souvent précieuses pour la consolidation des terres dans les stations trop ingrates (Carex des sables par exemple).


Les Cyperus

Les Cyperus (Souchet), 500 espèces, vivent par contre surtout dans les régions tempérées et chaudes du Globe ; ce sont ordinairement de mauvaises herbes difficiles à extirper à cause de leur appareil souterrain très divisé. Il faut signaler C. esculentus (ou Amande de terre, Chufa...), qui est cultivé dans les pays bordant la Méditerranée ; ses très nombreux petits tubercules, gros comme des billes, ont une saveur sucrée ; ils donnent (Égypte, Italie du Sud) une huile appréciée et entrent dans la composition d’une boisson régionale espagnole. Le C. papyrus, originaire de la haute Égypte et d’Afrique centrale, est une grande plante qui peut atteindre 3 m et qui vit dans des stations très humides ; elle forme même d’immenses îles flottantes qui parfois créent des barrages désignés par le terme de sudd, pratiquement infranchissables sur le haut Nil, en particulier sur le Bahr el-Gebel. Cette plante a servi, dans l’Antiquité, aux Égyptiens dès la XVIIIe dynastie (environ 1500 av. J.-C.), à faire du papier. Les tiges, fendues longitudinalement, fournissaient des lanières de 20 à 30 cm de long sur 4 cm de large environ ; collées bord à bord, ces lanières réunies ainsi en feuilles étaient placées en plusieurs couches disposées en croix (le nombre était variable suivant la force du papier que l’on voulait obtenir), pressées puis lissées avec des polissoirs d’ivoire. Les papiers grossiers, rugueux (lénéotiques) s’obtenaient en employant les couches externes de l’écorce, alors qu’avec les parties plus internes de la tige (moelle) on fabriquait des papiers fins et légers (hiératiques) qui étaient surtout réservés aux textes sacrés. La partie inférieure charnue de ces plantes pouvait également servir d’aliment, et les tiges flexibles enduites de bitume étaient employées à la construction de bateaux légers et en vannerie. Le C. alterniflorus, originaire de Madagascar, est une plante élégante servant très souvent pour la décoration des appartements ; elle demande un sol léger, constamment détrempé ; sa multiplication s’obtient soit par bouturage, dans l’eau et en position retournée, de la partie supérieure des tiges là où sont insérées toutes les feuilles, soit par fragmentation de la touffe au printemps.