Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

cyclone (suite)

L’observation montre que plusieurs cyclones tropicaux peuvent se suivre de près en pleine « saison des ouragans ». Bien que la notion de « famille de cyclones tropicaux » ne soit pas classique, il semble qu’elle doive prendre place à côté de celle de « famille de dépressions de front polaire ». La proximité de plusieurs cyclones tropicaux les uns par rapport aux autres ne peut en effet être fortuite.


Les manifestations des cyclones


Les cyclones tempérés

Ils se manifestent par leurs précipitations, les changements qu’ils opèrent dans la température et aussi par leur système de vents. Les cyclones tempérés apportent tout d’abord des pluies. Celles-ci se répartissent inégalement à l’intérieur de la perturbation, à la fois par les totaux et par les dispositions. Les fronts chauds ont des pentes faibles. Aussi sont-ils le siège d’une lente ascendance de l’air tropical. Les précipitations qui leur sont liées prennent donc une allure tenace mais sans excessivité (pluies fines, bruine, crachin). Le corps des systèmes nuageux impose, en particulier, des pluies continues. La traîne, où dominent les nuages à grand développement vertical (en accord, pour partie, avec la forte pente du front froid), suscite pour sa part des temps à grains (pluies épisodiques mais plutôt brutales). La neige peut se substituer aux pluies. Les fronts chauds distribuent alors les neiges de redoux. Quant aux fronts froids, ils apportent les neiges d’invasion polaire.

Les dépressions de front polaire imposent par ailleurs des séquences thermiques très contrastées. Cela se comprend du fait qu’en quelques heures on peut passer du secteur chaud au secteur froid, c’est-à-dire d’un régime de vents de sud (hémisphère Nord) à un régime de vents de nord. Cette alternance sera d’autant plus vivement ressentie que la dépression se présentera en hiver et qu’elle imposera successivement, sur une région donnée, un air chaud maritime et un air froid continental (dispositions rencontrées en façade orientale des grands continents de l’hémisphère boréal). En janvier 1956, le secteur central d’un vaste cyclone de front polaire installé dans la zone des Bermudes a fait remonter sur la région du Saint-Laurent un air polaire maritime très évolué, ce qui donna à la région des températures de l’ordre de + 3 à + 4 °C, dans le temps où le nord de la Floride, situé dans le secteur froid postérieur, subissait des gelées tenaces.

Les cyclones tempérés suscitent également des, vents variables dont la force peut, sur mer, provoquer de très grandes tempêtes. On sait que ces vents soufflent dans l’hémisphère boréal et, à l’avant des dépressions, de sud à sud-ouest ; à l’arrière, de nord à nord-ouest. C’est d’ailleurs là le cadre le plus général d’une opposition bien connue en Bretagne, où l’on passe du suroît au noroît, au passage des cyclones issus de l’Atlantique.

Les cyclones tempérés imposent donc de grandes variations du temps. Ces variations peuvent se succéder rapidement (cadre journalier), mais, aussi contrastées et brutales qu’elles soient, elles n’aboutissent pas aux situations exceptionnelles auxquelles on se trouve confronté avec les cyclones tropicaux.


Les cyclones tropicaux

Prodigieuse est la suite de deuils et de destructions due aux cyclones tropicaux. Ceux-ci font courir d’immenses dangers pour diverses raisons. Ils interviennent tout d’abord par leurs vents de tempête qui démolissent les maisons, les installations diverses et saccagent les récoltes. Ils se manifestent ensuite par les totaux énormes de pluies tombées dans des délais très courts. D’où les crues subites et irrésistibles et aussi les glissements de terrain catastrophiques. Les cyclones agissent enfin par les marées d’ouragan qui déferlent sur les côtes et par les ondes d’ouragan, dont le passage peut provoquer l’ennoiement intégral des îlets, peu saillants au-dessus du niveau de la mer. Ces mouvements marins sont indissolublement liés aux vents et aux pressions du météore. La marée d’ouragan résulte, sur les côtes, d’un transfert d’eau dans un système d’ondes et de houles suscitées par la perturbation. Bien qu’elles aient des forces diverses selon leur lieu de naissance à l’intérieur du cyclone, les houles se propagent de tous côtés, en disposition rayonnante. L’onde d’ouragan apparaît, pour sa part, sous la forme d’une rapide élévation du niveau de la mer, particulièrement sensible dans la zone de calme. Cette élévation est complexe. Elle dépend non seulement du déficit de pression central, dont l’importance peut être exceptionnelle, mais aussi de l’action des vents, qui tendent à concentrer une partie de l’eau vers le cœur de la perturbation.

La lutte contre les cyclones dévastateurs est le principal souci des services météorologiques tropicaux. Ceux-ci sont véritablement mobilisés pendant la « saison des cyclones ». En fait, la lutte est inégale, car même détecté assez longtemps à l’avance, et même dans la mesure où l’on sait quelle sera sa trajectoire exacte, l’ouragan est irrésistible par la puissance des forces qu’il suscite. La prévision demeure cependant la meilleure façon de limiter les dégâts. En ce sens, on emploie de grands moyens. Outre l’analyse serrée des cartes synoptiques et des houles marines, on utilise en effet systématiquement les vols d’avion de reconnaissance au-dessus de régions océaniques où les relevés sont peu nombreux, la pénétration aérienne des perturbations sévères, les radars et, depuis assez peu de temps, les images fournies par les satellites artificiels. Mais, en tout état de cause, les cyclones tropicaux représentent aujourd’hui encore l’une des manifestations naturelles face auxquelles l’homme est singulièrement désarmé.


Cyclones tempérés et cyclones tropicaux : esquisse de rapprochement

L’analyse qui précède fait apparaître dans tous les aspects majeurs une nette différence entre cyclones tempérés et cyclones tropicaux : aires de développement géographique, naissance, évolution, structure. Il n’empêche que la cloison n’est pas étanche entre les uns et les autres, en ce sens que les tourbillons dépressionnaires tropicaux peuvent remonter vers les régions tempérées, où ils prennent la structure de leur latitude d’adoption, et que des cyclones à genèse indiscutablement frontale adoptent, du fait d’une naissance très méridionale (hémisphère Nord), des caractères tropicaux (virulence du tourbillon en particulier).