Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

cyclisme (suite)

Le premier grand spécialiste du Tour est le Belge Philippe Thys, vainqueur en 1913, 1914 et 1920. Il faut attendre quarante ans pour assister à un autre triplé, celui du Français Louison Bobet, vainqueur en 1953, 1954 et 1955. Le Français Jacques Anquetil, avec cinq succès (dont quatre consécutifs), détient le record absolu des victoires. Il a été rejoint par le Belge Eddy Merckx, vainqueur quatre fois consécutivement (1969, 1970, 1971, 1972) et en 1974, qui peut battre ce record. D’autres champions ont inscrit leur nom deux fois au palmarès du Tour de France : les Belges F. Lambot, S. Maes ; les Français L. Petit-Breton, A. Leducq, A. Magne ; les Italiens O. Bottecchia, G. Bartali, F. Coppi ; le Luxembourgeois N. Frantz.

À de rares exceptions près, tous les champions de leur époque ont gagné le Tour de France, dont le prestige est incomparable. Le succès populaire de la plus grande course du monde (il attire environ une dizaine de millions de spectateurs chaque année) est un véritable phénomène social. Le Tour de France a connu son heure de gloire en 1960 lorsque, dans la traversée du petit village de Colombey-les-Deux-Églises, devant le général de Gaulle, alors président de la République, s’arrêta un moment le peloton des coureurs.


Le cyclisme sur piste

Le cyclisme sur piste est à présent moins populaire que le cyclisme sur route. Des vélodromes français et même étrangers disparaissent sans être remplacés, d’autres ralentissent leurs activités. La démonstration de cette regrettable désaffection des coureurs et du public pour la compétition sur piste est apportée par l’exemple de Paris, qui a autorisé la destruction en 1959 de son vélodrome d’hiver (communément appelé Vel’ d’Hiv) et, en 1968, de la piste du parc des Princes.

Cette situation est d’autant plus alarmante que la compétition sur piste avait sur la compétition sur route l’avantage de l’ancienneté. Le premier championnat du monde sur route a été organisé en 1927, alors que le championnat du monde sur piste existe depuis 1895, et le premier phénomène de l’histoire cycliste, l’Américain Arthur Augustin Zimmerman, est un spécialiste de la piste. Cet athlète de 1,80 m s’est permis de remporter 101 victoires sur 111 courses de vitesse disputées entre 1887 et 1894. Sur une bicyclette de 12 kg (les vélos de piste pèsent maintenant 8 kg) n’offrant pas l’avantage d’une position aérodynamique, Zimmerman a couvert les 200 m avec départ lancé en 12 s, performance encore honorable dans une compétition aujourd’hui.

Une piste cycliste est composée de deux lignes droites plates et de deux virages relevés à 35° au minimum. Elle offre un revêtement en bois ou en ciment. Sa largeur peut varier de 5 à 8 m, sa longueur de 200 à 500 m. D’une façon générale, la longueur est un sous-multiple de 1 000 m afin de faciliter les opérations de contrôle de la distance et du chronométrage. Les bicyclettes de piste ne doivent pas être munies de roues libres ni de freins, c’est-à-dire que les coureurs disposent d’un pignon fixe et unique. De nombreuses formules de course sont proposées sur les vélodromes, où la notion de spectacle joue parfois son rôle aux dépens de la vérité athlétique. Les épreuves classiques représentées dans les championnats officiels sont la vitesse, la poursuite et le demi-fond.


La vitesse

La formule consiste à départager des coureurs par un sprint sur la distance de mille mètres. Cependant, des considérations tactiques font que les épreuves de vitesse se jouent en réalité sur les 200 derniers mètres, qui, seuls, sont officiellement chronométrés. En règle générale, les sprinters préfèrent ne pas démarrer en tête, si ce n’est par surprise. Ils cherchent au contraire à suivre l’adversaire le plus longtemps possible, s’assurant ainsi un abri maximum, pour surgir dans les tout derniers mètres qui précèdent la ligne d’arrivée. Par calcul, les coureurs de vitesse se livrent à des séances de « sur place » pour contraindre l’adversaire à démarrer le premier.

Physiquement, le sprinter ne ressemble pas aux autres coureurs. Il est plus lourd et possède un influx nerveux considérable qui lui permet de libérer ses forces en un instant. La course de vitesse se jouant en quelques secondes, la moindre erreur, le moindre oubli sont irréparables dans une épreuve où la vitesse finale atteint souvent 60 km/h. Cet exercice exige une rigoureuse spécialisation qui limite naturellement le nombre des concurrents. Les champions professionnels les plus titrés sont le Belge Jiff Scherens (7 fois champion du monde de 1932 à 1947), l’Italien Antonio Maspes (7 fois de 1955 à 1964), le Danois Thorwald Ellegaard (6 fois de 1901 à 1911), le Hollandais Piet Moeskops (5 fois de 1921 à 1926) et le Français Lucien Michard (4 fois de 1927 à 1930).

Paradoxalement, les meilleurs sprinters sont, de nos jours, des amateurs, les courses sur piste n’offrant pas de ressources suffisantes aux professionnels. L’homme le plus vite à bicyclette est le Français Daniel Morelon (6 fois champion du monde amateur de 1966 à 1973 et champion olympique en 1968 et en 1972).

Les épreuves de vitesse, sur la distance de 1 000 m, sont également proposées aux dames. Les Soviétiques y exercent une domination incontestée.


La poursuite

C’est la discipline la plus simple et la plus athlétique. Elle oppose deux coureurs. Au départ, chacun d’eux se place en un point diamétralement opposé de la piste. Le départ a lieu au pistolet, le coureur étant tenu et non poussé. L’enjeu consiste pour chacun des concurrents à rejoindre l’autre ou tout au moins à réduire l’intervalle qui l’en sépare. La course est limitée à une distance de 5 km pour les professionnels, 4 km pour les amateurs et 3 km pour les compétitions féminines. De nombreux routiers, grâce à leurs qualités de rouleurs, ont excellé en poursuite : l’Italien Fausto Coppi, le Français Roger Rivière et le Belge Ferdinand Bracke, connus par leurs exploits sur la route, ont été champions du monde de poursuite. La poursuite par équipe de quatre coureurs est pratiquée par les amateurs. Sa signification est d’autant plus grande que le résultat dépend autant de l’homogénéité de l’ensemble que de la qualité individuelle des membres d’une même formation.