Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Croatie

En serbo-croate Hrvatska, république de la Fédération yougoslave, la seconde par la population et l’importance économique : 56 538 km2 ; 4 469 000 hab. (Croates). Capit. Zagreb*.



La géographie

La Croatie fournit environ le cinquième de l’énergie électrique de la Fédération, 15 p. 100 de son charbon, plus des quatre cinquièmes de ses produits pétroliers. C’est la région touristique la plus visitée. Elle s’étend sur trois groupes de régions naturelles.

Au nord, la partie méridionale des plaines pannoniennes est composée des larges vallées alluviales, bordées de terrasses de la Drave, qui forme en partie la frontière avec la Hongrie, et de la Save, navigable jusqu’à Sisak. Ces deux vallées sont séparées par des reliefs, fragments de massifs anciens, détachés des Alpes orientales slovènes, frangés de collines de dépôts néogènes, couvertes de vignes et de vergers. Les plaines, sauf lorsqu’elles sont marécageuses (plaine de la Lonja, en partie assainie), portent de gros villages, établis lors de la recolonisation autrichienne après le traité de Karlowitz (1699). Les systèmes de cultures et d’élevage, donnant de bons rendements, reposent sur l’assolement blé-maïs. Quelques îlots de cultures spéciales s’individualisent : betterave à sucre dans les plaines de la Drave, vignoble réputé au pied de la Fruška Gora, chicorée près de Daruvar. La population, composée en partie de Serbes, de Hongrois et de Tchèques, tend à se concentrer dans de gros bourgs qui s’industrialisent : Bjelovar, Slavonski Brod (mécanique, matériel roulant et raffinerie de pétrole), Sisak (métallurgie et raffinerie traitant les produits du sous-sol extraits à proximité), Osijek (gros centre d’industries alimentaires), Varaždin (foyer d’un district d’industries textiles). La capitale de la république, Zagreb, est une des villes de la Save : ville de services et d’industries modernes, elle dépasse le demi-million d’habitants et vient au deuxième rang, après Belgrade, en Yougoslavie.

La Croatie occidentale, rétrécie entre les républiques de Bosnie-Herzégovine et de Slovénie, constitue une voie de passage suivie par les voies ferrées qui mènent vers le littoral. Dans l’ensemble, elle se compose de hautes chaînes calcaires, de plateaux et de poljés ; la majeure partie est boisée, la transhumance a décliné, seule l’industrie du bois anime quelques bourgades dans la Lika, et le tourisme se développe autour des lacs karstiques de Plitvice. Une partie de la population a émigré vers le littoral et Zagreb ; la seule ville de cette région, Karlovac, située au contact des plaines, est un centre d’industries textiles et mécaniques.

La Croatie s’étend enfin sur la majeure partie du littoral adriatique, depuis l’Istrie, qu’elle occupe presque tout entière, jusqu’aux Bouches de Kotor, où commence le littoral du Monténégro. Cette belle façade maritime au climat méditerranéen apporte à la Croatie, comme à la Fédération : les produits de son agriculture (vigne, fruits, cultures maraîchères et florales) ; les produits des mines du karst littoral et des îles, dont la bauxite ; les produits de la pêche au large (salmonidés) ou côtière (sardines). Enfin, par ses ports de commerce, c’est le « poumon » de la Yougoslavie. Zadar, Šibenik, Split et son agglomération assurent un trafic de plus de 2 Mt et traitent la bauxite ou les produits locaux. Rijeka, réuni à la ville de Sušak, qui en était séparée entre les deux guerres, dépasse les 8 Mt, en majeure partie des importations (produits pétroliers, métallurgiques et d’outre-mer), dont une partie passe en transit vers l’Autriche et vers la Hongrie. Son industrie repose sur les constructions navales, une raffinerie, la chimie du bois et les papeteries. C’est également un port de voyageurs et le point de départ des touristes qui, en voiture ou en bateau, visitent le littoral. L’équipement touristique (« magistrale » routière du littoral, constructions d’hôtels et de ports de plaisance) est en expansion rapide depuis une dizaine d’années, et cette activité rénovée et modernisée assure non seulement un appoint important en tant que ressource invisible à la balance du commerce extérieur de l’État yougoslave, mais aussi un grand nombre d’emplois à la population autochtone, dont une partie des revenus était assurée par l’émigration vers les pays de l’intérieur ou, avant la guerre, vers l’étranger. Les grandes stations balnéaires s’échelonnent du littoral istriote, avec pour centre la ville de Pula, et de celui du Kvarner (Opatija et Crikvenica) à la région de Dubrovnik en passant par Zadar, Šibenik et Split. Les îles les plus fréquentées sont celles du Kvarner (Rab, Krk) ou du large de Split (Hvar et Korčula).

Au total, la Croatie joue dans la Fédération le rôle d’un pays développé, urbanisé ; elle fournit une part importante de la production agricole, une part assez faible de la production minière (à l’exception de la bauxite, qui est traitée surtout en Slovénie), mais se spécialise dans l’industrie de large consommation et de qualité (textiles synthétiques, matières plastiques, cuir et industries alimentaires), dont une fraction de la production est exportée. Au contact direct avec les pays occidentaux et la mer, elle offre à la Fédération les plus grandes possibilités d’ouverture vers le monde extérieur.

A. B.


L’histoire


Les origines

Au début de notre ère, les régions croates, peuplées d’Illyriens, sont incluses dans les provinces romaines de Pannonie et de Dalmatie ; lors des grandes invasions, elles entrent en partie dans un État ostrogoth, puis lombard, enfin avar au viie s. ; à cette époque, les Croates s’y implantent.

La plaine pannonienne, d’une part, le littoral et l’arrière-pays dalmates d’autre part, ont une évolution séparée, tour à tour sous influence franque et influence byzantine. En Croatie pannonienne, la domination franque se heurte, au début du ixe s., à la révolte de Ljudevit Posavski. Cependant, les tribus croates s’organisent, en particulier en Croatie dalmate sous le prince Trpimir (v. 845-864). Le premier « État » croate apparaît avec Tomislav (v. 910-928), couronné roi en 925 ; Tomislav réunit les deux Croaties et, luttant contre les Hongrois, les Bulgares et Byzance, étend sa domination en Pannonie, en Bosnie et dans les villes et les îles du littoral. Sous ses successeurs, l’État croate s’affaiblit ; il est en proie à des luttes intestines et doit s’opposer aussi à l’expansion de l’Empire bulgare de Samuel, surtout sous Etienne Držislav (969-997).