Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Crane (Hart) (suite)

The Bridge (le Pont), commencé en 1923, achevé en 1928 à Paris, chez les Crosby, est publié à Paris (Black Sun Press) en 1930. Il est généralement considéré comme le poème le plus important de Crane. L’auteur en parle comme de son opus magnum : « une épopée », une « Énéide américaine », destinée à réfuter The Waste Land de T. S. Eliot et à réconcilier l’Amérique et la poésie. « Si la poésie, écrit-il, ne peut pas absorber la machine, c’est-à-dire l’acclimater aussi naturellement que les arbres, les animaux et les châteaux, alors la poésie manque à son rôle contemporain. » Comme Blanches Constructions, le Pont symbolise la spiritualité de la civilisation industrielle. Comme la mouette, le pont est envol et immobilité, liberté et nécessité. Dans cette « épopée de la conscience américaine », Hart Crane réunit les grandes figures de la mythologie nationale : Christophe Colomb, Cortès, Pocahontas, Rip Van Winkle, Poe, Melville. Avec un optimisme whitmanien un peu forcé, Crane voit dans la machine, l’avion, la guerre même des facteurs de renaissance spirituelle. La dernière partie du poème « Atlantide » chante l’apothéose du pont, gage de l’amour divin. Mais l’avant-dernière partie, intitulée « le Tunnel », oppose au symbolisme aérien du pont l’image souterraine du tunnel, où Crane s’entrevoit sous les traits d’Edgar Poe, le poète maudit.

Effectivement, Crane ne peut réconcilier son inspiration et la réalité américaine. Il se réfugie dans les îles, puis au Mexique. Les poèmes de Key West : an Island Sheaf résonnent comme un adieu à la civilisation moderne. En avril 1932, revenant en bateau du Mexique aux États-Unis, Hart Crane se suicide en se jetant dans la mer des Caraïbes. Son dernier poème, The Broken Tower (la Tour brisée), rompt avec le symbolisme industriel du pont pour revenir à celui de la chapelle, une chapelle à tout jamais brisée. La tentative de Crane pour réconcilier la civilisation et la poésie aboutit à un tragique échec. En voulant être le Whitman du monde moderne, alors qu’il en était plutôt par nature le Poe, Hart Crane a forcé son génie lyrique et s’est fourvoyé dans l’épique. Même ainsi dénaturée par des ambitions spirituelles, voire messianiques, l’œuvre, par l’intensité de l’imagination, la qualité du rythme, la puissance stimulante du langage, fait de Hart Crane l’un des plus grands poètes lyriques des temps modernes.

J. C.

 A. Tate, Collected Essays (Denver, 1959). / M. L. Rosenthal, The Modern Poets (New York, 1960). / S. Hazo, Hart Crane (New York, 1963). / V. Quinn, Hart Crane (New York, 1963). / J. Guignet, l’Univers poétique de Hart Crane (Lettres modernes, 1965). / M. K. Spears, Hart Crane (Minneapolis, 1965).

Crassulacées

Famille de plantes herbacées d’origine montagnarde, aux tiges et aux feuilles charnues.



Description

Les Crassulacées sont des Dialypétales super-ovariées : les pétales sont totalement libres entre eux, et l’ovaire est placé nettement au-dessus de l’insertion des pièces florales. Elles sont rangées, selon les auteurs, dans l’ordre des Rosales ou dans celui des Saxifragales. Cette famille comprend au total 25 genres et près de 1 000 espèces (5 genres et 40 espèces en France). L’appareil végétatif est ordinairement succulent, c’est-à-dire que les feuilles et les tiges peuvent être plus ou moins arrondies et formées de tissus charnus très riches en eau. Les feuilles, fréquemment cylindriques, sont disposées en rosette à la base des tiges et en position alterne ou opposée dans la partie supérieure. Les fleurs, groupées le plus souvent en cymes scorpoïdes, sont parfaitement régulières du type 5. Les fruits sont des follicules, fruits secs déhiscents s’ouvrant par une fente longitudinale.


Principaux genres

Il faut citer d’abord les Crassula, avec 400 espèces ; ils vivent surtout en Afrique du Sud ; on les emploie assez souvent pour la décoration des serres froides. Le genre Kalanchoe, avec 250 espèces originaires des régions chaudes de l’Afrique et tout particulièrement de Madagascar, est surtout composé d’herbes ou de petits arbrisseaux à rameaux dressés et à fleurs du type 5 en clochettes pendantes. Certaines espèces se multiplient avec une très grande facilité, car, sur le bord des feuilles, se développent des centaines de bulbilles qui peuvent redonner chacune une plante. Sous notre climat, ce sont des plantes de serre tempérée ; K. globulifera, bisannuel, est, grâce à ses fleurs d’un beau rouge, assez employé comme plante d’appartement. Une petite espèce à fleurs blanches, pendantes, Umbilicus pendilinus (Nombril de Vénus), vit en France sur les vieux murs humides et siliceux ; elle a de curieuses feuilles peltées (le pétiole arrive au centre du limbe, qui est parfaitement circulaire). Les Sempervivum, ou Joubarbes, que l’on groupe en une trentaine de bonnes espèces, sont de petites plantes dont les feuilles, épaisses et charnues, forment des rosettes très serrées. La tige, partant de la rosette des feuilles basales, est le plus souvent assez courte, couverte de feuilles alternes et porte à son extrémité des cymes de fleurs formées d’un assez grand nombre de pièces rosés ou jaunes. Les rosettes des feuilles meurent après la floraison, mais l’individu se perpétue, car de nombreux rejets donnent de nouvelles petites rosettes qui sont, à l’état adulte, autant d’individus indépendants. Originaires de régions de montagnes, ces espèces, très rustiques, s’hybrident extrêmement, et la détermination des espèces est difficile. On peut cependant citer : S. arachnoidum, à fleurs rouges et dont les feuilles sont entièrement recouvertes de longs poils blancs soyeux ; S. arvense, à fleurs rosés et dont les rosettes des feuilles sont assez grosses (près de 5 cm de diamètre) ; S. tectorum, la Joubarbe des toits, à fleurs roses ou rouges. Cette dernière espèce, qui est très commune, se trouve souvent sur les vieilles toitures de chaume ; les rosettes de ses feuilles peuvent atteindre jusqu’à 10 cm de diamètre.