Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Cracovie

En polon Kraków, troisième ville de Pologne par la population (668 000 hab.), mais la deuxième par le rôle culturel et économique.



Le site

Capitale du royaume de Pologne jusqu’au règne de Sigismond III (xvie s.), demeurée ensuite ville du couronnement, Cracovie a gardé de cette brillante époque les vestiges historiques qui font d’elle l’un des grands foyers d’art médiéval et Renaissance de l’Europe centrale : le Rynek Główny, grand-place du Marché (4 ha de superficie), l’une des plus vastes d’Europe ; le Wawel (château royal et cathédrale) dominant la Vistule ; de nombreuses églises, chapelles de style baroque ; des musées conservant les trésors de l’histoire et de l’art polonais. Ville de contact entre des régions économiquement complémentaires (les Carpates, les Précarpates et leurs bassins et vallées, la Silésie, la vallée de la Vistule), elle a joué un rôle de défense militaire et de marché régional. L’occupation par l’Autriche après les partages de la Pologne (1795) en fait une grosse ville de garnison, non loin de la frontière russe. Une voie ferrée la relie à Lvov, d’une part, à la Moravie et à Vienne, d’autre part, au milieu du xixe s. Capitale de la province de Galicie, ayant le statut de ville libre de 1815 à 1846, Cracovie possède des fonctions administratives et commerciales très développées, ce qui explique la croissance de la population : en 1850, elle compte déjà 140 000 habitants.

Ce rôle est toujours dévolu à la vieille ville, centre d’artisanat (textiles, cuir, métaux) assurant des fabrications de luxe, foyer d’ateliers et de manufactures de moyenne importance (industries textiles, mécaniques, alimentaires, imprimerie et édition). Cracovie est le centre d’une région industrielle fondée sur l’extraction de ressources minérales (calcaires et cimenteries ; sel de Wieliczka actuellement abandonné, mais ayant donné naissance à une industrie de la soude). Enfin, Cracovie joue un rôle culturel. L’université des Jagellons date de 1364 (le savant Copernic* y fit ses études). Actuellement, c’est le deuxième centre d’enseignement supérieur de Pologne : avec une dizaine d’écoles supérieures, il compte plus de 30 000 étudiants. D’autres institutions culturelles et techniques y ont gardé ou élu leur siège, telle l’Académie minière et sidérurgique.

La vieille ville n’a pas subi de dommages pendant la guerre ; elle reste un centre d’attraction touristique, et la plupart des visiteurs des Carpates (plus de 1,5 million par an) y passent ou y séjournent. On a dû restaurer quelques monuments et supprimer les encombrantes lignes de tramways ; on projette de déplacer la gare centrale, et un nouveau pont ferroviaire a été jeté sur la Vistule. Ainsi, la ville traditionnelle atteignait 340 000 habitants en 1950, le chiffre de 200 000 ayant été dépassé en 1930.

Cracovie s’est radicalement dédoublée avec la cité nouvelle de Nowa Huta, qui fait partie de sa circonscription urbaine. Au bord de la Vistule, un site a été choisi à 8 km en aval de la vieille ville pour la construction d’une gigantesque usine sidérurgique, l’une des réalisations les plus spectaculaires de Pologne et même des pays socialistes européens. Dans le cadre du plan sexennal (1950-1955), le combinat « Lénine » s’est construit par étapes, à partir de 1950. À la première fonderie et aux premiers fours électriques sont venus s’adjoindre une cokerie, des installations de chimie du coke, des fours Martin et un laminoir. Le minerai est importé de Krivoï-Rog, et le charbon vient de la Silésie. La production dépassait 1,5 Mt d’acier dès 1960, était de l’ordre de 3 à 4 Mt en 1970 et de 7 à 8 Mt au cours d’une ultime étape. Une ville nouvelle s’est construite à proximité : d’abord destinée au logement de la main-d’œuvre employée dans la construction (dans les « hôtels ouvriers »), elle a attiré une population plus stable, le combinat employant actuellement 20 000 salariés, dont la moitié, d’origine paysanne, vient de la région (voïévodie) de Cracovie, une autre partie se composant de rapatriés de territoires incorporés à l’U. R. S. S. Le centre, d’aspect monumental, dit « stalinien », s’est étendu sous la forme de grands ensembles d’aspect plus agréable, d’équipements collectifs et de parcs de culture et de récréation qui donnent une unité à la ville nouvelle, laquelle, seule, compte aujourd’hui un peu plus de 100 000 habitants.

Le problème de l’agglomération de Cracovie réside dans la jonction des deux villes que tout sépare (un espace vague que parcourt une ligne de tramway et une voie ferrée électrifiée) et même que tout oppose : Cracovie, ville calme restée « bourgeoise » par sa composition, sa mentalité, sa pyramide des âges, et Nowa Huta, la ville des jeunes (plus de 50 p. 100 de moins de trente ans), à la forte natalité, débordante de dynamisme, créée précisément pour résorber les excédents démographiques des campagnes environnantes et stimuler le développement industriel de la vieille ville, tout en modifiant sa structure sociale. Mais les conditions d’une symbiose et d’une unification sont lentes à se réaliser. Avant 1960, la Grande Cracovie a englobé Nowa Huta dans les limites de son territoire administratif. La population de la ville nouvelle ne semble pas devoir s’étendre, et ce sont les excroissances de l’ancienne ville qui absorbent l’augmentation de la population. Une partie de la main-d’œuvre du combinat habite la ville ancienne. On prévoit de construire et de relier les deux villes par de nouveaux ensembles. On espère ainsi qu’avant une dizaine d’années l’amalgame sera réalisé.

A. B.


L’histoire de la ville

Bien située sur le cours supérieur de la Vistule, à un endroit où viennent se nouer entre les Carpates et le plateau de Petite Pologne la voie, N.-O. - S.-E., unissant la mer du Nord à la mer Noire et la voie, N.-E. - S.-O., joignant la mer Baltique à l’Europe centrale, Cracovie (du nom d’un héros légendaire Krakus) aurait peut-être été fondée dès le viie s. par la tribu slave des Vislanes, dont les chefs auraient édifié une première citadelle sur la colline du Wawel, enserrée par les bras de la Vistule, dont elle contrôle le passage. Profitant de ces conditions naturelles, la ville devient dès le xe s. « le plus grand marché commercial en terre slave », selon le marchand Ibrāhīm ibn Ya‘qūb.