Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

corsaire (suite)

Derniers rayons des gloires d’autrefois, les exploits de Surcouf marquèrent la fin d’une époque. Intrépide marin de Saint-Malo, Robert Surcouf (1773-1827) sut jouer de l’immensité des mers pour faire une rude guerre aux Anglais entre Madagascar et l’Inde. Sur l’Emilie (1795), la Confiance (1801) et le Revenant (1807), il fit régner la terreur dans le commerce anglais de la Compagnie des Indes. Dès 1810, il se retirait à Saint-Malo, fortune faite, la chute de l’île de France le privant de sa base d’opérations. Créé baron par Napoléon, il fut le dernier grand corsaire français.

La guerre de course fut théoriquement abolie au congrès de Paris par la convention du 16 avril 1856, qui, en outre, décida que le pavillon couvrait la marchandise à l’exception de la contrebande de guerre et que les marchandises neutres ne pouvaient être saisies sous pavillon ennemi. Elle reprit pourtant encore une fois au début de la Première Guerre mondiale, où elle fut conduite surtout par l’amirauté allemande jusqu’au moment où, dans la guerre au commerce ennemi, le corsaire fut définitivement remplacé par le sous-marin. Son épisode le plus spectaculaire fut l’aventure du croiseur léger allemand Emden, transformé en corsaire par son commandant Karl von Müller (1873-1923). En trois mois, avant d’être coulé, le 9 novembre 1914, par le croiseur australien Sydney, l’Emden réussit, au cours d’une croisière de 20 000 milles dans l’océan Indien, à couler plus de vingt navires alliés, totalisant 100 000 tonneaux et dont les cargaisons représentaient plus de 300 millions de francs.

La guerre de course s’achevait, mais était aussitôt relayée par une « invention » beaucoup plus redoutable encore : la guerre sous-marine.

A. L. et P. D.

 J. Auzanet, le Corsaire Duguay-Trouin (Éd. de France, 1936). / H. Le Marquand, Jean Bart, corsaire et bourgeois de Dunkerque (Gallimard, 1936). / R. Vercel, Visages de corsaires (Albin Michel, 1943). / H. Malo, Jean Bart (Édit. de Paris, 1947) ; la Vie de Monsieur Duguay-Trouin (Éd. littéraires de France, 1949). / M. Bourdet-Pléville, Surcouf (Éd. géogr. mar. et colon., 1951). / J. Feuga, / l’« Emden », croiseur corsaire (Bonn, 1965). / G. Blond, Histoire de la flibuste (Stock, 1969). / F. Tuloup, Corsaires oubliés (Éd. du Seuil, 1970).

Corse

Île française de la Méditerranée, couvrant 8 691 km2, constituant une région divisée en 1975 en deux départements : la Corse-du-Sud (128 634 hab. ; ch.-l. Ajaccio ; S.-préf. Sartène) et la Haute-Corse (161 208 hab. ; ch.-l. Bastia ; S.-préf. Calvi et Corte).



La géographie

La montagne, qui n’est plus un refuge de populations menacées, n’appelle guère désormais qu’une économie sylvo-pastorale extensive. Pourtant, les conditions de vie ne sont pas aussi rebutantes que dans d’autres îles méditerranéennes. Les schistes de la partie septentrionale, mis en relief à une date récente par des mouvements alpins tardifs, et les roches cristallines du socle hercynien, qui s’étend largement du sud de l’île au Niolo et à la Balagne, ont libéré les uns des éboulis et des sols parfois épais, les autres des arènes qui ne sont pas rebelles à la culture. La Corse, d’ailleurs, contraste avec les autres îles de la Méditerranée occidentale par la vitalité de la couverture végétale : forêts mixtes ou de résineux — que domine l’imposant pin Laricio — et maquis, issus d’une évolution suscitée par l’homme, qui atteignent parfois une densité exceptionnelle. L’eau, en effet, ne manque pas. Bien que la sécheresse règne de mai à septembre et qu’elle sévisse partiellement en hiver, les chutes de pluie et de neige, limitées à de courtes périodes, sont assez abondantes pour entretenir l’écoulement de nombreuses sources et des principaux cours d’eau en plein été. L’irrigation et l’arrosage sont donc possibles ; des pâturages de montagne accueillent les troupeaux transhumants dans les plus hauts massifs du centre de l’île.

Mais la roche est fréquemment à nu, et la raideur des pentes s’oppose souvent à l’exploitation agricole, d’autant plus que l’entretien des terrasses, édifiées du Moyen Âge au début du xxe s., est impossible lorsque la main d’œuvre devient rare. De vastes espaces, comme les massifs de rhyolites permiennes des confins de la Balagne et du Niolo, épanchées le long de grandes fractures E.-N.-E. - O.-S.-O. (point culminant de la Corse au monte Cinto : 2 710 m), sont dépourvus de sols et déserts. Aussi l’occupation et l’exploitation de l’île ont-elles toujours été discontinues. À ces entraves s’ajoute le déséquilibre du milieu naturel, provoqué par la déforestation, le surpâturage et les incendies, qui, malgré la réduction des espaces fréquentés par les bergers et leurs troupeaux, s’aggravent à l’époque contemporaine par suite de la multiplication des causes de sinistre.

Les montagnes avaient été susceptibles d’accueillir de fortes densités de population lorsqu’elles étaient aménagées avec soin ; la polyculture intensive, associant à des niveaux différents le blé, la vigne, l’olivier et le châtaignier, concentrée sur des finages de faible superficie au milieu de vastes espaces incultes abandonnés au petit bétail, assurait l’existence des villages, perchés à mi-versant, à l’écart de vallées accidentées et parfois insalubres.

Ce dispositif agraire, réalisé au prix d’efforts considérables, n’était plus viable lorsque les transports maritimes assurèrent des relations régulières et un approvisionnement à meilleur compte, et lorsque s’offrirent des perspectives d’emploi sur le continent et outre-mer. L’émigration diminua de moitié la population de l’île en trois quarts de siècle et transforma souvent les villages en refuges de rentiers, retirés dans l’île après une carrière lointaine. L’économie insulaire vécut dans le marasme ; l’élevage ovin, la fabrication des fromages expédiés à Roquefort pour l’affinage, l’exploitation du bois et la distillerie ont été pendant longtemps les seules entreprises rentables et durables. Les mines d’amiante de Canari et les usines d’extraits tannants ont été des industries à éclipses.