Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

alcoolisme (suite)

Effets des boissons alcoolisées

Elles provoquent, lorsqu’elles sont prises en trop grande quantité, d’une part des manifestations qui surviennent immédiatement après leur absorption, réalisant l’alcoolisme aigu, et d’autre part des troubles qui n’apparaissent qu’après une trop forte consommation journalière prolongée pendant des mois ou des années, et qui constituent les symptômes de l’alcoolisme chronique.


Effets immédiats et alcoolisme aigu

Des épreuves psychotechniques et sensorielles montrent que, déjà pour des taux d’alcool par litre de sang compris entre 0,30 et 0,50 g, existent un allongement des temps de réaction et un rétrécissement du champ de la vision périphérique. L’état d’ébriété s’accompagnant d’une excitation intellectuelle, d’une impression de facilité et de sécurité est constant dès que l’alcoolémie atteint 1 g par litre environ. À partir de 2 g d’alcool par litre de sang, l’ivresse est caractérisée. Elle se manifeste par une incoordination musculaire, une démarche titubante, une incohérence verbale, des vomissements, de la diplopie (vue double). Elle est dite « clastique » lorsque le sujet, comme pris d’une véritable fureur, veut tout casser autour de lui. Pour les alcoolémies comprises entre 3 et 5 g par litre, l’ivresse est profonde. À partir du taux de 5 g, le coma peut s’installer et parfois conduire à la mort. Il convient enfin de signaler la possibilité d’un coma hypoglycémique, qui se déclare parfois après l’ivresse chez les alcooliques chroniques, dont la charge du foie en glycogène est diminuée.


Alcoolisme chronique

Ses manifestations surviennent après une période de latence plus ou moins longue lorsque la quantité journalière de boisson alcoolisée absorbée fournit à l’organisme une quantité d’alcool supérieure à un centimètre cube par kilogramme de poids et par vingt-quatre heures. Au début de l’intoxication, il n’y a pas de dépendance du sujet à l’égard de son toxique, puis petit à petit celle-ci s’installe et la prise d’une boisson alcoolisée, dès que le taux d’alcool sanguin s’abaisse suffisamment, devient alors une nécessité tant psychique que physique. À côté de cette forme d’alcoolisme chronique, qui est la plus fréquente, il convient également de mentionner la dipsomanie, toxicomanie au cours de laquelle le sujet ne peut s’arrêter avant l’ivresse.

Les symptômes de l’alcoolisme chronique sont les suivants :
— altération de la personnalité : le sujet se désintéresse de son travail, devient jaloux, irritable, violent, perd progressivement le sens des valeurs morales ;
— détérioration mentale : elle se manifeste par un affaiblissement intellectuel plus ou moins accentué, se traduisant par des troubles de la mémoire (oubli à mesure), des fausses reconnaissances, des faux souvenirs, par une baisse de jugement, par une désorientation plus ou moins marquée dans le temps et l’espace ;
— troubles fonctionnels : les crampes musculaires nocturnes et les pituites matinales sont fréquentes. Parfois la digestion est pénible et il existe des brûlures gastriques. L’appétit s’amenuise et un amaigrissement important peut se produire ;
— signes physiques évocateurs et facilement décelables : le teint est souvent congestif, les conjonctives sont injectées, rouges ou jaunâtres, le nez et les pommettes sont parsemés de varicosités. Il existe un tremblement caractéristique, qui est plus intense lorsque le sujet est à jeun d’alcool et qui siège aux doigts (on le met facilement en évidence pur l’attitude du serment), à la langue, aux commissures de la bouche.

Certains tests permettent d’apprécier le degré de l’atteinte alcoolique. Parmi les plus couramment utilisés, citons : le pointage de Lahy, qui consiste à faire pointer en un temps déterminé des petits cercles défilant devant une fenêtre ; le test de Ricossay, dans lequel il s’agit de faire suivre à un pointeau, commandé par deux manivelles (une pour la main droite pour les mouvements antéropostérieurs, une pour la main gauche pour les mouvements latéraux), une ligne ayant la forme d’un 2 ; le test myokinétique de Mira y López, dans lequel on demande au sujet de repasser au crayon sur des figures dessinées sur un papier, d’abord en regardant ce qu’il fait, puis ensuite après interposition d’un écran opaque ; le test de Wechsler-Bellevue, qui est un test d’intelligence verbale et non verbale.


Traitement

Il doit, pour augmenter le pourcentage de guérison et éviter des séquelles définitives, être entrepris aussi précocement que possible. Pour atteindre cet objectif, un dépistage des alcooliques devrait, comme pour la tuberculose, être systématiquement effectué. Au stade initial, une simple information sur les conséquences possibles de l’alcoolisme chronique et de sages conseils de modération peuvent être suffisants pour enrayer la toxicomanie débutante. Plus tard, l’hospitalisation devient nécessaire. Après le sevrage, qui parfois est délicat, une cure de dégoût est alors instituée. Elle consiste en la création, chez le malade, d’un réflexe conditionné entraînant chez lui une répulsion pour la boisson favorite. On utilise à cet effet soit l’apomorphine, soit le disulfirame. L’apomorphine permet de déclencher chez le patient des vomissements en lui faisant absorber, immédiatement après son administration, le liquide alcoolisé préféré ; le disulfirame provoque chez le malade soumis à son action une réaction caractéristique (tachycardie, rougeur et chaleur du visage, baisse de la tension artérielle), qui apparaît rapidement après la plus petite prise d’alcool. Un traitement psychologique (psychothérapie de groupe, psychodrame), effectué dans des établissements spécialisés, consolide souvent les résultats obtenus par la cure de dégoût. Le disulfirame est alors ensuite souvent prescrit pendant une longue période comme médicament de soutien. Le malade soumis à son action sait en effet qu’il ne peut absorber aucune boisson alcoolisée, et il est plus aisé de prendre un comprimé tous les matins que de résister une journée entière à la tentation.

Les rechutes sont malheureusement fréquentes et les malades doivent être médicalement suivis pendant plusieurs années.

Des associations d’anciens buveurs (Croix bleue, Croix d’or, Alcooliques anonymes, Vie libre, Ordre international des bons templiers, la Santé de la famille des chemins de fer français) se sont créées, qui apportent à leurs adhérents une aide efficace.