Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Corée (suite)

La région orientale forme, à la différence des rivages sud-coréens de la mer du Japon, un ruban de plaines fertiles et riches grâce à l’abondance des ressources minières et énergétiques de leur arrière-pays. Une voie ferrée en relie, depuis l’embouchure du Tu-man au nord jusqu’à Wŏn-san au sud, les différents secteurs. L’or, le fer sur le haut Tu-man, à Mu-san et à Čing-čin (ou Chingjin), le lignite d’A-o-či (ou Aoji), l’hydro-électricité (centrales de Pu-č’ŏn et de Čang-čin [ou Changjin] : 300 MW chacune) ont permis en effet l’essor de plusieurs centres industriels, qui sont du nord au sud : le complexe métallurgique sis sur le fer de Mu-san et le lignite d’A-o-či (à Na-čin et Kin-čin) ; Sŏng-čin, grand centre d’industries chimiques (hydro-électricité) et alimentaires ; Heung-nam, le plus brillant de ces foyers avec Wŏn-san, situés chacun à une extrémité de la plaine de Wŏn-san. Wŏn-san est un grand port marchand et militaire de création japonaise et la capitale de tout le littoral. C’est aussi le centre du secteur agricole le plus prospère de l’Est : la riziculture y a connu un essor exceptionnel et suffit semble-t-il à alimenter toutes ces agglomérations industrielles, de même que le soja, la pomme de terre, l’orge et le millet. Une active pêche maritime anime ces rivages.

La région occidentale constitue le cœur de la nation nord-coréenne, largement ouverte sur la mer Jaune, foyer historique ancien et siège de nombreuses capitales, dont P’yŏng-yang (2 millions d’habitants), la métropole actuelle du pays. Elle forme, depuis l’embouchure du Ya-lu jusqu’au bassin du Tä-dong (ou Taedong), un complexe de plaines et de vallées évasées, séparées de massifs de collines basses. Les Japonais y avaient créé une agriculture riche et diversifiée et mis en valeur les forêts de l’arrière-pays, qui continuent d’alimenter un gros trafic de bois.

C’est toutefois l’industrie qui constitue l’essentiel de son activité. Elle s’amorce au nord à Sin-eui-ču (ou Sinui-ju), sur le pont international du Ya-lu, grâce aux immenses centrales créées à l’amont sur le fleuve par l’occupant (Su-p’ung) [industries chimiques]. La plaine de P’yŏng-yang proprement dite comprend trois alvéoles majeurs : autour de la capitale elle-même, la houille cokéfiable de Mandchourie permet de traiter le fer de Kyŏm-i-p’o ; du lignite et de l’anthracite sont extraits en abondance à proximité. À cinquante kilomètres de là, le port de Čin-nam-p’o (ou Chinnampo) a des raffineries de cuivre et d’or, et les marais salants y entretiennent une grosse industrie chimique. Le port de Hä-ču (ou Haeju) au sud constitue un troisième foyer d’activités : on y traite le cuivre de la région grâce à l’électricité produite sur le lignite local. Cette plaine de P’yŏng-yang constitue au total la plus grande région manufacturière de toute la péninsule.


Échanges et niveau de vie

Les échanges nord-coréens se font essentiellement avec les deux pays socialistes voisins (la moitié du total environ avec la seule U. R. S. S.). Un protocole de décembre 1968 prévoit la vente à l’U. R. S. S. de machines-outils, de moteurs électriques et de métaux. Les échanges paraissent moins actifs avec la Chine. Loin au troisième rang, le Japon voit sa part augmenter d’année en année ; on lui vend notamment de la fonte.

Cet effort considérable se solde par une élévation continue du niveau de vie. Si les salaires paraissent faibles, le logement (les loyers sont infimes), la nourriture, la santé, le travail et l’éducation sont garantis à chacun par l’État. La part de celui-ci, plus importante dans la vie économique générale et la vie privée qu’en U. R. S. S. ou en Chine, caractérise ce régime. La stabilité de ce dernier, symbolisée par la présence continue depuis un quart de siècle du président Kim Il-sŏng à la tête de l’État, paraît garantir la continuité de ce progrès.


L’économie et les paysages de la Corée du Sud

La république de Corée a sur sa voisine septentrionale des avantages notoires : des plaines plus étendues, un climat plus clément (permettant notamment une double récolte annuelle) et surtout une population double. Par contre, son sous-sol recèle peu de richesses, et ses forêts sont dévastées. La guerre a, ici aussi, opéré de grands ravages : 85 p. 100 des installations industrielles en partie démontées par les armées nordiques. En 1953, la production égalait en valeur le tiers environ de celle de 1945. Une aide américaine considérable en experts et en capitaux permit de remonter ce handicap. Elle culmina en 1957 pour se réduire rapidement après 1960. Quasi inexistante aujourd’hui, elle a été remplacée par des emprunts, que la situation prospère de l’économie permet de rembourser régulièrement. De 4,5 millions de dollars en 1962, ils ont atteint 220 millions en 1968.

Deux plans quinquennaux (1962-1966 et 1967-1971) ont ordonné ce redressement, qu’un accroissement annuel moyen de 7 à 8 p. 100 du produit national brut caractérise depuis 1960. Le gouvernement s’efforce de développer l’initiative individuelle et surtout étrangère en offrant de larges facilités aux investisseurs. À la différence du Nord cependant, l’industrie demeure encore largement subordonnée à l’agriculture, et les problèmes que pose celle-ci sont les plus importants.


Les productions

Une redistribution partielle du sol a permis de relever le niveau d’exploitation de 600 000 familles rurales ; un gros effort de modernisation est fait, et de grands chantiers d’irrigation ont été ouverts. Le riz est la principale production (6 Mt), satisfaisant la consommation du pays ; viennent ensuite l’orge (2 Mt) et le soja. Plus récemment, les cultures fruitières (200 000 t de pommes), de tabac, de plantes textiles (chanvre et coton) et le développement de la sériciculture ont bien diversifié ce tableau. L’élevage est très actif pour un pays extrême-oriental ; il est fondé sur les bovins (1,2 M), les porcs (1,4 M) et les volailles.