Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Corée (suite)

À l’ouest au contraire, trois grands ensembles de régions basses s’ouvrent largement sur la mer Jaune : les plaines de P’yŏng-yang, de Séoul et de la Keum (ces deux dernières en Corée du Sud) ; ce sont des dédales de dépressions encombrées de reliefs mineurs et dont la côte se découpe à l’infini en dépit d’une active régularisation. Il en va de même au sud, où le cours méridien du Nak-tong ouvre un couloir de plaines jusqu’à cent cinquante kilomètres à l’intérieur des terres.

Le climat est fortement continental tout en obéissant au régime des moussons. La masse du continent asiatique en domine tout le mécanisme, génératrice de vents froids et secs en hiver, aspirant au contraire en été l’air humide et tiède des régions méridionales. L’hiver est lumineux et sec, glacial dans le Nord ; la moyenne de janvier, de – 21 °C sur le haut Ya-lu, est encore de – 4,5 °C à Séoul (à la latitude de Palerme) et de 2 °C à Pu-san, en face de l’île japonaise de Kyūshū. Les vents dominants (nord-ouest) peuvent amener de la neige dans le Nord, mais donnent le plus souvent un ciel dégagé. À partir d’avril, le printemps gagne peu à peu vers le nord, et un air chaud et humide balaie dès le début de juin toute la péninsule. C’est la saison des pluies, tour à tour cycloniques, de convection et, vers l’automne, accompagnant les typhons. L’écart thermique n’est plus alors que de 4 °C entre les deux extrémités de la Corée (22 °C et 26 °C en juillet), et c’est l’inégalité des précipitations qui les distingue, le Nord, abrité des vents marins par ses hautes montagnes, ne recevant plus d’un mètre d’eau qu’au nord de P’yŏng-yang, contre 1 300 à 1 500 mm pour le Sud.

Les sols sont peu évolués, qu’ils soient intrazonaux (basaltiques), azonaux (alluvions) ou même zonaux (podzols rouges du Sud, sols gris-brun du Nord), et conservent jusqu’à l’aval un calibre élevé. Le régime des cours d’eau demeure en effet très saccadé, et l’érosion vorace dans toute la péninsule. Le fleuve le plus long, le Ya-lu (785 km), a aussi le bassin le plus vaste (61 813 km2) ; la Han, qui arrose Séoul, a 467 km pour un bassin de 34 000 km2, tandis que le Nak-tong, plus long (521 km) mais traversant une région plus massive, n’a qu’un bassin de 23 682 km2. Tous ont de hautes eaux d’été et d’automne et rompent alors fréquemment leurs digues.

Les paysages végétaux varient fortement du nord au sud, les hauteurs massives aux longs hivers de la région septentrionale ont de vastes peuplements de conifères et quelques feuillus à l’ouest, tandis que le Sud montre maintes espèces pénétropicales : magnolias, camélias, bambous (le thé s’avance toutefois moins au nord qu’au Japon). La dépression tectonique Séoul - Wŏn-san, qui recoupe la frontière actuelle entre les deux Corées, limite à peu près deux grandes régions naturelles entre lesquelles se différencient nettement ces traits du relief, du climat, des sols et des paysages végétaux.


Les conditions traditionnelles de la mise en valeur

Apparenté au Mandchou, plus généralement aux peuples de Chine du Nord et de Sibérie, le Coréen se distingue du Chinois par sa taille, moins élevée. Il accuse plus nettement le type mongoloïde aux pommettes relevées et aux yeux en amande. Sa langue, apparentée comme le japonais aux langues altaïques, s’écrit à l’aide des caractères chinois ; depuis le xve s., un alphabet phonétique est venu les compléter et tend à assurer de plus en plus, au Nord comme au Sud. la totalité de l’expression écrite. La langue officielle est le dialecte de Séoul.

C’est depuis l’occupation japonaise (1905) que la population, jusque-là stagnante, s’est mise à augmenter. Ce mouvement s’est poursuivi depuis la guerre, faisant progresser l’effectif total de 25 millions en 1945 à 45 aujourd’hui. Les trois grandes plaines qui s’ouvrent à l’ouest ont les plus fortes densités (500 à 600), le bloc de terres froides du Nord, les plus faibles (moins de 60 localement). Le partage du pays a conféré au Sud un avantage démographique considérable.

Son isolement péninsulaire et ses montagnes n’ont jamais empêché la Corée d’être la proie de ses voisins, chinois d’abord, japonais ensuite, tout en permettant le développement d’une histoire nationale haute en couleur et d’une civilisation raffinée d’origine essentiellement chinoise mais où se sont fondus les apports originels de la vieille civilisation des forestiers altaïques. À partir de 1905, le Japon a pris entièrement en main le destin de la péninsule, et les deux États qui se la partagent aujourd’hui doivent à quarante années de sujétion l’essentiel de leur infrastructure économique.

C’est surtout par le confucianisme, dont l’influence fut sans doute ici la plus forte en Extrême-Orient, que se marque l’apport chinois. La structure de la famille, strictement hiérarchisée selon le sexe et l’âge, les rapports qui unissent entre elles les familles au sein de la communauté villageoise et les différentes classes socio-économiques de l’ancienne société (que dominait celle des hauts fonctionnaires, grands propriétaires) étaient réglés selon ses principes.

Les villes traditionnelles, souvent de plan quadrillé à la chinoise, inscrivent dans la campagne leurs rectangles de maisons basses couvertes de tuiles, que cantonnaient, à Séoul par exemple, des portes fortifiées aux points cardinaux. Sur ces paysages hérités des siècles, l’occupation japonaise allait poser l’empreinte de l’âge industriel.

La mise en valeur de la Corée par les Japonais (1905-1945) représente une des plus remarquables réalisations de l’ère coloniale, et les créations de cette époque fondent encore la prospérité des deux Corées. Effectuée au prix d’une mainmise totale sur le pays et d’une oppression très dure, elle s’attaqua voracement à toutes les richesses de la péninsule, notamment au riz et aux ressources minières, dont les Japonais avaient le plus grand besoin.

Les campagnes méridionales devinrent un des plus riches greniers à riz de l’Extrême-Orient grâce à une modernisation systématique de cette culture (irrigation, engrais, machines). Les ressources minérales, riches et variées surtout dans le Nord, furent rationnellement exploitées, de même que les sources d’énergie et en particulier l’hydro-électricité. Les forêts, ruinées par des siècles d’exploitation inconsidérée et de culture sur brûlis, furent reconstituées, et une pêche moderne se développa. Un réseau ferré couvrit tout le pays, et des organismes urbains d’allure moderne, Séoul notamment mais aussi les ports de Wŏn-san et de Pu-san, assurèrent la vie de relations.

Cependant, la pauvreté traditionnelle du paysan se maintint, si son niveau de vie s’« occidentalisa » (éclairage rural, vêtements de coton, outillage de fer). La grande propriété absentéiste se renforça et, notamment en 1919, de vifs soulèvements montrèrent le peu de faveur où était tenu par les colonisés le « grand frère » japonais.