Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

coopération (suite)

Si des efforts massifs d’assistance technique paraissent indispensables de la part des pays nantis, si, par ailleurs, la restructuration de l’économie mondiale s’avère un devoir urgent de leur part, c’est aussi sous forme d’une aide financière, permettant une importation de capital productif dans les nations pauvres, que se concevra pendant longtemps la coopération internationale. L’aide privée désintéressée et les investissements privés, mais surtout l’aide financière publique représenteront les formes spécifiques de cette assistance primordiale.


Aide privée et aide publique

L’aide privée — confessionnelle ou non — représente l’assistance des nationaux des pays développés en faveur des collectivités des pays en voie de développement. En France l’aide désintéressée représente environ 1 p. 100 de l’aide publique. Des organismes comme le Comité catholique contre la faim ou le Secours catholique collectent, en France, des fonds pour les acheminer vers les pays bénéficiaires ou, parfois, pour les employer eux-mêmes (Frères des hommes) en opérations, souvent remarquables, de développement sur le terrain. Au côté de cette aide, qui demeure irremplaçable et d’une valeur éducative inestimable, et des investissements privés effectués par des personnes physiques ou morales, ressortissants de pays développés, dans les nations en voie de développement, l’aide publique apparaît, sinon la plus efficace dans tous les cas, du moins de loin la plus importante en volume aujourd’hui.

Les aides publiques peuvent revêtir différentes formes. L’aide peut être « liée » (comme c’est le cas pour l’aide soviétique), les bénéficiaires de l’aide étant astreints à l’achat du matériel du pays qui accorde l’aide ; elle peut consister en dons ou en prêts à long terme (de 10 à 20 ans) ou à très long terme (50 ans), enfin être assortie de taux d’intérêt s’approchant de ceux qui sont pratiqués sur les marchés financiers, ou beaucoup plus faibles et même pratiquement nuls dans certains cas. L’assistance est le plus souvent bilatérale (accord particulier entre le pays donateur et le pays assisté) ou multilatérale (le pays donnant ou prêtant par le truchement de fonds [B. I. R. D., notamment]).

Quelque quinze pays, dont l’U. R. S. S. et la Chine, accordent une aide à une centaine de pays sous-développés. Les zones bénéficiaires de la coopération financière (et technique) internationale sont essentiellement l’Asie du Sud-Est (notamment l’Inde), l’Amérique du Sud (le Brésil, l’Amérique andine) et certaines régions de l’Afrique particulièrement déshéritées. En ce qui concerne la seule Amérique latine et pour le seul secteur industriel, le montant global des prêts accordés par l’ensemble des organismes financiers extérieurs atteignit 1 300 millions de dollars entre 1940 et 1963. Les prêts à long terme entre 1950 et 1963 auraient représenté 40 p. 100 de l’entrée des capitaux étrangers en Amérique latine. L’aide financière internationale émane principalement des pays de l’O. C. D. E. (Europe occidentale, plus Amérique du Nord et Japon). L’aide du Bloc soviétique a démarré au début des années 50. D’après les sources soviétiques officielles, le montant cumulé de cette aide de 1954 au début de 1967 se monterait à 4 milliards de roubles, soit 4,4 milliards de dollars, les sources américaines donnant d’ailleurs des chiffres sensiblement supérieurs. Cette aide ne comporte pas de dons et est essentiellement constituée par des prêts à 2,5 ou 4 p. 100 d’intérêt, remboursables en dix ou douze ans, l’Inde, la R. A. U., l’Afghānistān, l’Indonésie, l’Iran, la Syrie, le Brésil et l’Algérie en étant les principaux bénéficiaires. L’U. R. S. S. et la Chine sont les principaux pays prêteurs.

Quant aux « instruments » de la coopération financière internationale, ce sont les principales banques de développement mondiales, auxquelles il faut ajouter les grandes institutions internationales que sont l’O. N.U., l’O. M. S., l’O. I. T. ainsi que le Comité d’aide au développement (C. A. D.) de l’Organisation de coopération et de développement économique (O. C. D. E.). La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) est l’une des institutions chargées de promouvoir la coopération. Les États signataires ont posé comme objectifs la recherche de l’information, la coopération interne, l’assistance directe sur le terrain, enfin la recherche de crédits. La FAO tend à devenir une des institutions spécialisées de l’O. N. U. les plus dynamiques. De nombreux organes subsidiaires gravitent autour d’elle. L’Unesco réalise également une mission de coopération internationale — au sens large du terme au moins — dans la mesure où elle est attachée au rapprochement culturel et technique des peuples : l’aide au développement absorbe les deux tiers des ressources de l’institution.

En 1967, en France, on dépense chaque année davantage à jouer (P. M. U. [plus de 6 milliards de francs]) ou à fumer (5,2 milliards de francs) qu’à aider les pays en voie de développement (4,10 milliards officiellement, mais sans doute moitié moins réellement).


Les organismes prêteurs

Créée en décembre 1945, en même temps que le Fonds monétaire international, après les accords de Bretton Woods (juill. 1944), la B. I. R. D., plus connue sous le nom de Banque mondiale, accorde des prêts (intérêt de l’ordre de 7,25 p. 100) destinés à favoriser les investissements productifs. Elle se définit comme un instrument qui permet de diriger vers les pays économiquement moins avancés les capitaux des nations plus favorisées. Elle fut l’objet de critiques du tiers monde, qui lui reprocha la sévérité des critères qu’elle applique au choix des bénéficiaires. Elle a créé en 1960, pour les aides spécifiques aux pays les plus pauvres, une filiale, l’Association internationale de développement (A. I. D.), qui accorde des prêts à échéance de cinquante ans sans intérêt : l’Inde a été le premier bénéficiaire. En août 1968, les administrateurs de la Banque mondiale ont recommandé au conseil des gouverneurs de transférer, à titre de don, un montant de 75 millions de dollars à l’Association internationale de développement. La Banque mondiale a, notamment, en 1966, accordé un prêt important à la Banque nationale pour le développement économique du Maroc. Elle a accordé à l’Iran un prêt de 800 millions de dollars pour accélérer l’industrialisation du pays dans le cadre du quatrième plan quinquennal, mis à exécution depuis mars 1968. C’était, à cette date, le plus gros prêt jamais consenti par la Banque mondiale. L’A. I. D. avait, au 30 juin 1973, accordé 389 crédits pour un total de 5 milliards 763 millions de dollars.