Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

coopération (suite)

(Uzès 1847 - Paris 1932). Professeur d’économie politique aux facultés de droit de Bordeaux, de Montpellier et de Paris ainsi qu’au Collège de France (où il occupe de 1919 à 1930 une chaire de « coopération »), à l’École des ponts et chaussées et à l’École supérieure de guerre, initié aux réalités coopératives par Édouard de Boyve, il élabore la doctrine coopérative connue sous le nom d’école de Nîmes, qu’il présente ainsi au Congrès coopératif de 1889 : « Il faut un plan de campagne [...], il comprend trois étapes successives : 1o grouper entre elles les sociétés (coopératives) ; prélever sur leurs bénéfices la plus grosse part possible pour fonder de grands magasins de gros et opérer les achats sur une grande échelle ; 2o avec les capitaux ainsi constitués se mettre à l’œuvre pour produire directement tout ce qui est nécessaire aux besoins des sociétaires [...] ; 3o enfin, dans un avenir plus ou moins éloigné, acquérir des domaines, des fermes [...]. Pour tout résumer en trois mots : dans une première étape victorieuse, faire la conquête de l’industrie commerciale ; dans une seconde, faire la conquête de l’industrie manufacturière ; dans une troisième enfin, celle de l’industrie agricole. » C’est sans doute grâce à cette doctrine que la coopération française est parvenue, après mille difficultés, à réaliser son unité. Ch. Gide a notamment publié la Coopération (1900), l’Histoire des doctrines économiques (1909, en collaboration avec Charles Rist), les Sociétés coopératives de consommation (1910), les Institutions du progrès social (1921).


Robert Owen.

V. l’article.


Ernest Poisson

(1882 - Paris 1942). Premier cosecrétaire de la Fédération nationale des coopératives de consommation en 1912, il s’est attaché à populariser la « république coopérative » telle qu’elle pouvait paraître à la lumière de la pensée de Charles Gide. Il a publié la Coopération (1913), la Coopération nouvelle (1914), la République coopérative (1920), Démocratie et coopération (1932).


Albert Thomas

(Champigny-sur-Marne 1878 - Paris 1932). Professeur d’histoire, il fonde en 1904 la Revue syndicaliste et coopérative. Député socialiste (1910), sous-secrétaire d’État à la Guerre (1915), ministre de l’Armement (1916), il a été le premier directeur du Bureau international du travail (B. I. T.).


Eugène Varlin

(Claye-Souilly 1839 - Paris 1871). Membre de l’Association internationale des travailleurs, il cherche une meilleure organisation sociale à travers le développement des mutuelles, des syndicats et des coopératives de consommation. Ces dernières — dont il contribue à créer quelques unités en 1868, notamment la Marmite, restaurant coopératif, et la Ménagère, société civile d’alimentation qui ouvre des magasins dans plusieurs rues de Paris — lui paraissent indispensables « parce qu’elles procurent une sérieuse économie au travailleur et parce qu’elles doivent amener la suppression des intermédiaires parasites qui nous rançonnent sans relâche ». (V. également à l’article Commune.)

 J. Gaumont, Histoire générale de la coopération (Fédération nationale des coopératives de consommation, 1924). / G. Lasserre, Des obstacles au développement du mouvement coopératif (Sirey, 1927) ; la Coopération (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1959 ; 3e éd., 1967). / G. Hoog, la Coopération de production (P. U. F., 1942). / P. Lambert, la Doctrine coopérative (Les Propagateurs de la coopération, Bruxelles, 1960). / A. Antoni, la Coopération ouvrière de production (Confédération générale des sociétés coopératives ouvrières de production, 1964). / R. Montagne, la Coopération agricole (Imprimerie du Paysan du Midi, 1964). / The International Cooperative Alliance, 1895-1970 (Londres, 1971). / J. Poitevin, la Coopération agricole (Dalloz, 1971).

coopération

Politique de pays qui accordent une aide aux gouvernements ou aux ressortissants d’autres nations.


Le terme impliquerait normalement une réciprocité, mais, en fait, la « coopération », dans l’acception présente du terme au moins, signifie l’aide, technique, économique et financière surtout, des pays développés au profit de pays moins développés.


Nouveauté du problème

La coopération est devenue un problème politique et moral à l’échelon de la planète lorsque les moyens de communication et les techniques audio-visuelles ont laissé percevoir le caractère concret et souvent dramatique du sous-développement de certains pays, le problème de la faim n’étant qu’un des aspects de la question du sous-développement. L’aide apparaît, historiquement, comme un des correctifs de l’extraordinaire inégalité des revenus des nationaux du globe, le produit national brut par tète, en 1965, étant de 1 430 dollars dans la C. E. E., alors qu’il tombait à 128 dollars (11 fois moins) dans l’Asie du Sud-Est. La coopération internationale pouvait ne pas apparaître comme un devoir pour les pays développés tant que ces différences de développement économique demeuraient relativement mineures ou inconnues : or, le sous-développement apparaît — partiellement au moins — comme un sous-produit du « développement », l’explosion démographique du xxe s. intensifiant encore le phénomène et l’écart s’accroissant entre les deux types d’économie.

Les causes du sous-développement de certaines contrées étant essentiellement climatiques, mais également religieuses et culturelles, c’est avant tout à l’analphabétisme et au manque de connaissances techniques indispensables que doit s’attaquer toute politique de coopération, notamment par la forme dite de l’« assistance technique ». Une éducation de base s’impose pour pallier l’ignorance et combler le fossé qui s’accroît de jour en jour entre le niveau de connaissance du monde « développé » et celui du monde « sous-développé ». Par ailleurs, une autre cause de sous-développement résidant dans le déséquilibre chronique des échanges commerciaux entre nations sous-développées et développées (déséquilibre révélé, notamment, par F. Perroux, dès 1952), celles-ci achetant à celles-là des produits bruts et leur cédant des produits hautement élaborés, particulièrement coûteux pour ces nations pauvres, une restructuration des marchés de la communauté mondiale apparaît comme l’effort de base de toute coopération des nations riches au profit des pays en voie de développement. En ce sens, le « syndicat des pauvres », comme on a pu définir le « Groupe des 77 » — qui rassemble tous les pays membres de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (C. N. U. C. E. D., créée en 1964) —, s’est donné pour tâche de lutter contre la paupérisation croissante du tiers monde. Le groupe réclame que les marchés mondiaux soient, au. moins en partie, réservés aux produits des pays en voie de développement, même si ceux-ci doivent concurrencer les produits des nations riches. Il demande la transformation de la Banque mondiale, qui devrait, réclame-t-il, prêter pour cinquante ans à très faible intérêt (0,75 p. 100) et non pas dans les conditions où elle effectue en fait ses interventions. Cette remarque met l’accent sur un des points centraux de toute politique de coopération, sur lequel il faut insister.