Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Convention nationale (suite)

À l’encontre des historiens Alphonse Aulard ou Albert Mathiez, qui reprirent parfois à leur compte les accusations des Montagnards, Georges Lefebvre invite à ne pas présenter Girondins et Montagnards comme deux blocs opposés. Les Girondins veulent réduire Paris à un quatre-vingt-troisième d’influence et sont acquis en partie à un fédéralisme que ne rejettent pas tous les Montagnards. Leur irréligion est grande, mais, chez les Montagnards, les « déchristianisateurs » se mêlent aux déistes, tel Robespierre. La ligne de partage n’est pas là : elle se révèle peu à peu au contact des réalités que la guerre façonne. Les Girondins ont voulu cette guerre, mais ont pris peur de la radicalisation produite par l’irruption des masses populaires mobilisées. Apeurés, ils se sont, dès avant le 10-Août, rapprochés du roi et se sont faits les défenseurs d’un ordre social qui reste dur aux pauvres et exclut les indigents. Pour gagner la guerre, il faut que la patrie soit celle de tous les Français que l’on appelle aux armes, que la taxation, la réquisition et le maximum viennent garantir aux femmes des combattants le pain de la famille.

La Montagne, au contraire de la Gironde, se rallie aux mesures d’exception qui sont nécessaires, dans l’instant, à la sauvegarde de la nation. Depuis le procès du roi, l’Europe coalisée veut abattre la Révolution niveleuse et conquérante ; il faut donc vaincre ou mourir.

Le procès du roi retarde l’affrontement véritable. Il va s’ouvrir dans un climat d’agitation populaire, car, après s’être débarrassés de la Commune et avoir rejeté Danton, les Girondins, avec Jean-Marie Roland de La Platière au Conseil exécutif, s’opposent à toute intervention économique. Causée par l’inflation, la hausse des prix n’est pas jugulée, et une fermentation sourde augmente de jour en jour, « préparant, prétend Roland, de nouveaux excès [...], le massacre de Louis XVI et de sa famille, celui des députés de la Convention et des hommes publics, dont le caractère embarrasse davantage la marche des scélérats ».

Le procès du roi est-il légal ? À la conception des légalistes, qui soutiennent que l’on ne peut juger un roi constitutionnellement irresponsable, s’oppose encore la conception populaire de la souveraineté. Pour les sans-culottes, le peuple a repris par l’insurrection — droit imprescriptible inscrit dans la Déclaration — toute la souveraineté à un roi qui le trahissait. Déléguant cette souveraineté à une assemblée, le peuple lui confère tous les pouvoirs, y compris « celui de juger le roi et de prononcer sur son sort, sans référence à une constitution annulée par l’insurrection même » (Albert Soboul). « Le roi doit être puni ou la République française est une chimère », dira Robespierre.

Mais les Français sont peu nombreux à adhérer aux idées du porte-parole de la sans-culotterie. L’opinion publique partage la modération des Girondins. Modération intéressée ; le procès et la mort du roi, c’est la guerre généralisée et les exigences populaires encore plus fortes. Cependant, les Girondins, désireux d’arrêter la Révolution « à son stade bourgeois », ne sauront pas entraîner les députés de la Plaine et quelques-uns de ceux de la Montagne enclins à la clémence. La logique de Robespierre l’emportera : gracier Louis XVI, c’est injurier la mémoire des victimes du 10-Août, reconnaître leur action comme contraire à la nation, agir pour la contre-révolution. « Vous n’avez pas une sentence à rendre pour ou contre un homme, mais une mesure de salut public à prendre, un acte de providence nationale à exercer. » « L’exécution de Louis XVI, le 21 janvier 1793, conduisait à l’extérieur à la guerre à outrance contre les rois coalisés, à l’intérieur à la nécessaire alliance avec le peuple qui mettrait en péril la prépondérance sociale de la bourgeoisie [...]. Par-delà le roi guillotiné, se profilait la République populaire de l’an II » (A. Soboul).


De la mort du roi à la chute de la Gironde

Dans la première coalition, si le premier rôle est tenu par l’Angleterre, c’est que le marchand britannique s’inquiète de l’extension d’une grande nation qui, déjà à Anvers, risque de lui ravir le marché européen (le blocus que pratiquera Napoléon a ses germes dans les mesures prises en 1793), mais c’est aussi par crainte d’un soulèvement des Irlandais, assurés, depuis le décret français du 19 novembre 1792, de recevoir « fraternité et secours comme à tous les peuples qui voudront recouvrer leur liberté ». L’Angleterre, entraînant la Hollande, rejoint donc la Prusse et l’Autriche dans la guerre ; mais bientôt l’Espagne, le Portugal, la Sardaigne, le royaume de Naples, les États allemands et la Russie la déclarent à une France désormais assiégée de toutes parts et trahie à l’intérieur.

La Convention ordonne une levée nouvelle de 300 000 hommes pour renforcer une armée que les volontaires, leur campagne accomplie, abandonnent. Les contre-révolutionnaires en profitent pour exploiter une révolte qui, en Vendée, se déclare d’abord aux cris de « la paix, la paix, pas de tirement » (10 mars 1793).

Il y a, dans ces pays de bocage de l’Ouest, des communautés qui, vivant repliées sur elles-mêmes, voient le monde limité par la dernière haie de la paroisse. L’abandonner, c’est non seulement enlever aux parents des bras nécessaires à la culture, c’est aussi se retrancher déjà de la société des vivants. On récitera encore sous l’Empire le De profundis au départ des conscrits. Mais le refus de servir à l’armée n’est que la cause immédiate d’une révolte qui chemine depuis 1790.

Les explications de cette insurrection viennent dès l’événement, et notamment des milieux royalistes. Les plus fréquentes se ramènent à un complot ourdi ou bien par les nobles ou bien par les prêtres réfractaires. La troisième thèse décrit la révolte comme un mouvement spontané des paysans pour défendre Dieu et le roi. Elle a le mérite de donner à l’insurrection sa dimension sociale.