Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

construction navale (suite)

Sur la quille et à l’avant s’articule une pièce formant un angle obtus avec elle, l’étrave. Rectiligne en Angleterre, convexe en France, concave-convexe en Hollande, elle s’élève jusqu’au mât de beaupré, qui déborde sur l’avant du navire. L’origine du beaupré est fixée sur un pont à l’intérieur. Sous le mât de beaupré, entre son point d’entrée dans la coque et l’étrave, se trouve la poulaine. Entre la poulaine et le gaillard (partie avant du pont supérieur), la coque est fermée sur son avant par la muraille de coltis, dont l’étanchéité est particulièrement soignée. Cette muraille, très haute au xviie s., diminue au xviiie pour disparaître au xixe au fur et à mesure que le beaupré et l’étrave s’élèvent à hauteur du gaillard. À l’arrière, perpendiculaire à la quille, se trouve l’étambot, pièce de bois sur laquelle s’articule le gouvernail. Il est muni de deux axes, ou aiguillots, qui s’encastrent librement dans deux gonds, ou femelots, dans lesquels ils peuvent pivoter, permettant au safran du gouvernail de former un plan dièdre avec le plan de symétrie vertical de la coque à mi-hauteur de l’étambot. Deux branches latérales forment l’arcasse. C’est là que naissent les formes des hanches et de l’arrière du navire. Le tableau arrière, en forme de fer à cheval ou d’arceau, comporte en général trois balcons superposés sur les navires de guerre. Il s’élève jusqu’à la dunette, où se trouve la manuelle ou la roue servant à manœuvrer le gouvernail. Ici, la construction fait appel à l’art : le fer à cheval et, sur les côtés, les bouteilles s’ornent généralement de sculptures dessinées et réalisées par les maîtres sculpteurs, dont Jean Bérain (1639-1711) et la dynastie des Caffieri demeurent les plus célèbres. Aux xviie et xviiie s., l’arrière du vaisseau de guerre est un abrégé de l’art décoratif d’une époque et d’une civilisation. On va jusqu’à négliger la nécessité militaire de renforcer cette partie du navire, d’autant plus exposée aux coups qu’elle est réservée aux appartements et qu’elle est dépourvue d’artillerie.


Du chantier à l’arsenal

À l’origine, les chantiers de constructions navales sont purement artisanaux et dispersés à proximité des forêts. À mesure que le tonnage des bâtiments augmente, s’effectue une certaine concentration. L’emplacement choisi, généralement à l’embouchure d’un fleuve, peut recevoir les bois par flottage. Ainsi il en est de Lisbonne au xve s., de Chatham au xvie s., de Brest au xviie s. Un acte du pouvoir souverain les érige ensuite en arsenaux, qui groupent alors de puissants moyens. Autour des cales de construction s’établissent les ateliers annexes : forges, charpentage, corderie, etc. Cet ensemble à direction unique voit s’instaurer une certaine rationalisation du travail. En France est fondée en 1765 l’École des ingénieurs constructeurs, ancêtre de l’École du génie maritime. Les ingénieurs, sous l’autorité de l’intendant et du commissaire, dirigent en fait les arsenaux. À la même époque apparaissent les premiers plans-épures, exécutés scientifiquement avec beaucoup de soin et codifiant des règles connues par empirisme. Entre 1760 et 1815, les bâtiments de guerre seront construits sur les modèles de ceux de Groignard ou de Sané ; il s’ensuit une standardisation qui n’existait pas auparavant, et l’on peut désormais parler de construction en série. Les vaisseaux de guerre sont de 64, 74, 80 et 100 canons. Les derniers dépassent 2 000 tonneaux. Les navires de commerce suivent cette évolution avec retard.

Les arsenaux exercent en outre la fonction de réparation ou de radoub des vaisseaux. Ils disposent de cales sèches où les bâtiments entrent à flot ; l’eau vidée par des pompes, le bâtiment est échoué sur une ligne de tins, bois durs imperméables à l’eau ; les salissures de carène sont alors grattées, et la partie inférieure à la flottaison est repeinte à la céruse, peinture au plomb, substance vénéneuse qui empêche les tarets de se multiplier. Les fonds de bâtiments sont asséchés, passés au brai ou au goudron et souvent désinfectés au vinaigre. On remplace les bois abîmés ou éclatés à la suite d’un combat ; on vérifie les pompes et les apparaux de mouillage. Progressivement apparaîtra l’état de besoin, ou liste des réparations à faire, qui doit être approuvé après entente entre le commandant et l’arsenal. Le nettoyage de la carène deviendra plus facile à la fin du xviiie s., quand sera mis au point le doublage en cuivre des parties immergées du navire. De plus, les bordés de carène ainsi protégés n’auront plus rien à craindre des tarets. Le montage accéléré par éléments préfabriqués a été pratiqué à titre expérimental sous Louis XIV. On a ainsi construit une frégate en une journée.

Les mâts et le gréement

Un mât comprend trois parties : le bas-mât, qui supporte le mât de hune et le mât de perroquet, monté sur ce dernier. Chacun d’entre eux porte une vergue. Le bas-mât est fait d’un assemblage d’une dizaine d’éléments : son diamètre est de l’ordre de 3 pieds (près de 1 m). Sa base est encastrée dans l’emplanture au-dessus de la quille. Au sommet du bas-mât est fixée la grand-hune, plancher dans lequel est pratiquée une ouverture prévue pour le passage du mât de hune et du mât de perroquet, qui peuvent ainsi être descendus sur le pont. Le cordage qui permet d’exécuter cette manœuvre s’appelle la guinderesse. Quand la coque est terminée, les mâts sont mis en place grâce à la machine à mater. Le maître mâteur calcule d’une façon empirique la hauteur des mâts du vaisseau. Il faut attendre la fin du xviiie s. pour qu’une certaine standardisation s’établisse.

Le bas-mât est tenu sur les côtés par les haubans, qui sont des étais fixés faits de cordages de chanvre, d’une grande solidité et qui sont raidis entre la tête du mât et des pièces de bois situées en abord de la coque à la hauteur du pont. Le mât de hune est tenu à son tour par des étais raidis entre sa tête et les bords de la hune. La partie supérieure du bas-mât et la partie inférieure du mât de hune se trouvent juxtaposées. On appelle ces parties en contact les tons.