Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

construction (suite)

Le Moyen Âge

La technique romaine, perfectionnée encore par les Byzantins au contact de la tradition sassanide et perse, va dominer le monde méditerranéen et le monde oriental plus de mille ans durant. En Occident, les ruines subsistaient, nombreuses, et les techniques n’étaient pas entièrement perdues ; au haut Moyen Âge, le principe du blocage pour les murs et les voûtes va seulement s’associer à des parements en pierre d’appareil. Si le morcellement féodal n’est pas favorable à l’essor de solutions industrielles, il permet l’inventaire des ressources locales. On ne se contente plus d’exploitations à ciel ouvert, on perce des galeries ; on expédie la pierre si possible par voie d’eau, le plus souvent par terre. Pour rendre moins difficile ce transport, on tend à préparer en carrière des éléments de taille réduite, préfabriqués pourrait-on dire. Chaque région est alors un champ d’expériences étroitement lié aux conditions géologiques, comme en témoignent les églises « à files de coupoles » d’Aquitaine, ou la recherche de solutions économiques pour les cintrages, nécessités par la lenteur de prise des mortiers. Tout cela, dans un contexte social particulièrement propice, aboutit à la solution gothique. À l’opposé des coques massives, statiques, des Romains, on en vient à distinguer une ossature et un remplissage, un peu à la façon d’une charpenterie. Pour la mise en œuvre, on évite au maximum les échafaudages, la croisée d’ogives n’étant, au départ, qu’un artifice pour économiser les cintres.


Depuis la Renaissance

La Renaissance fait réapparaître la technique romaine en Italie, où la pratique de la brique et des placages, restée vivante, favorisait une dissociation de la structure et de l’aspect. Partout ailleurs, elle doit se plier aux exigences du matériau naturel, et l’on assiste au paradoxe de voir des solutions médiévales habillées à la romaine quand l’Italie baroque s’apprête à emprunter leurs méthodes de tracé aux appareilleurs gothiques. Pour une large part, cette ambiguïté est due à l’apparition d’un type nouveau de maître d’œuvre, et l’organisation du bâtiment va en être profondément affectée. Désormais, on attache moins d’importance à l’économie des moyens ; en ce sens, il y a perte de technique, dénoncée par certains au nom de la raison. Mais, en réalité, la recherche évolue, s’étend à tous les domaines, établit l’infrastructure de la grande mutation du xixe s. C’est la réalisation de remarquables travaux d’art, ponts, routes et canaux ; mais c’est aussi, dans le domaine de l’habitation, le développement de la notion de confort grâce aux techniques de second œuvre.

Mais les carrières s’épuisent, ainsi que les forêts ; il faut alors trouver des matériaux nouveaux. Le néo-classicisme survient dans le temps d’une pénurie croissante, face à une demande accrue. C’est pour l’architecture comme pour le mobilier le règne du placage, du motif moulé. Sur une carcasse en charpenterie ou en moellons, le plâtre et le stuc, bientôt le staff, le papier et la fonte de fer vont fournir à bon compte le cadre stéréotypé de la bourgeoisie montante.

Les conséquences de la rupture entre la forme et son support vont être immenses. L’architecture, malgré les réticences de l’art officiel, va s’adapter aux fluctuations de la mode, à la diversité des clientèles, bref se faire éclectique. Apparence trompeuse : les matériaux industriels, les techniques nouvelles vont bientôt s’installer à l’abri de ce décor, le fer, puis le béton remplaçant le bois des ossatures. Qu’importe que la façade ou l’escalier soient encore, au début du xxe s., ce qu’ils étaient un siècle plus tôt, qu’ils répondent à un goût romantique, réaliste ou symboliste ; l’édifice, lui, est devenu un organisme chauffé, ventilé, éclairé, doté d’équipements divers qui allègent le travail humain.

Les concrétions romaines, les ossatures gothiques avaient apporté des solutions à la mesure de leur époque : jusqu’à un certain point, on devrait en dire autant du ciment armé pour la nôtre. Économique, durable, résistant au feu, se pliant à toutes les combinaisons de structures et de formes, il est normalement appelé à devenir l’élément majeur, « structurant », de la gamme des produits moulés (bois, céramique, verre, métaux, matières de synthèse) désormais à notre portée. Seule, jusqu’ici, une conception routinière, compartimentée de la construction en a retardé l’avènement.

H. P.

➙ Appareil / Architecture / Béton / Brique / Fer / Pierre / Préfabrication.

 P. Gallotti, l’Entrepreneur à travers les âges (Eyrolles, 1921). / M. Jacobson, Technique des travaux (Béranger, 1948-1955, 3 vol. ; 2e éd., 1962-63, 2 vol.). / H. Straub, Die Geschichte der Bauingenieurkunst (Bâle, 1949). / Soc. acad. Hütte, Des Ingenieurs Taschenbuch (Berlin, 1951-1955, 5 vol. ; trad. fr. Manuel de l’ingénieur, Béranger, 1960-1962, 2 vol.). / P. Du Colombier, les Chantiers des cathédrales (Picard, 1953). / J. Arrambide et M. Duriez, Agrégats, liants et bétons hydrauliques (Éd. du Moniteur des travaux publics, 1959) ; Nouveau Traité de matériaux de construction (Dunod, 1961-62 ; 3 vol.). / C. Siegel, Strukturformen der modernen Architektur (Munich, 1960 ; trad. fr. les Formes structurales de l’architecture moderne, Eyrolles, 1965). / N. Davey, A History of Building Materials (Londres, 1961). / B. Rudofsky, Architecture without Architects (New York, 1964 ; nouv. éd., 1969). / R. Auzelle, l’Architecte, formation et métier (Vincent et Fréal, 1965). / F. Hart, Kunst und Technik der Wölbung (Munich, 1965).


Matériaux et techniques de construction


Éléments de construction traditionnels

Par éléments de construction, il faut entendre non seulement les matériaux utilisés à cette fin, mais aussi les procédés étudiés spécialement et adoptés pour les mettre en œuvre.