Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Connecticut (suite)

Les autres activités économiques ne jouent qu’un rôle secondaire. Victime de la pauvreté des sols et de l’exode rural, l’agriculture des collines (hill farming) a pratiquement disparu ; dans les vallées, seuls l’élevage laitier et l’aviculture ont quelque importance grâce à la proximité des marchés urbains, pour lesquels on produit aussi pommes de terre, tomates, pommes ; on cultive un peu de tabac. La forêt s’est étendue aux dépens des terres abandonnées : partiellement exploitée, elle a de plus en plus une fonction récréative dans une région très urbanisée. La pêche ayant fortement décliné par suite de la pollution des eaux littorales qui menace maintenant l’ostréiculture, la vie maritime se concentre dans les ports de commerce (New Haven) et dans la base navale de Groton.

P. B.

Conrad (Joseph)

Romancier anglais (Berditchev, Ukraine, 1857 - Bishopsbourne, Kent, 1924).


Descendant d’une grande famille terrienne polonaise. Teodor Józef Konrad Korzeniowski se sent poussé par « une impulsion inexplicable » vers la mer. Il la découvre comme simple matelot à dix-sept ans. En 1893, officier dans la marine anglaise, après avoir sillonné tous les océans, il abandonne définitivement la navigation pour se consacrer désormais à son œuvre romanesque. Grâce à lui, pendant un quart de siècle, à côté du courant traditionnel littéraire national, illustré par Galsworthy et surtout Shaw, Wells et Chesterton, un grand souffle d’exotisme va parcourir les lettres anglaises de l’époque édouardienne. Stevenson avait apporté l’évasion dans l’ère victorienne finissante. Kipling y fait entrer l’Empire et son mythe. Avec Joseph Conrad, les horizons de l’aventure et de l’exotisme s’élargissent aux dimensions de la terre entière. Sa rencontre avec l’Extrême-Orient a été pour lui une révélation. Il est obsédé par le décor splendide et barbare des rivages asiatiques (Almayer’s Folly [la Folie Almayer, 1895]), où les femmes incarnent la fascination et le mystère de leur environnement (An Outcast of the Islands [Un paria des îles, 1896]), mais où ambitions et races s’affrontent férocement (« A Memory », dans Tales of Unrest [« Un souvenir » dans Histoires inquiètes, 1898]). On retrouvera dans Youth (Jeunesse, 1902) l’écho romantique de cet envoûtement tout aussi fort que celui de la mer, dont il dira dans The Mirror of the Sea (le Miroir de la mer, 1906) la place qu’elle a tenue dans sa vie. Ports, navires, marins, immensité océane emplissent son œuvre de mouvement et de bruit, d’odeurs et de couleurs. Ils y introduisent beauté, pittoresque, réalisme, et la puissance de son art descriptif est telle qu’elle a voilé longtemps ce qu’il a défini lui-même comme l’essentiel, « ... atteindre la valeur « idéale » des choses, des événements et des êtres ». La mer, qui crée un univers en vase clos sur un espace réduit : le bateau, autant que la nature tropicale dans sa démesure soulignent « le fait formidable de notre isolement ». Chacune à sa manière met l’individu à nu, et Conrad décrit d’une façon remarquable dans « An Outpost of Progress » (« Un avant-poste du progrès ») de Histoires inquiètes l’effet redoutable et dissolvant des tropiques sur l’homme blanc. L’inhumaine ambiance, la solitude ont raison de ses misérables ambitions (Almayer’s Folly) en précipitant de façon impitoyable la décomposition d’âmes mal trempées. Car souvent les germes de leur déchéance, ces aventuriers médiocres les portent en eux. L’égoïsme, la perversion, la cupidité, l’illusion de puissance, et encore l’ambition politique, les intrigues, les basses machinations qu’on découvre dans The Secret Agent (l’Agent secret, 1907), Victory (Une victoire, 1915), The Rover (le Frère de la côte, 1923) pourrissent le cœur aussi bien que la jungle, et on est englouti comme Nostromo, le héros d’un de ses meilleurs romans, si on n’a pas une force morale exceptionnelle. La sympathie de Conrad ne va donc pas vers les ratés de l’aventure ni vers les révolutionnaires de Under Western Eyes (Sous les yeux de l’Occident, 1911), les intellectuels, les rêveurs de toute espèce. Par contre, la plupart de ses marins, ceux de Youth, de The Nigger of the « Narcissus » (le Nègre du « Narcisse », 1897), de Lord Jim (1900) ou de The Shadow-Line (la Ligne d’ombre, 1917), retrouvent le sens du devoir, le sentiment de l’honneur ou le goût de la lutte qu’incarne le capitaine Mac Whirr dans Typhoon (Typhon, 1903). Ils gagnent ainsi le droit de figurer, chacun à son niveau, dans cette élite d’hommes, la seule digne d’admiration à ses yeux, qui réussissent à triompher des forces adverses, extérieures ou intérieures, par la seule action délibérée de leur « volonté ».

Quoiqu’il soit venu tard à la langue anglaise, quoiqu’il ait écrit « ... j’ai besoin de chaque jour, de chaque minute du jour pour produire une misérable suite de mots », Conrad atteint à une rare maîtrise de son art et d’une technique qui l’a fait comparer à Henry James pour son approche de l’homme. Il a donné au roman d’aventures une dimension nouvelle et, en joignant à la magie de l’évasion la recherche de l’âme éternelle et l’exaltation de l’effort face à toutes les facilités, il se place parmi les écrivains de la « grande tradition » de la littérature de l’Angleterre.

D. S.-F.

 R. Las Vergnas, J. Conrad, romancier de l’exil (E. Vitte, Lyon, 1959). / J. Allen, The Sea Years of Joseph Conrad (New York, 1965 ; trad. fr. les Années de mer de Joseph Conrad, Denoël, 1968). / T. E. Boyle, Symbol and Meaning in the Fiction of Joseph Conrad (Mouton, 1965).

conservateur (parti)

L’un des grands partis britanniques.


C’est à partir de 1830 que le mot tory, qui désignait depuis 1689 l’un des deux grands partis anglais, commence à être abandonné au profit du terme conservateur. Les tories étaient au xviie s. des hors-la-loi irlandais, et le terme avait été appliqué par dérision aux partisans de Jacques II et du catholicisme. L’expression parti conservateur, dont l’origine est française, commence à devenir d’usage courant en 1830 et, en dépit de certaines résistances, elle s’impose à partir de 1832. L’Annual Register de 1832 parle des « tories, maintenant appelés conservateurs ».