Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

confucianisme et néo-confucianisme (suite)

Mencius, ou la tendance idéaliste du confucianisme

La philosophie de Confucius est essentiellement une éthique. Toute sa morale est dérivée de l’idée du ren (jen), mais Confucius laisse cette idée directrice quelque peu dans l’obscurité, sans en avoir donné une explication suffisante. Il semble que, dans sa pensée, l’intérêt pratique de l’idée l’emporte sur son intérêt théorique. Cependant, une fois le problème de la nature de l’homme posé, il est naturel que ceux qui suivent l’enseignement du Maître poussent plus loin l’investigation et essayent d’obtenir une réponse précise. Mencius, qui vient au monde un siècle après Confucius, représente la tendance idéaliste du confucianisme.

Mencius (v. 372-289), en chinois Mengzi (Mong-tseu), était originaire de l’État de Zou (Tseou). Il reçoit l’enseignement d’un disciple de Zisi (Tseu-sseu), petit-fils de Confucius. Il voyage dans plusieurs royaumes, essayant de faire accepter ses idées par les souverains, tels que le roi Xuan (Hiuan) de Qi (Ts’i) et le roi Hui (Houei) de Liang (Leang). Déçu par les violents conflits entre les royaumes, il se retire et, avec ses disciples, compose les sept Livres de Mengzi (Mong-tseu).

Il soutient que la nature de l’homme est bonne. D’autres éléments qui ne sont ni bons ni mauvais en soi et qui peuvent aboutir au mal s’ils ne sont pas correctement contrôlés représentent l’aspect animal de sa vie. Aussi ne saurait-on les considérer comme faisant partie de la nature « humaine ».

Mencius dit : « Sans la pitié, l’homme n’est pas un homme. Sans la pudeur, l’homme n’est pas un homme. Et de même sans modestie ni respect et sans la connaissance du bien et du mal, l’homme ne saurait être un homme. La bonté humaine ren (jen) tire son origine de la pitié ; la justice tire son origine de la pudeur ; de même le décorum de la modestie et du respect, et la sagesse de la connaissance du bien et du mal. L’homme possède ce fond moral comme il possède les quatre membres [...]. Il faut leur apprendre à les développer et à les compléter. Le résultat en sera comparable au feu qui commence à brûler ou à la source qui commence à jaillir. »

Selon Mencius, l’univers est en son essence un univers moral. Les principes moraux de l’homme sont aussi des principes métaphysiques de l’univers. Quand l’homme peut développer pleinement sa nature, il arrive à sentir qu’il n’existe plus de distinction entre lui-même et les autres, ni de distinction entre l’individu et l’univers.

Mencius donne donc une description plus précise de la nature de l’homme que Confucius et il donne au confucianisme une dimension mystique.


Xunzi (Siun-tseu), une philosophie de la culture

La troisième grande figure de l’école confucianiste est Xunzi (Siun-tseu). Né vers 300 av. J.-C. dans le royaume de Zhao (Tchao), il se rendit, à l’âge de cinquante ans environ, dans le royaume de Qi (Ts’i) et enseigna dans la célèbre académie de Jixia (Tsi-hia). Son nom personnel était Kuang (K’ouang), mais il était plus connu sous le nom de Xun Qing (Siun K’ing) ou Xunzi (Siun-tseu). Mort probablement en 237 av. J.-C., il a laissé un ouvrage qui porte son nom et est composé de trente-deux chapitres.

Pour Confucius, l’ordre social, la bonne entente entre les hommes s’obtiennent par la formation intérieure de chaque homme, d’une part, et par la soumission de l’individu à une certaine structure sociale et culturelle, d’autre part.

Tandis que Mencius se penche sur le problème de la formation intérieure de l’homme et représente la tendance idéaliste du confucianisme, Xunzi (Siun-tseu) analyse surtout les problèmes de la structure sociale et culturelle, et représente la tendance réaliste.

La théorie sur la nature humaine de Xunzi (Siun-tseu) est directement opposée à celle de Mencius. Selon Xunzi (Siun-tseu) : « La nature de l’homme est mauvaise : sa bonté est une culture acquise » ; « La nature est le matériau brut originel ; ce qu’on acquiert, ce sont les perfections et les raffinements conférés par l’éducation. Sans la nature, il n’y aurait rien sur quoi l’acquis puisse se greffer. Sans l’acquis, la nature ne pourrait pas devenir belle d’elle-même. »

Si l’homme est né mauvais, quelle est alors l’origine du bien ? À cette question, les réponses de Xunzi (Siun-tseu) sont celles d’un utilitariste ; elles sont fondées sur l’efficacité ou la nécessité et non sur la moralité : 1o « Un seul individu a besoin d’être soutenu par l’ouvrage de centaines de travailleurs » ; 2o « Unis, les hommes ont une force supérieure ; et, ayant une force supérieure, ils deviennent puissants ; puissants, ils triomphent sur d’autres créatures. » L’existence de la morale est une condition pour rendre la vie collective possible.

Le philosophe donne aussi une explication rationnelle du sens de la musique et des cérémonies : « L’homme ne peut vivre sans joie. S’il y a de la joie, elle doit revêtir un aspect physique. Si cette incarnation n’est pas conforme au juste principe, il y aura du désordre [...]. Telle est la manière selon laquelle les anciens rois établirent la musique. » Accomplir les rites funéraires est aussi un besoin sentimental et une nécessité sociale. Il faut donner libre cours à nos sentiments, mais il ne faut pas être dupe ou esclave de nos sentiments. Traiter les morts comme s’ils étaient réellement morts signifierait un manque d’affection, et les traiter comme s’ils étaient réellement en vie sous une autre forme signifierait une ignorance. Le culte des ancêtres est une manifestation de reconnaissance, de respect des vivants envers les morts et non un rite religieux.

Rationaliste, Xunzi (Siun-tseu) rejette toutes les superstitions de son temps et formule une théorie objective de la connaissance. Grand érudit, il assimile la science et la pensée philosophique de son temps pour construire son système. « Les étoiles décrivent leur orbite ; le soleil et la lune luisent alternativement ; les quatre saisons se succèdent ; le yin et le yang passent par leurs grandes mutations ; le vent et la pluie sont distribués largement ; toutes les choses acquièrent leur harmonie et par là leur vie. » Telle est la vocation du monde naturel. La vocation de l’homme est d’utiliser ce que la nature lui offre et de créer sa propre culture. Les historiens s’accordent à appeler la philosophie de Xunzi (Siun-tseu) une philosophie de la culture.