Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Albert Ier (suite)

Les lendemains de la guerre

La divergence entre les prises de position des politiciens et l’ampleur des vues du souverain se manifesta publiquement au lendemain de la guerre. Dans un discours du trône très discuté, le roi promit, lors de la libération (1918) : le suffrage universel, la liberté syndicale, l’égalité linguistique et l’autonomie culturelle. Toutefois, respectueux de la Constitution, le souverain laissa au Parlement le soin de réaliser ce vaste programme. Hésitant à tirer les leçons du passé, le Parlement fit longtemps preuve d’une insurmontable réticence à réaliser le volet linguistique du programme : il fallut attendre 1932 pour voir voter les lois établissant l’égalité linguistique en matière scolaire et administrative.

Veillant scrupuleusement à ne jamais outrepasser ses droits constitutionnels, le roi Albert n’en fut pas moins un souverain actif. Il intervint dans la formation ou la dissolution de plusieurs cabinets, ayant recours, selon les circonstances, aux entrevues particulières ou, au contraire, au procédé de la lettre publique. On doit à son initiative la fondation de l’Académie des lettres et la création du Fonds national de la recherche scientifique. Le roi resta, tout au long de son règne, fort attentif au sort du Congo, qu’il visita à plusieurs reprises. Ayant réussi à obtenir le consentement des grandes puissances sur le statut de la jeune colonie belge, il s’employa, non sans succès, à y promouvoir le développement économique et culturel.

Ayant, sans désemparer, identifié son sort à celui de la nation, le roi Albert incarnait véritablement l’intérêt national. L’unanimité des hommages à sa mort en témoigne. Il mourut prématurément lors d’une chute dans l’ascension des rochers de Marche-les-Dames. Vainqueur de la Grande Guerre, le roi Albert entra dans l’histoire auréolé de gloire et cependant méconnu.

P. J.

➙ Belgique / Guerre mondiale (Première) / Léopold II.

 E. Galet, S. M. le roi Albert, commandant en chef devant l’invasion allemande (Plon, 1931). / Mémorial du roi Albert, publié sous la direction de T. Heyse (Van Campenhout, Bruxelles, 1934-1935). / L. De Paeuw, Albert, troisième roi des Belges (Bruxelles, 1934). / Les Carnets de guerre d’Albert Ier, publiés par R. Van Overstraeten (Dessart, Bruxelles, 1953). / A. Cosemans et T. Heyse, Contribution à la bibliographie dynastique et nationale, t. IV : règne d’Albert (Van Campenhout, Bruxelles, 1959-1961). / C. Bronne, Albert Ier, le roi sans terre (Plon, 1965).

Alberta

Province du Canada occidental ; 661 185 km2 ; 1 628 000 hab. Capit. Edmonton*.


La majeure partie de la province occupe le troisième niveau topographique des Prairies, improprement appelé plaine d’Alberta, car les altitudes s’élèvent de 800 m à l’est à 1 200 m à l’ouest ; en outre, de larges vallées s’y enfoncent de 100 à 200 m, tandis que des reliefs isolés dépassent 300 ou 400 m d’altitude relative (Cypress Hills, 1 467 m). Les collines du pied des Rocheuses (foothills) et la frange orientale de celles-ci sont incluses dans l’Alberta.

Les conditions climatiques ne sont pas des plus favorables à l’agriculture. D’abord, l’altitude réduit la longueur de la saison chaude : la période de températures positives continues dure environ 100 jours dans le Centre et le Sud, et de 70 à 80 jours dans la région de la rivière de la Paix (Peace River), mais elle peut être limitée certaines années à 50 ou 60 jours et parfois moins (30 à 40 jours). Les premières gelées d’automne font souvent leur apparition avant la moisson. D’autre part, le sud de l’Alberta fait partie du « triangle de Palliser », zone aride, où l’agriculture n’est praticable qu’à l’aide de l’irrigation (il tombe moins de 350 mm dans le Sud-Est).

Du sud au nord, les précipitations augmentent ; au semi-désert succèdent la prairie, sous laquelle se sont formés des sols brun foncé propices aux céréales, puis la prairie boisée (Park Belt ou aspen grove), dont les sols noirs constituent le croissant fertile (céréales et fourrages) ; la forêt mixte occupe le Centre, et la forêt boréale à conifères le Nord.

Le peuplement fut d’abord plus lent, et l’occupation du sol moins complète en Alberta que dans l’est et le centre des Prairies ; la région était, en effet, éloignée de Winnipeg (principale porte de l’Ouest pour les immigrants) et considérée comme totalement aride. À partir de 1875, des Américains, du Montana surtout, s’installèrent dans la région de Cardston et de Lethbridge, où ils introduisirent l’élevage extensif et la pratique de l’irrigation. Après l’arrivée du Canadian Pacific Railway à Calgary en 1883 et à Lethbridge en 1885, l’Alberta resta encore peu peuplé pendant quelques décennies. C’est la construction d’un second transcontinental en 1905, le Canadian Northern Railway (intégré plus tard dans le Canadian National Railway), situé au nord du premier et traversant les terres noires du croissant fertile, qui stimula le peuplement dans la partie centrale, subhumide, de l’Alberta (érigée en province de la Confédération canadienne cette même année 1905). Edmonton, placé sur son trajet et déjà relié à Calgary, devint alors un carrefour ferroviaire et un centre de colonisation. Ce n’est qu’après 1914 (arrivée du rail à High Prairie) que la région de la rivière de la Paix s’est ouverte au peuplement ; l’immigration y fut particulièrement forte entre 1926 et 1931.

Dès les débuts de la colonisation, la mise en valeur agricole se différencia de celle de la Saskatchewan. La monoculture du blé ne triompha que dans quelques secteurs, tandis que l’élevage prenait la première place. Il la garde encore sous la forme tantôt d’un élevage extensif du bœuf de boucherie (notamment dans les foothills et leur piedmont), tantôt d’un élevage sédentaire (vaches laitières, porcs) à base de céréales secondaires, de cultures fourragères, de prés naturels et artificiels, soit dans le domaine de l’agriculture mixte de la prairie subhumide, soit dans celui de l’agriculture irriguée de la prairie semi-aride.

Le développement économique de l’Alberta a procédé par bonds successifs, surtout au lendemain des deux guerres. L’Alberta, qui était la moins peuplée des provinces des Prairies avant 1914, dépasse le Manitoba entre 1921 et 1931 (avec 731 600 hab. en 1931), puis la Saskatchewan entre 1941 et 1951 (avec 939 000 hab. en 1951), et franchit le cap du million peu après.