Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

comptabilité nationale (suite)

Toutes ces opérations de répartition décrivent donc la répartition, puis la redistribution de la valeur ajoutée. Grâce au revenu ainsi reçu, chaque agent économique va consommer, investir ou stocker (on retrouve là des opérations sur biens et services). Si, au total, ses ressources excèdent ses dépenses, il lui reste une capacité de financement, à savoir de l’argent à prêter ; si ses dépenses excèdent ses recettes, il a un besoin de financement, c’est-à-dire qu’il doit emprunter pour équilibrer ses comptes.

Le « tableau économique d’ensemble simplifié » fait apparaître les circuits que l’on vient d’exposer.


Les opérations financières

Toutes les opérations qu’on a mentionnées jusqu’ici se traduisent donc pour chacun des secteurs de l’économie soit par un excédent, qu’il pourra prêter (capacité de financement), soit par un déficit, pour lequel il lui faudra emprunter (besoin de financement).

Or il est bien clair que, jusqu’ici, toutes les opérations étaient équilibrées. À chaque fois que dans le « tableau économique d’ensemble » on inscrit une opération en emploi d’un secteur, on doit inscrire un montant égal en ressource d’un autre secteur, et vice versa. Pour que le tableau soit équilibré, la somme des capacités de financement — soldes excédentaires — et la somme des besoins de financement — soldes déficitaires — des secteurs de l’économie doivent être égales, au solde près des relations avec le reste du monde.

Les agents déficitaires ont dû trouver des créanciers : il est évident que, a posteriori, toute dette correspond à une créance, que les besoins de financement ont leur contrepartie dans des capacités de financement.

Seulement, la rencontre entre prêteurs et emprunteurs n’est pas simple ; elle fait intervenir de multiples intermédiaires. Il existe en outre de multiples formes de placement ou de crédit, qui ne peuvent être confondues : à court ou à long terme, aisément mobilisables ou non. D’où la nécessité d’un tableau des opérations financières qui retrace les flux de créances et de dettes.


Les principaux tableaux

Trois tableaux principaux sont établis par les comptables nationaux : le tableau entrées-sorties, qui décrit les opérations sur biens et services ; le tableau des opérations financières, pour les flux financiers ; le tableau économique d’ensemble, qui résume la totalité des comptes.


Le tableau entrées-sorties

Le tableau entrées-sorties est la description de toutes les opérations sur biens et services (dits encore « produits »), ceux-ci étant répartis en un certain nombre de catégories — plus ou moins nombreuses suivant le détail recherché — et les producteurs en un nombre égal de branches, qui produisent chacune une catégorie de produits et réciproquement.

Le créateur du tableau entrées-sorties est l’économiste Lev Abramovitch Leontiev (né en 1901). Actuellement, tous les pays en établissent. On décrira ci-dessus un tableau simple en trois branches : l’agriculture, l’industrie et les services.

On peut construire un tableau entrées-sorties tel que le tableau ci-dessus (qui est fictif). Il se lit de la façon suivante.

• Première ligne « produits agricoles ». Comment ont été utilisés les produits agricoles mis à la disposition de l’économie au cours de l’année ?

L’industrie a consommé pour 18 milliards de francs de produits agricoles. Il s’agit, par exemple, des produits agricoles bruts qui sont transformés par les industries agricoles et alimentaires (lait pour la fabrication de fromages) ou de peaux utilisées par la tannerie ; 2 milliards de produits agricoles ont été vendus aux prestataires de services : il s’agit des achats faits par les hôtels, cafés et restaurants.

Enfin, l’agriculture a consommé elle-même 8 milliards de produits agricoles ; cette consommation concerne notamment les semences et la nourriture du bétail.

Par ailleurs, en continuant de suivre la première ligne, on voit que les autres utilisations de produits agricoles ont porté sur 40 milliards. Il s’agit surtout de la consommation alimentaire des ménages et puis d’exportations ; enfin dans ces 40 milliards figure l’accroissement des stocks (ou leur diminution, s’il y a lieu, qui vient alors en déduction). 28 milliards de consommations intermédiaires, 40 milliards d’utilisations finales ; au total 68 milliards de francs de produits agricoles ont été utilisés (ou stockés) au cours de l’année étudiée.

• Première colonne « agriculture ». Mais d’où viennent ces produits ? On voit que le total de la colonne « agriculture » est également 68 : il s’agit de l’ensemble des ressources en produits agricoles dont on vient de voir l’utilisation. Ces 68 se décomposent en deux : on a importé pour 10 milliards, tandis que l’agriculture française en produisait 58. Pour produire ces 58, elle a consommé pour 8 milliards de produits agricoles, pour 15 milliards de produits industriels (engrais, petites machines, etc.) et pour 5 milliards de services (réparations, locations, etc.) ; au total, elle a consommé pour 28 milliards de produits. Donc sa valeur ajoutée est de 30 milliards, puisqu’on a vu que la valeur ajoutée était précisément la différence entre la production et les consommations.

• Deuxième ligne et deuxième colonne « industrie ». L’industrie a consommé pour 18 milliards de produits agricoles, pour 64 milliards de produits industriels et pour 5 milliards de services, au total 87 milliards de consommations intermédiaires. Avec une valeur ajoutée de 67 milliards, elle a donc produit pour 154 milliards de biens industriels.

Comme de plus, au cours de l’année, on a importé pour 10 milliards de biens, on a pu en mettre 164 à la disposition de l’économie, soit : 15 milliards pour les agriculteurs, 64 milliards pour les industriels, 15 milliards pour les entreprises de services et 70 milliards pour la consommation des ménages, pour l’investissement, pour l’exportation, ou encore en stocks.

On ferait la même démonstration pour les services.

Voilà donc le tableau entrées-sorties. Bien entendu, dans la comptabilité nationale, il est fait avec un nombre de branches beaucoup plus grand (jusqu’à 91).